Alors que débute la semaine d’inauguration de la Biennale de Venise, dont l’ouverture au public est prévue le samedi 9 mai, rarement la manifestation n’aura connu de telles turbulences, échos directs aux nombreuses crises internationales que traverse actuellement le monde. Le dernier épisode en date est la démission collective, le 30 avril, du jury de cette 61e édition, composé de Solange Farkas (présidente), Zoe Butt, Elvira Dyangani Ose, Marta Kuzma et Giovanna Zapperi, des membres sélectionnés par Koyo Kouoh, la directrice artistique de cette Biennale décédée en mai 2025. Quelques jours avant, le jury avait affirmé sa volonté d’exclure du palmarès les pavillons des pays dont les dirigeants font actuellement l’objet de poursuites pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale, soit la Russie et Israël.
En réaction à cette démission, la Biennale de Venise a reporté la cérémonie de remise des prix, initialement prévue le 9 mai, au dimanche 22 novembre, dernier jour d’ouverture au public de l’exposition. Seuls deux Lions seront attribués cette année, l’un au meilleur participant de la 61e exposition intitulée « In Minor Keys » de Koyo Kouoh, et l’autre à la meilleure participation nationale. En l’absence de jury, ce sont les visiteurs qui seront appelés à voter. Assumant son choix controversé d’accueillir la Russie et Israël, la Biennale persiste et signe en leur permettant d’être distingués. « Toutes les participations nationales incluses dans la 61e exposition, conformément à la liste officielle, pourront concourir pour le Lion des visiteurs de la meilleure participation nationale, selon un principe d’inclusion et d’égalité de traitement entre tous les participants, affirme l’organisation dans un communiqué. Cette décision s’inscrit dans l’esprit fondateur de la Biennale, fondé sur l’ouverture, le dialogue et le rejet de toute forme de fermeture ou de censure. La Biennale entend être – et doit rester – un lieu de trêve au nom de l’art, de la culture et de la liberté artistique ».
Ce point de vue, exprimé par une institution indépendante, ne semble pas partagé par le gouvernement de Giorgia Meloni, cette dernière réaffirmant son désaccord avec les choix faits par le président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco. Alessandro Giuli, le ministre italien de la Culture, a d’ailleurs fait savoir qu’il ne participerait pas aux cérémonies officielles d’ouverture de la Biennale le 9 mai. Le pavillon russe ne sera d’ailleurs pas accessible au grand public.
Parallèlement, plus de 219 artistes, commissaires et des professionnels travaillant pour cette édition de la Biennale ont signé une pétition lancée par Art Not Genocide Alliance (ANGA) demandant le retrait du pavillon israélien, cette année situé dans l’Arsenal, pour cause de travaux dans les Giardini. Ils affirmaient dans cette lettre vouloir perturber la manifestation par tout moyen. Une grève est d’ailleurs annoncée dans les différents sites de la Biennale vendredi 8 mai.
De son côté, Anish Kapoor, qui inaugure une nouvelle exposition dans son Palazzo Manfrin, s’est de son côté prononcé pour l’exclusion des États-Unis en raison de la « politique de haine abjecte » du pays et de son « bellicisme incessant », comme il l’a déclaré au Guardian.
Si les sites des Giardini et de l’Arsenal pourraient résonner au son de la contestation, les amateurs d’art pourront se tourner vers une offre vénitienne particulièrement abondante cette année, de l’exposition de Georg Baselitz à la Fondazione Giorgio Cini à celles de Lorna Simpson et Michael Armitage organisée par la Pinault Collection à la Punta della Dogana et au Palazzo Grassi, de l’ouverture du site vénitien de la Fondazione Sandretto Re Rebaudengo à l’installation de Wallace Chan à la chapelle Santa Maria della Pietà, jusqu’au dialogue entre Richard Prince et Arthur Jafa dans « Helter Skelter » à la Fondazione Prada…





