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Air de Paris, fin d’une aventure de 36 ans

Fondée par Florence Bonnefous et Edouard Merino, la galerie, ouverte à Nice en 1990 et installée depuis 2019 à Romainville, a définitivement fermé ses portes. Retour sur une enseigne majeure du paysage français.

Philippe Régnier
13 mai 2026
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Sebastian Quevedo Ramirez, Jérémie Bonnefous, Edouard Merino (le livre), Florence Bonnefous et DjoDjo, la bande de la dernière heure, Air de Paris, Komunuma, Romainville. Photo Bruno Serralongue, 12 mai 2026

Sebastian Quevedo Ramirez, Jérémie Bonnefous, Edouard Merino (le livre), Florence Bonnefous et DjoDjo, la bande de la dernière heure, Air de Paris, Komunuma, Romainville. Photo Bruno Serralongue, 12 mai 2026

Les professionnels, collectionneurs et amateurs d’art pointus ne pousseront plus la porte de la galerie Air de Paris à Romainville (Seine-Saint-Denis). Ses fondateurs, Florence Bonnefous et Edouard Merino, affectés par des ennuis de santé, ont décidé de mettre la structure en liquidation après avoir rencontré des problèmes financiers. Mais, comme ils le soulignent, il s’agit d’une fermeture « propre » puisque la société ferme sans dette envers les artistes. Fonctionnant sans stock, la galerie a restitué à leurs auteurs les œuvres confiées en dépôt. Florence Bonnefous y voit un point essentiel, en adéquation avec son éthique.

La fin de la galerie s’était amorcée depuis quelque temps déjà, d’abord avec la démission de Florence Bonnefous du conseil de direction du Comité professionnel des galeries d’art en 2024, suivie d'un coup d’éclat à l’Assemblée générale du CPGA en 2025 avec la lecture d’une lettre avec Isabelle Alfonsi. La même année, l’enseigne refuse de changer de stand à la Foire Art Basel, à Bâle et annule sa participation. Florence Bonnefous a finalement démissionné du comité de sélection d’Art Basel Paris après la dernière édition du Salon.

Philippe Parreno, Ingrid Berthon-Moine, Philippe Perrin, Edouard Merino, Ingrid Luche, Florence Bonnefous et Pierre Joseph devant Air de Paris, à Nice, pendant l’exposition « Les Ateliers du Paradise ». Photo Helmut Newton, août 1990

C’est peu de dire qu’Air de Paris, au cours de ses 36 ans d’activité, a marqué le paysage français et international avec son programme qui a porté toute une génération d’artistes. Tous deux étudiants à l’École du Magasin à Grenoble, pionnière dans la formation des curateurs, Edouard Merino est proche de Nicolas Bourriaud, tandis que Florence Bonnefous est amie avec Éric Troncy, qu’elle a connu lycéen. Air de Paris bénéficiera des réseaux de ces deux critiques d’art et consacrera sa première exposition à Nice à Philippe Perrin, Pierre Joseph et Philippe Parreno. En 1994, la galerie invite l’Américain Paul McCarthy qui produit son exposition dans les ateliers de l’École de la Villa Arson. Pinocchio Pipenose Householddilemma est présenté à Nice et une version dérivée à Paris, dans un espace éphémère situé rue des Haudriettes, dans le Marais. Dans cette dernière, « oncle Paul », comme le nomme Florence Bonnefous, invite les visiteurs à s’habiller en Pinocchio, masque compris, pour visionner sa vidéo. Tout au long de son existence, la galerie a toujours su intégrer des artistes de générations plus jeunes, comme récemment Mégane Brauer, Mona Filleul, ou Gaëlle Choisne, lauréate du Prix Marcel-Duchamp 2024, venus s’ajouter à François Curlet ou M/M (Paris). Pour sa dernière exposition, « Oh What A Time », qui s’est achevée le 9 mai 2026, des artistes tels que Joseph Grigely, Allen Ruppersberg, Pierre Joseph ou Trisha Donnelly ont choisi des œuvres spécifiquement.

De Nice à la rue Louise-Weiss (13e arrondissement de Paris) et Romainville, au sein de Komunuma, Air de Paris n’a jamais voulu être « au centre », mais a toujours fait le choix de la périphérie. Pour la galerie, le centre est associé à la norme, à l’étouffement, à la surveillance ; la périphérie devient le lieu de la liberté et de l’invention. « Le centre, c’est la norme ; la norme, c’est la mort », affirme sans détour Florence Bonnefous.

Attachée à son indépendance et à sa liberté, Air de Paris a assisté à l’évolution du marché de l’art, avec des structures de plus en plus standardisées, un monde dominé par des modèles de galeries « en série », où, selon Florence Bonnefous, l’on attend des enseignes qu’elles adoptent les mêmes codes, les mêmes stratégies de foires et les mêmes formats commerciaux. Dans un marché dominé par les « Rolls-Royce », elle considère Air de Paris comme une « Méhari », en référence au modèle léger et tout-terrain emblématique de Citroën dans les années 1960-1970. Air de Paris se voulait libre, peu mondaine, peu soucieuse de se conformer aux usages dominants, loin des logiques corporate. Son programme s’est aussi éloigné de la demande actuelle pour la peinture qui a transformé nombre de programmes d’enseignes parisiennes. Enfin, Air de Paris a misé sur les amitiés, les échanges, privilégiant la fidélité et les rapports humains.

Mona Filleul (premier plan, à droite) avec ses amies Miss Chakchouka, Rafael Moreno, Thilda Bourqui, Stella Kerdraon, Ix Dartayre et Nuria Mokhtar, avant l’exposition « Air de Tranny » à Air de Paris, Romainville. Photo Gaïa Lamarre, mai 2025

L’aventure de cette galerie essentielle, qui a marqué son époque, présentant quelques-uns des artistes qui ont écrit l’histoire de l’art de ces trente dernières années, va continuer sur un autre mode. Des expositions sont en gestation, à Eymoutiers (Haute-Vienne) ou à Monaco. L’artiste et graphiste Rozenn Voyer doit prochainement installer deux enseignes, dans le Limousin, et sur le balcon d’Edouard Merino à Monte-Carlo. Un nouveau chapitre s’ouvre…

Marché de l'artGalerie Air de ParisEdouard MerinoFlorence BonnefousNicolas BourriaudÉric TroncyPaul McCarthyFrançois CurletGaëlle ChoisneMona Filleul
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