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Disparition de Marie-Jo Lafontaine

L’artiste pluridisciplinaire belge, pionnière des « sculptures vidéo », s’est éteinte le 28 mai 2026.

Bernard Marcelis
2 juin 2026
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Marie-Jo Lafontaine. © Mathias Travis

Marie-Jo Lafontaine. © Mathias Travis

Fragilisée par une attaque cérébrale qui l’avait déjà empêchée d’assister, fin mars, à l’inauguration de l’importante exposition que lui consacre jusqu’au 27 septembre 2026 le musée de Flandre à Cassel (Nord) – « Tout ange est terrible » –, Marie-Jo Lafontaine est décédée subitement à Bruxelles jeudi dernier, le 28 mai 2026. Diplômée de l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre (ENSVA), elle se fait d’abord connaître par ses grandes structures textiles suspendues au mur ou dans l’espace, comme autant de monochromes en laine noire, s’imposant par leur matérialité brute.

Marie-Jo Lafontaine, L’Art lave notre âme de la poussière du quotidien, 2023, photographies (Diasec, cadre en chêne poli) et monochromes (huile sur MDF poli), 150 x 347 cm. © Collection particulière

L’artiste est l’une des lauréates en 1977 du prix de référence en Belgique à l’époque, celui de la Jeune Peinture Belge. Très vite cependant, elle bifurque dans sa pratique pour se lancer dans de spectaculaires « sculptures vidéo ». Elle en est non seulement l’une des pionnières, mais elle va surtout poursuivre et développer son travail et ses recherches en ce domaine. S’ensuivent deux décennies (1979-1999) très productives en installations vidéo de plus en plus ambitieuses, initiées avec La Batteuse de palplanches (1979), La Marie Salope (1980) et Round Around the Ring (1981), puis A Lo cinco de la tarde (1984), Les Larmes d’acier (1986), Victoria (1988), Tout Ange est terrible (1992) et The Swing (1999). Ces réalisations vont lui ouvrir les portes à l’international et notamment en Allemagne, où son travail sera particulièrement apprécié et reconnu. Elle participe ainsi à la Documenta 8 à Cassel en 1987 et est nommée professeur en arts plastiques et multimédias à Karlsruhe. En France, la Galerie du Jeu de Paume, à Paris, lui consacre une importante rétrospective vidéo en 1999. Une autre lui est présentée au musée des Beaux-Arts et au musée Jean-Lurçat d’Angers en 2007. Elle a aussi été exposée à Paris par plusieurs enseignes commerciales, notamment en 1990 par la Galerie Montaigne, fondée par Loïc Malle, et en 1995 par Thaddaeus Ropac.

Marie-Jo Lafontaine, L’Art lave notre âme de la poussière du quotidien, 2023 photographies (Diasec, cadre en chêne poli) et monochromes (huile sur MDF poli), 150 x 361 cm. © Collection particulière

Les titres de ses œuvres se suffisent à eux-mêmes pour donner une indication de l’énergie qui se dégagent de ses compositions vidéographiques dont elle a très vite maîtrisé les éléments technologiques et le potentiel narratif. Elle exploite celui-ci en jouant de l’équilibre ou de la confrontation entre l’homme et la machine, entre la tendresse et la violence, la séduction et le rejet, explorant ainsi « les relations humaines et le rapport de force qu’elles suscitent ». Pour y parvenir, l’artiste explore les notions de rythme et de répétitions, mais aussi de moments de pause, sans négliger des bandes sonores soigneusement choisies qui accentuent le caractère dramatique de certaines de ses compositions.

Marie-Jo Lafontaine aborde ensuite frontalement la photographie avec des portraits d’enfants et d’adolescents, s’interrogeant ici, avec son regard d’adulte, sur ces périodes transitoires de la vie, parfois difficiles à vivre. Si la tension est moins vive que dans les installations vidéo, leur regard droit dans les yeux du spectateur et leur visage fermé laissent toujours planer le doute, même si certains – les plus jeunes – sourient. Sont-ils heureux d’être là ? Rien n’est moins sûr. Ils défient en tout cas leurs aînés, non seulement par leurs regards mais aussi en raison du grand format de ces portraits. Dans toutes ces œuvres – vidéos, photographies, diptyques picturaux, installations –, Lafontaine a toujours travaillé sur des rapports d’échelle incluant ipso facto leur relation avec le visiteur, happé par des scénographies d’une densité maximale.

Vue de l'exposition « L'art lave notre poussière du quotidien » de Marie-Jo Lafontaine au musée de Flandre de Cassel. © Département du Nord

En introduisant la peinture sous la forme de monochromes juxtaposés avec des photographies – dont les quadriptyques récents de la série « L’art lave notre âme de la poussière du quotidien » (2023) –, l’artiste introduit une dimension contemplative dans son travail, en y insérant entre autres la nature. Malgré l’hétérogénéité des supports et des techniques utilisées tout au long de sa carrière, son œuvre possède une surprenante cohérence. Sans doute, parce que, comme elle l’expliquait elle-même, « depuis les années 1970, ma démarche artistique s’est construite comme une exploration des tensions fondamentales de la condition humaine. Mon travail interroge les relations entre le corps et l’esprit, la violence et la beauté, la mémoire individuelle et l’histoire collective, le désir et la peur, la vie et la mort. »

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