Avant même d’aborder les allées du Salon, c’est un espace inédit qui s’offre aux visiteurs d’Art Monte-Carlo, ouvert jusqu’au 1er mai. C’est la grande nouveauté de cette 10e édition anniversaire. L’exposition conçue par Stefano Rabolli Pansera, directeur de la Kunsthalle de Bangkok, se révèle un brin déroutante. C'est son objectif : casser un peu les codes monégasques et ceux d’un salon classique. Pour « Earthly Delights », le curateur s’est inspiré d’un bar mentionné dans un texte du réalisateur Luis Buñuel : on peut aller prendre un verre au sein même de ce secteur tout en découvrant les œuvres accrochées sans liste ni cartel. Celles-ci sont bien à vendre. La galerie David Zwirner expose deux œuvres de Marcel Dzama. Sylvia Kouvali (Londres) montre des sculptures lumineuses de Thomas Hutton.

Stefano Rabolli Pansera dans le nouveau secteur Salon dont il est le commissaire, Art Monte-Carlo 2026. Photo : A.C.
Parmi les pépites de cet ensemble diversifié et rafraichissant figurent deux toiles de Martin Kippenberger (galerie Emmanuel Layr), un petit Ed Ruscha, Real Estate Opportunities (Studio Bruno Tonini) choisi comme un clin d’œil à la frénésie immobilière monégasque et à ses prix fous – à l’image du nouveau complexe de Renzo Piano devant le Grimaldi Forum – , plusieurs sculptures de Hans Josephsohn, dont une de 1969 (galerie Felix Lehner AG). Ou encore des artistes thaïlandais tel Latthapon Korkiatarkul (galerie Nova Contemporary).
Cette proposition étoffe indéniablement le Salon, qui compte par ailleurs cette année 26 exposants, comme en 2025, avec un fort renouvellement. Un format de « boutique fair » qui permet aux visiteurs de passer plus de temps sur les stands… Malgré une conjoncture plus compliquée pour le marché, une partie des galeristes ont sorti des pièces de choix, certaines faisant écho au contexte et à l’actualité du Rocher, avec une forte présence d’artistes originaire d’Italie, communauté importante en principauté. Impossible de rater, en arrivant, L’Anon de François-Xavier Lalanne, proposé à 3,5 millions d’euros sur le stand de la galerie Mitterrand, ni pour 650 000 euros le portrait par Warhol de Rikky von Opel, héritier de la marque automobile allemande, pilote de F1 – Art Monte-Carlo s’insère entre deux courses automobiles très courues à Monaco –, devenu moine en Thaïlande… Pour sa première participation, la galerie A&R Fleury a apporté un ensemble d’œuvres de Hans Hartung ainsi qu’un beau Soulages de 1969, trait bleu horizontal comme la Méditerranée, encadré de noir, à 1,4 million d’euros. Les deux frères, Alexandre et Richard Fleury, se réjouissent de contacts et de « touches » avec de nouveaux clients importants basés à Monaco. Plus loin, chez Giovanni Martino Projects, une grande peinture noire de Richard Serra est affichée à 850 000 euros, non loin d’un grand format de Gilbert & George (autour du demi-million). La Galleria Continua a apporté un Anish Kapoor proposé autour de la même somme. Chez Almine Rech, qui dispose d’un espace en principauté, primauté à la couleur, de George Condo à Francesco Vezzoli.

Stand de la galerie Voena. Photo : Yosuke Kojimay
Pour attirer des profils d’acheteurs différents, certains ont soigné la scénographie, ou diversifié leur offre. Wilde propose ainsi un solo-show d’œuvres récentes de Fabien Mérelle. Voena (dont l’associé historique Robilant fait depuis peu chemin à part) montre une forêt de bustes en plâtres à l’antique des années 1980 par Giulio Paolini devant une peinture de Nicolas Poussin à 1,5 million de dollars. Un clin d’œil aux cinq tableaux de l’artiste français du XVIIe siècle (dont l’un provenant de la collection du palais princier) présentés dans l’exposition « Le sentiment de la nature. L’art contemporain au miroir de Poussin », à voir jusqu’au 25 mai au Nouveau musée national de Monaco (NMNM) – villa Paloma. La 193 Gallery, quant à elle, a misé avec audace sur un stand haut en couleur dominé par les portraits d’April Bey, jeune artiste née aux Bahamas en 1987 et très présente dans les collections américaines. « Montrer ces œuvres est une façon d’affirmer l’identité de la galerie, sans devoir toujours s’adapter à un contexte », confie César Levy, à la tête de l’enseigne basée à Paris et à Venise. Et de se réjouir d’avoir vendu plusieurs pièces sur le stand, notamment des sculptures en céramique de Yoann Estevenin autour de 7 000 euros pièce.
La plupart des exposants se félicitaient du changement de calendrier opéré cette année, avec l’abandon du mois de juillet et le retour au créneau printanier occupé avant le Covid. La venue de nombreux résidents monégasques de premier plan, souvent absents en été, a ainsi été saluée. Nombre d’exposants attendaient les retombées du dîner de gala de la foire organisé dans les allées hier soir, 29 avril. Si les ventes aux enchères habituelles de juillet manquent à l’appel, Artcurial, dans le cadre de la Monaco Art Week, a posé dans les jardins et sur les places de Monte-Carlo quelques sculptures, d’Arman à Philippe Hiquily, « pour ouvrir la saison », confie Martin Guesnet. Un aperitivo avant la grande vente prévue en juillet.
Reste pour le nouveau propriétaire de la foire, le groupe Informa Prestige, qui gère quelque 400 salons, notamment d’art de vivre, en Asie, au Moyen-Orient ou aux États-Unis, à affûter une stratégie et construire des passerelles avec ses autres événements, tel le salon nautique de Monaco. Son chairman, John Paton, ambitionne d’ici à quelques années d’atteindre une quarantaine d’exposants. Si les collections privées souvent très pointues sont une réalité sur le Rocher et aux alentours, comme l’attestent les prêts accordés aux expositions du NMNM, toucher des grosses fortunes jusqu’ici concentrées sur le luxe et les loisirs exclusifs prendra encore du temps…




