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Christie’s totalise 1,1 milliard de dollars à New York lors de ses deux ventes du soir

De nouveaux records aux enchères ont été établis pour Pollock, Rothko, Brancusi, Miró et Neel lors des dispersions consacrées le 18 mai 2026 à la collection S.I. Newhouse et à l’art du XXe siècle.

Judd Tully
19 mai 2026
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Adrien Meyer adjugeant Number 7 A (1948) de Jackson Pollock pour le montant  record de 181,8 millions de dollars frais inclus. Courtesy Christie’s

Adrien Meyer adjugeant Number 7 A (1948) de Jackson Pollock pour le montant record de 181,8 millions de dollars frais inclus. Courtesy Christie’s

Les deux ventes du soir organisées le 18 mai à la suite par Christie’s à New York, consacrées à la prestigieuse collection S.I. Newhouse puis à l’art du XXe siècle, ont rapporté 950 millions de dollars (817 millions d’euros) – 1,1 milliard de dollars avec les frais (946 millions d’euros) –, établissant aussi plusieurs records d’artistes.

Le total s’est inscrit dans le haut de la fourchette des estimations avant la vente, comprises entre 823 millions et 1 milliard de dollars, hors frais.

La vacation consacrée à la collection Newhouse a été une vente en gants blancs, avec 100 % des lots vendus, mais elle était aussi entièrement couverte par des garanties de tiers. Dans la section réunissant des œuvres de provenances diverses, 30 des 47 lots proposés bénéficiaient de garanties de Christie’s ou de tiers.

« Masterpieces : The Private Collection of S.I. Newhouse », consacrée à la collection privée du légendaire éditeur new-yorkais, patron de l’empire Condé Nast et grand amateur d’art, mort en 2017 à l’âge de 89 ans, a démarré en fanfare. La saisissante Tête de femme de Pablo Picasso, qui évoque les révolutionnaires Demoiselles d’Avignon de 1907, a atteint 14,4 millions de dollars frais inclus (12,4 millions d’euros). Quant à Tête de femme (Fernande), bronze cubiste de 41 cm de haut, fondu d’après un modèle en argile de 1909, il a été adjugé 48,3 millions de dollars frais inclus (41,5 millions d’euros). Elle était réapparue aux enchères chez Christie’s à New York en mai 2001, où elle avait atteint 4,9 millions de dollars (soit environ 5,6 millions d’euros à ce moment-là), un record à l’époque pour une sculpture de Picasso. Les deux œuvres, comme la grande majorité des lots de la soirée, ont été acquises par des enchérisseurs anonymes au téléphone.

La séquence Picasso s’est poursuivie avec le grand Homme à la guitare de 1913, une toile à l’encaustique et au sable d’une grande intensité chromatique, vendue 40,8 millions de dollars frais inclus (35,1 millions d’euros). Samuel Irving Newhouse l’avait acquise en mai 2000 auprès de son marchand privilégié, Larry Gagosian, pour un montant non communiqué.

Constantin Brancusi, Danaïde, 1913. Courtesy Christie’s

En sculpture, c’est toutefois Danaïde de Constantin Brancusi qui a volé la vedette. Rare bronze aux yeux en amande, réalisé en 1913, haut de 25 cm, rehaussé de feuille d’or et doté d’une patine noire, l’œuvre s’est envolée à 107,5 millions de dollars avec les frais (92,5 millions d’euros). Inspirée du modèle et artiste hongroise Margit Pogany, et présentée en 1914 lors de la première exposition new-yorkaise de Brancusi, à la galerie 291 d’Alfred Stieglitz, l’œuvre avait été acquise par Newhouse chez Christie’s à New York en mai 2002 pour 18,1 millions de dollars frais inclus, un record à l’époque. Elle était assortie d’une estimation non publiée située autour de 100 millions de dollars (86 millions d’euros).

La flambée des prix s’est poursuivie avec l’exquise composition géométrique de Piet Mondrian, Composition with Large Red Plane, Blue, Gray, Black and Yellow, de 1921, vendue 39,73 millions de dollars frais inclus (34,2 millions d’euros). Elle s’est confirmée avec Portrait de Madame K de Joan Miró, œuvre à la fois très structurée et résolument sensuelle de 1924, qui a atteint le record de 53,5 millions de dollars avec les frais (46 millions d’euros). Supposé représenter Dora Bianka, artiste polonaise et amie de Miró, ce tableau surréaliste avait été acquis par Newhouse chez Christie’s à New York en novembre 2001, deux mois seulement après le 11-Septembre, pour 12,6 millions de dollars, un record à l’époque.

Le goût patiemment affiné de Newhouse s’est également révélé très fructueux avec Robe noire et robe violette d’Henri Matisse, toile richement décorative peinte à Nice en 1938, qui a réalisé 34,5 millions de dollars avec les frais (29,6 millions d’euros), manquant toutefois de peu son estimation basse de 30 millions de dollars. Newhouse l’avait acquise en 2004 auprès de la Galerie Beyeler de Bâle, pour un prix non communiqué.

En avançant dans le XXe siècle, le spectral Study for Portrait (after the life mask of William Blake) de Francis Bacon, réalisé en 1955 d’après un masque mortuaire de William Blake que l’artiste possédait et conservait comme un memento mori de son poète anglais favori, a été acquis par le marchand Jeffrey Deitch, pour 5,9 millions de dollars avec les frais (5,1 millions d’euros). Gray Target de Jasper Johns, toile monochrome à l’encaustique de 1958, a atteint 28,8 millions de dollars avec les frais (24,7 millions d’euros). Cette dernière œuvre avait auparavant appartenu au couple de marchands Ileana et Michael Sonnabend, établi entre Paris et New York, qui l’avaient acquis en 1960.

Parmi les œuvres pop art de Newhouse, Do it Yourself (Violin) d’Andy Warhol, peinte à la main en 1962 et donc rare, a dominé cette partie de la vente. Variation saisissante, irrévérencieuse et spirituelle sur les kits de peinture au numéro fabriqués par Venus Paradise, marque de crayons de couleur dont on trouve encore des coffrets anciens sur eBay, l’œuvre a atteint 25,9 millions de dollars avec les frais (22,2 millions d’euros). Elle a, elle aussi, été emportée par Jeffrey Deitch.

La spectaculaire drip painting de Jackson Pollock appartenant à Newhouse, Number 7 A (1948), une toile où se déploie une déferlante de passages tourbillonnants et saccadés à l’huile et à l’émail, a pulvérisé son record en s’envolant à 181,8 millions de dollars avec les frais inclus (156,3 millions d’euros), sous les applaudissements nourris d’une salle des ventes chauffée à blanc. Deux enchérisseurs au téléphone se sont affrontés dans un duel quasi cinématographique, à coups d’enchères millionnaires, après un début à 107 millions de dollars. Newhouse avait acquis l’œuvre de gré à gré en 2000 auprès d’A. Alfred Taubman, alors président de Sotheby’s, quelque cinquante ans après que Pollock l’eut offerte, en 1949, à son confrère Herbert Matter.

Les seize lots Newhouse ont totalisé la somme vertigineuse de 630,8 millions de dollars frais inclus (542,5 millions d’euros). Ce résultat s’inscrit dans la fourchette des estimations avant la vente, comprises entre 462 millions et 595 millions de dollars. En ajoutant les précédentes ventes Newhouse organisées par Christie’s en 2018, 2019 et 2023, le produit total des œuvres issues de la succession atteint désormais 1,05 milliard de dollars avec les frais (903 millions d’euros).

Après un bref entracte au siège de Christie’s, au Rockefeller Center, la vente du soir consacrée au XXe siècle a débuté avec un autre Picasso : L’Atelier, toile baignée de lumière réalisée en 1955, autrefois dans la collection de Douglas Cooper – avant d’être volée en 1974 puis restituée à son héritier –, qui a atteint 6,9 millions de dollars avec les frais (5,9 millions d’euros). Le conseiller en art Ralph DeLuca était le sous-enchérisseur.

La tension est encore montée avec trois œuvres issues de la succession d’Agnes Gund, grande philanthrope et administratrice de longue date du MoMA de New York. La précieuse boîte de Joseph Cornell, Untitled (Medici Princess)(vers 1948), a atteint 6,9 millions de dollars avec les frais (5,9 millions d’euros). Quant à Untitled (1961) de Cy Twombly, magistrale toile aux inscriptions gestuelles rouge sang et aux tons de terre exposée en avant-première début mars à Paris chez Kering dans la chapelle de l’hôpital Laennec, elle a été adjugée 45,4 millions de dollars avec les frais (39 millions d’euros), également à un enchérisseur au téléphone.

Mark Rothko, No. 15 (Two Greens and Red Stripe), 1964. Courtesy Christie’s

Pièce maîtresse de la collection Gund également exposée à Paris, le magistral et parfaitement préservé No. 15 (Two Greens and Red Stripe) de Mark Rothko, daté de 1964, a atteint sans fracas un record de 98,3 millions de dollars avec les frais (84,5 millions d’euros). Il a largement dépassé Orange, Red, Yellow (1961), vendu chez Christie’s à New York en mai 2012 pour 86,8 millions de dollars avec les frais. Le tableau n’avait été exposé qu’une seule fois auparavant, à Cleveland, ville natale d’Agnes Gund, en 1972, dans une exposition collective intitulée « Cleveland Collects Contemporary Art ». Agnes Gund avait acquis l’œuvre directement auprès de l’artiste en 1967. Alors jeune collectionneuse d’à peine 30 ans, elle visitait l’atelier de Rothko avec son amie Emily Tremaine, déjà connue pour sa remarquable collection. Selon la légende, Agnes Gund s’intéressait à une autre œuvre, mais Rothko lui recommanda cette composition abstraite de 2,44 m de haut, saturée d’une puissante bande rouge traversant la toile sombre. Gund suivit son conseil.

En contrepoint, le voluptueux La Femme aux lilas (portrait de Nini Lopez) de Pierre-Auguste Renoir (1876-1877), représentant la jeune femme tenant avec grâce un grand bouquet, a atteint 28,2 millions de dollars avec les frais (24,3 millions d’euros). L’œuvre avait appartenu à Joan Whitney Payson – ancienne propriétaire de la franchise de baseball des New York Mets –, qui l’avait achetée peu après le krach boursier de 1929 pour 100 000 dollars, avant de l’offrir à sa fille, Lorinda Payson de Roulet.

De la même époque, Pivoines dans une bouteille d’Édouard Manet (1864), présenté pour la dernière fois chez M. Knoedler & Company en 1928, a réalisé 8,6 millions de dollars frais inclus (7,4 millions d’euros), pour sa première apparition aux enchères. La scène intime de Gustave Caillebotte, Le Déjeuner (1876), représentant sa famille réunie autour d’une table où scintillent les verres, a elle aussi atteint 8,6 millions de dollars frais inclus (7,4 millions d’euros). Mis en vente par les héritiers de l’artiste après 130 ans de conservation familiale, le tableau arrivait sur le marché sans garantie financière.

Parmi les très rares accrocs de la soirée, le superbe portrait d’Amedeo Modigliani, Almaïsa (1917), a été retiré peu avant la vente, amputant les attentes de 30 à 40 millions de dollars (25,8 à 34,4 millions d’euros).

Dans la section pop art, Anxious Girl de Roy Lichtenstein, chef-d’œuvre à points Benday de 1964 représentant une beauté blonde aux yeux bleus et au front inquiet, s’est distingué à 46,06 millions de dollars frais inclus (39,6 millions d’euros). L’image est empruntée à Girl Romances n° 97, un comic book publié par DC en décembre 1964. L’œuvre avait d’abord appartenu à la célèbre marchande Holly Solomon et à son mari Horace.

Double Elvis (Ferus Type) d’Andy Warhol, réalisé en 1963 à l’encre sérigraphique et à la peinture aérosol sur lin, dans un grand format de 207,6 x 121,9 cm, et l’une des dix versions montrant Elvis en pistolero, s’est vendu 27,085 millions de dollars frais inclus (23,3 millions d’euros). Il avait été adjugé pour la dernière fois chez Christie’s à New York, en mai 2018, pour 33,5 millions de dollars au marteau, entraînant une lourde perte pour le vendeur.

Parmi le petit ensemble d’œuvres relevant de l’expressionnisme abstrait, Cherchez l’aiguille (1958) de Joan Mitchell, toile lumineuse et lyrique traversée de rubans de couleurs évoquant la campagne française, a atteint 12,1 millions de dollars frais inclus (10,4 millions d’euros). Lotus de Lee Krasner, grande toile de 1982 aux accents de découpages tardifs de Matisse, a réalisé 2,5 millions de dollars frais inclus (2,2 millions d’euros).

La peintre figurative Alice Neel a établi un record avec son double portrait Mother and Child (Nancy and Olivia) (1967), vendu 5,6 millions de dollars frais inclus (4,8 millions d’euros).

Au total, la vente consacrée au XXe siècle a rapporté 490,3 millions de dollars avec les frais inclus (421,7 millions d’euros), contre des estimations avant la vente comprises entre 361 millions et 490 millions de dollars.

« C’était une somme considérable concentrée entre les mains d’un petit nombre d’enchérisseurs », a déclaré Hugo Nathan, de la société londonienne de conseil Beaumont Nathan, peu après la fin de la vente. Sa compagnie a acquis The Desert d’Agnes Martin, de 1965, pour 9,2 millions de dollars frais inclus (7,9 millions d’euros).

Cette soirée marathon à 1,1 milliard de dollars (946 millions d’euros) a constitué un nouveau test concluant pour le marché de l’art, qui semble, du moins pour l’heure, à l’abri des turbulences. D’autres épreuves attendent Christie’s ce mercredi 20 mai 2026, notamment avec la vente de l’ensemble d’œuvres de Gerhard Richter réuni par la légendaire galeriste Marian Goodman.

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Judd Tully