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Paysages flamboyants, pianiste fantomatique et camion jouet

Patrick Javault
13 mars 2026
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Vue de l’exposition « Friedrich Kunath : On A Clear Day I Can See You Forever » à la Galerie Max Hetzler, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Max Hetzler. Photo Nicolas Brasseur

Vue de l’exposition « Friedrich Kunath : On A Clear Day I Can See You Forever » à la Galerie Max Hetzler, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Max Hetzler. Photo Nicolas Brasseur

Friedrich Kunath : On A Clear Day I Can See You Forever

Friedrich Kunath est connu pour ses paysages flamboyants, citant classiques de la peinture ou de la pochette de disque, et dans lesquels se glissent des personnages de cartoon et des mots. Il nous offre pour cette première exposition parisienne quatre grands couchers de soleil, véritables chromos, ainsi qu’un paysage abstrait, mais également un très grand triptyque de près de 5 m 50 presque uniformément gris. La scène dépeinte dans cette œuvre est un bord de mer – peut-être en Californie où réside l’artiste –, avec de hauts palmiers, entièrement plongé dans une sorte de smog. On y distingue quelques figures dont un baigneur, un fantôme et le moine de Caspar David Friedrich, les deux derniers étant récurrents dans l’œuvre de Kunath. Seuls à avoir su préserver leurs couleurs : sept minuscules fruits musiciens, cartoonesques, qui paraissent avoir été disséminés dans le décor par décalcomanie. Le titre, On A Clear Day I Can See You Forever, apparaît sur une banderole aérienne.

Friedrich Kunath commence toujours ses tableaux par une peinture abstraite en impastodans laquelle il trace des motifs ou des mots avec la pointe du pinceau. Sur cette base, qui, en plus d’un endroit, présente des petits dépôts de matière, il peint ensuite une image avec une précision photographique. S’agissant de la première étape du travail qui se laisse lire dans le tableau final, l’artiste parle d’une « voix qui vient derrière l’image ».

Marqué par le Romantisme, la Hudson River School ou le pop californien, Friedrich Kunath déjoue le kitsch en égarant un bonhomme de neige dans un sublime paysage exotique ou en figeant le chien Pluto face à l’océan. Que le premier soit collé à son smartphone (tout comme le moine de Caspar David Friedrich) est signe que la peinture ne peut plus exister hors connexion.

Dans le second espace de la galerie sont présentés quatre petits paysages abstraits surchargés de couleurs. Ils entourent la sculpture en bronze d’un fantôme repassant son drap, figure déjà aperçue dans le brouillard du triptyque.

Du 7 mars au 16 mai 2026, Galerie Max Hetzler, 46 & 57 rue du Temple, 75004 Paris

Vue de l’exposition « Tobias Spichtig : When a Joke Becomes a Prayer » à la Galerie Hussenot, Paris. Courtesy de l’artiste et Galerie Hussenot. Photo Aurélien Mole

Tobias Spichtig : When a Joke Becomes a Prayer

Tobias Spichtig peint des figures longilignes, joues creuses et teints cireux, aux yeux d’aliens, à mi-chemin de l’expressionnisme et du look gothique. Unissant peinture et dessin, sa manière est vive et les couleurs, généralement dans des tonalités brunes, noires et rouges, d’une très grande fluidité. Les tableaux de « When a Joke Becomes a Prayer » ont tous été peints au cours d’une résidence parisienne et en vue de l’exposition. C’est un moment de la création de l’artiste dans lequel se retrouvent aussi bien des portraits, des natures mortes, des scènes d’observations que des projections imaginaires. On y voit un pianiste fantomatique pris entre un rideau rouge et un sol carrelé arlequin, deux individus en conversation à la lueur d’une bougie, ou encore une tête de mort ou un demi-visage qui observe de derrière un rideau. On remarque aussi la photo gigantesque de lunettes noires collées au milieu de bandes horizontales colorées, comme une entité supérieure qui préserverait son incognito, ou une lune coincée entre deux montagnes très pointues. Un simili Pollock fait de chutes collées, ou des tableaux à peine esquissés y trouvent aussi leur place. Tobias Spichtig a fait poser sur les murs de très longs rideaux noirs et gris et, au sol, des morceaux de moquette en un camaïeu de gris. Cela évoque un cérémonial, d’autant qu’il a fallu soulever un des rideaux pour entrer. Mais, c’est aussi le télescopage de la galerie à l’ancienne et du milieu bohème. Les personnages des tableaux semblent se répondre ou échanger des regards. Cette scénographie produit une installation qui est plus que la somme des parties et constitue une œuvre en soi. Sur la mezzanine nous attend un tableau très coloré, et d’une matière épaisse, une sorte d’arc-en-ciel. Doit-on croire à une révélation au sortir de l’espace cérémoniel ?

Du 6 mars au 25 avril 2026, Galerie Hussenot, 5 bis rue des Haudriettes, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Yvan Salomone : quand même » chez Xippas, Paris. Courtesy de l’artiste et Xippas. Photo Frédéric Lanternier.

Yvan Salomone : quand même

Cela fera trente-cinq ans cette année qu’Yvan Salomone peint à l’aquarelle des paysages dans l’unique format de 96,5 x 137,3 cm. Ils sont exécutés d’après des photographies prises par l’artiste, la figure humaine n’y apparaît jamais, et les sites choisis sont dans leur grande majorité éloignés du pittoresque : zones industrielles, docks portuaires, cités, zones pavillonnaires, avec fréquemment des signes visibles d’abandon ou de destruction. L’intention déclarée est de détourner une technique et un genre traditionnels vers une investigation d’un monde peu naturel et dans un esprit contemporain. Le protocole mis en place autorise des variations, et une certaine diversité de points de vue. Si telle vue de piliers d’un pont autoroutier ou telle autre d’un parking en plein air sont des exemples de décadrages, celle d’un camion jouet ou celle d’un pavillon aux murs à moitié cassés sont des modèles d’images parfaitement composées. Par ailleurs, Yvan Salomone n’hésite pas quand il lui en prend l’envie à superposer des rectangles, des points noirs ou des gélules de couleur sur ces images. Réminiscences de l’art construit ou de l’art conceptuel (John Baldessari, par exemple), ces superpositions amènent à réfléchir sur la nature du sentiment esthétique ou sur la présence de l’art dans la cité. Les monuments volontaires ou involontaires ne manquent pas dans les œuvres exposées. Mais quand on voit des taches noires en forme de haricot à la Claude Viallat, sur une épave automobile disparaissant sous des toiles pas libres, on soupçonne un calembour visuel.

Par les rapprochements opérés, les très grands intervalles laissés entre les œuvres ou les groupes de pièces, le placement de certaines dans les angles, l’accrochage de « quand même » est une forme d’écriture. Au sein de ces aquarelles d’observation est venue se glisser une copie du Rendez-vous de Bellevue de Jean-Jacques Lequeu, et cette présence ouvre une perspective sur l’utopie, et sur le néant.

Du 7 mars au 18 avril 2026, Xippas, 108 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

Ben Rivers, The Minotaur, 2024. Courtesy de l’artiste et Kate MacGarry Gallery

La Quinzaine de la vidéo : Amazing Fantasy

« Amazing Fantasy » réunit trois films qui ont en commun de montrer des enfants en situation de jeu, dans des registres et des genres bien distincts. « Amazing Fantasy », c’est ce qui est écrit sur le t-shirt de l’enfant filmé au Japon par Ana Vaz et qu’elle a pris pour titre de son très court métrage. Tourné en 16 mm, c’est un objet cinématographique minimal, dans lequel son unique protagoniste regarde tourner une toupie volante, et se livre sur elle à quelques expérimentations, comme celle consistant à l’enfermer dans un verre. Un spectacle merveilleux et sans trucage qui, pour cela, nous ramène aux frères Lumière plutôt qu’à Georges Méliès, tandis que le transfert numérique et la diffusion en boucle l’inscrivent dans le champ de la vidéo.

The Minotaur est un épisode de Mare’s Nest, le nouveau long-métrage de fiction de Ben Rivers. Dans un monde postapocalyptique où les adultes ont disparu, les enfants s’organisent en société. Dépourvu de dialogues, l’extrait projeté dans l’exposition nous montre des enfants en dispute ou en lutte avec le minotaure, qui semble pourtant être un des leurs. Plus victime que bourreau, son mal-être est sensible quand, après s’être contemplé dans l’eau d’un minuscule bassin, il laisse éclater sa rage en la frappant du poing.

El oro y el pez (l’or et le poisson) de Francisco Rodriguez Teare a été tourné en Amazonie bolivienne. Il suit des enfants de la communauté Tsimane jouant en pleine nature, autour et dans des bassins de pisciculture. Ils échangent peu de mots dans une langue inconnue de nous. Par on ne sait quel procédé, les bords de l’image apparaissent flous, conférant aux scènes un caractère de demi-rêve. Petit miracle de naturel où le réalisateur semble être parvenu à faire oublier sa présence.

Du 7 mars au 4 avril 2026, Imane Farès, 41 rue Mazarine, 75006 Paris. Commissaire : François Bonenfant

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