The Art Newspaper France : Quelque 30 galeries participeront pour la première fois à Art Basel Paris cette année… Est-ce dans la lignée de l’an dernier ?
Karim Crippa : C’est très exactement le même nombre que l’année dernière : 30 à l’annonce, 29 ensuite. Par ailleurs, c’est un renouvellement dont la source est principalement le secteur émergent (Émergence) et le secteur Premise. Ce sont ces secteurs thématiques qui génèrent naturellement le plus de roulement, puisque, chaque année, ce sont des projets qui sont évalués et non pas les galeries elles-mêmes. Par exemple, dans Émergence, sur les 16 enseignes, 12 n’ont jamais participé au secteur. Pour Premise, 6 sont complètement nouvelles et une revient après avoir participé au secteur Galeries la première année de la foire, en 2022 : la Galerie Zlotowski. Par ailleurs, Lo Brutto Stahl rejoint le secteur Emergence.
Ensuite, s’agissant des galeries qui rejoignent le secteur principal, il n’est pas toujours facile de définir ce qui fait d’une galerie une « nouvelle » galerie. Comment considérer, par exemple, le cas de la galerie Consonni Radziszewski, qui résulte de l’union de deux galeries déjà présentes l’an dernier à travers un stand partagé : Madragoa, à Lisbonne, et David Radziszewski, à Varsovie et Vienne ? Ou encore celui de la galerie Isabella Ritter, aujourd’hui installée à Paris, mais qui existait auparavant sous le nom de Lambdalambdalambda, au Kosovo. Isabella Ritter ne travaillant plus avec son associée, elle a depuis ouvert seule une galerie à Paris.
Quelle sera la place des galeries strictement françaises dans cette édition ?
Nous ne séparons pas les galeries d’origine française et celles ayant un espace à Paris. Il est donc difficile de donner une statistique sur cette catégorie bien précise… Nous estimons que si une galerie gère un espace en France, elle contribue activement à l’essor du marché et de l’écosystème local. C’est le cas, entre autres exemples, de Gagosian, qui a plusieurs espaces conséquents dans le Grand Paris, avec des programmes et des conditions d’exposition de haut vol. Mais aussi d’une galerie qui rejoint le secteur principal cette année comme The Pill. Comme elle a également un espace à Istanbul, elle pourrait ne pas être considérée comme française…
Cela ne remet évidemment pas en cause le travail remarquable – nous l’avons d’ailleurs déjà souligné par le passé – de galeries principalement, voire exclusivement, établies à Paris, comme la Galerie Nathalie Obadia, Art : Concept ou encore la Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois. Nous sommes pleinement conscients du travail de défrichage, mais aussi du rôle d’éclaireur joué par la place parisienne, qui défend depuis de nombreuses années les atouts de notre ville. Ces galeries ont su, avec constance, solliciter et motiver les collectionneurs comme les figures institutionnelles de venir à Paris pour en découvrir la richesse.
L’une de mes priorités est que cette foire reflète Paris : Paris dans sa complexité et sa multiplicité. Par-là, j’entends le raffinement, l’élégance, cette forme d’exclusivité propre à Paris, mais aussi tout ce qui fait aujourd’hui sa force : sa diversité, son audace, sa propension à l’expérimentation, sa porosité entre les disciplines. C’est cela que nous essayons de capter et de restituer dans la foire, et qui, au fond, constitue ses points forts.

Art Basel Paris 2025. Courtesy of Art Basel
Du côté des galeries étrangères, qui rejoindra la foire cette année ?
Nous accueillerons notamment Luxembourg + Co., pour le moderne et le second marché, ainsi qu’Empty Gallery de Hong Kong, qui compte parmi les galeries les plus en pointe de la ville et, plus largement, de la scène asiatique.
Et puis, il y a aussi des galeries au positionnement très spécifique, assez singulier, qui apportent quelque chose d’important à la foire de Paris. Je pense par exemple à Laveronica arte contemporanea, installée à Modica, une petite ville de Sicile. Son programme, très politique et assez différent, rejoint lui aussi notre désir de donner à la foire un esprit singulier, capable de refléter toutes les tendances qui ont fait de Paris un centre artistique et culturel depuis plusieurs siècles.
Une vingtaine d’enseignes participeront aussi cette année en partageant un stand…
Certaines rejoignent la foire en s’associant à des exposants déjà présents. Je citerais notamment Kraupa-Tuskany Zeidler, excellente galerie berlinoise, qui partagera cette année son stand avec la galerie viennoise Layr. Cette candidature commune résulte d’un choix formulé par les deux galeries. De façon similaire, la galerie berlinoise ChertLüdde s’associe à Ellen de Bruijne Projects, d’Amsterdam, pour présenter notamment de nouveaux travaux de Pauline Curnier Jardin, artiste française qui bénéficie actuellement d’une importante exposition au Palais de Tokyo. Je crois que c’est une preuve tangible de la manière dont les galeries agissent, en effet, de façon collégiale : elles se connaissent, sont amies et se soutiennent mutuellement. Dans un monde de l’art dont on souligne parfois la dimension compétitive, c’est la preuve que la collaboration peut aussi conduire au succès. Parmi de nombreux exemples, je mentionnerais également le dialogue intergénérationnel remarquable construit autour de Beauford Delaney par Jeffrey Deitch et Michael Rosenfeld. C’est un artiste absolument extraordinaire, un peintre américain que j’aime beaucoup. Il a quitté les États-Unis d’après-guerre, marqués par le racisme et l’homophobie, pour venir travailler à Paris. Plusieurs de ses œuvres ont notamment été présentées dans « Paris noir », l’exposition organisée au Centre Pompidou au printemps 2025. Il dialoguera avec Alteronce Gumby, artiste contemporain dont les œuvres abstraites, souvent conçues comme des panneaux, intègrent des pierres semi-précieuses ou des gemmes.
Cette édition de la foire est la première que vous dirigez. Quelle est votre stratégie pour Art Basel Paris ?
Je pense qu’Art Basel Paris doit être un lieu de célébration, un lieu de fête. C’est cette énergie que nous essayons de créer, cette étincelle, afin que les visiteurs, lorsqu’ils viennent à la foire, se sentent stimulés à tous les niveaux et aient envie de participer à cette atmosphère. Ce sont des choses difficiles à mesurer ou à quantifier, mais, par des gestes parfois visibles, parfois invisibles, c’est en tout cas ce vers quoi nous nous efforçons d’aller. J’ajouterais que je suis entouré d’une équipe absolument extraordinaire, qui me soutient dans la mise en œuvre de cette approche. Je souhaite aussi continuer à affiner l’écosystème de la foire et sa proposition singulière, afin d’en pérenniser le succès. Cela signifie poursuivre le travail engagé autour d’un noyau d’exposants spécifiquement liés à Paris, continuer à ouvrir la foire pour mieux mettre en lumière son histoire et son identité parisienne, et renforcer les liens avec les institutions culturelles, notamment à travers le Programme Public. Je ne suis pas là pour faire la révolution, mais pour accompagner des évolutions.




