L’idée d’intégrer des sculptures dans la foire n’est pas tout à fait neuve. En effet, ces dernières années, une exposition de sculptures de moyens et grands formats accueillait les visiteurs sur le parvis du palais principal du Heysel. Art Antwerp, la petite sœur anversoise d’Art Brussels, avait déjà évolué en la matière en intégrant quelques sculptures monumentales aux principaux croisements de ses allées.
Pour cette édition, l’évolution est manifeste et le rapport d’échelle change. En effet, cette nouvelle section « Horizons » dispose d’un espace qui lui est propre (une partie du Palais 6 adjacent), ce qui lui permet de prendre la forme d’une exposition en tant que telle. Les œuvres ont été sélectionnés par Devrim Bayar, senior curator à Kanal-Centre Pompidou à Bruxelles. Cette proposition veut « incarner l’ambition curatoriale » d’Art Brussels, véritable leitmotiv qui détermine toute la programmation des secteurs non-marchands de la foire.
La hauteur des lieux offre aux artistes la possibilité d’y déployer des œuvres de grandes dimensions, difficiles à exposer ailleurs dans toute leur ampleur, à l’image d’Elen ou Ubris, long déroulé textile prenant la forme d’un autoportrait d’Elen Braga en tenue de sport. S’inspirant de multiples références mythologiques et bibliques, elle interroge tout à la fois le statut de la femme au travail, le rôle de l’artiste et sa représentation. Souplesse textile également avec la peinture sur voiles de bateaux de Jacqueline de Jong (1939-2024). De son côté, Oswald Oberhuber (1931-2020) a conçu, avec son Paradise Garden, un espace idyllique et fantasmé, invitant le public à une méditation sur la transformation poétique des formes. Ymen Berhouma déploie, quant à elle, un vaste ensemble de ses aquarelles témoignant d’un mouvement mental en constante évolution.
Ces questions autour de l’architecture et de l’environnement, traitées avec des supports légers, trouvent un autre écho avec l’espace architectural et méditatif conçu par Pao Hui Kao, qui utilise du papier-calque léger, de la colle de riz et de la laque Urushi provenant de la sève naturelle de l’arbre éponyme. Souplesse et apparente légèreté toujours avec les spectaculaires colonnes gonflables colorées et monumentales de Zuzanna Czebatul, que l’on reverra lors de l’inauguration du Kanal-Centre Pompidou. Elles évoquent les canons de l’architecture classique, en référence aux fragments de ruines antiques. À l’inverse, Aglaia Konrad renvoie à l’architecture de style brutaliste d’un immeuble de bureaux bruxellois en jouant de la séquence et de la sérialité avec quatre modules de ses fenêtres à l’ovale géométrique régulier.
Enfin, fait notable, la grande majorité des artistes ici retenus sont des femmes.



