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Critique

Art Brussels 2026, une proposition plus concentrée

Pour sa 42e édition, la Foire bruxelloise se réoriente avec un format resserré, soit 136 galeries, et l’introduction d’un nouveau secteur appelé Horizons.

Bernard Marcelis
21 avril 2026
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Anna Camner, The Witness, 2025, huile sur toile. Courtesy de l’artiste et de la Cecilia Hillström Gallery

Anna Camner, The Witness, 2025, huile sur toile. Courtesy de l’artiste et de la Cecilia Hillström Gallery


En dehors de la volonté affichée de la Foire « d’adopter un format plus concentré, conçu pour offrir une expérience de visite de meilleure qualité et plus immersive » selon ses termes, Art Brussels se trouve à un tournant de son histoire, tout en continuant à affirmer son identité de Salon défricheur, entre artistes établis et scènes émergentes. Au-delà des chiffres annoncés (26 exposants en moins par rapport à 2025) et une reconfiguration de ses espaces (un seul hall pour toutes les galeries au lieu de deux), la réalité est plus nuancée. Ainsi la Belgique (29 % des exposants) et la France (17 %) ne sont pas loin d’être majoritaires dans la proposition de cette Foire qui revendique plus que jamais son ancrage européen, puisque, au total, 87 % des 136 enseignes sont originaires du Vieux Continent. Le deuxième hall est quant à lui dorénavant réservé aux espaces de rencontre, au secteur médias, à une zone de restauration et à diverses expositions, dont la section Horizons récemment créée.

De nouvelles perspectives

Ladite section est dédiée à des œuvres de grand format qu’il est difficile de montrer au sein de stands traditionnels. Elle se présente comme une exposition en tant que telle. « On pourrait la considérer, toutes proportions gardées, comme une sorte de petit Art Unlimited », confie Anne Vierstraete, senior adviser (conseillère en chef) d’Art Brussels, en faisant référence à cette partie de la Foire Art Basel, à Bâle. Logé dans le hall 6, ce secteur rassemble sept artistes de générations différentes et de pratiques qui le sont tout autant. Il s’agit majoritairement de femmes, sélectionnées par Devrim Bayar, commissaire à Kanal – Centre Pompidou, à Bruxelles : Elen Braga, Ymen Berhouma, Zuzanna Czebatul, Jacqueline de Jong, Pao Hui Kao, Aglaia Konrad et Oswald Oberhuber.

Cet espace vient compléter l’offre des quatre autres qui structurent la Foire, mais de manière plus informelle. Seule la section Discovery bénéficie d’une allée distincte. Forte de 38 enseignes – soit autant qu’en 2025 –, elle est consacrée aux galeries soutenant activement des artistes internationaux émergents, puisque les œuvres choisies ne doivent pas dater de plus de trois ans. Les stands doivent proposer un solo ou un duo show. Parmi ces enseignes, provenant de tous les continents, figurent quelques parisiennes, comme Afikaris, Backslash, Anne Barrault ou Dix9. Comptant 27 % des participants, cette section est la deuxième plus importante de la Foire.

Ce n’est pas le cas de Prime. Le premier secteur de la Foire a maigri : il ne comptabilise plus que 60 % des exposants, soit 83 marchands, contre 108 en 2025. Il se compose de galeries d’art moderne et contemporain présentant des artistes établis ou en milieu de carrière et disposant d’une réelle reconnaissance internationale. Si l’offre se contracte donc quelque peu, Nele Verhaeren, la directrice d’Art Brussels, y voit un gage de qualité : « La réduction d’Art Brussels à 139 galeries est le résultat du processus de sélection mené par nos comités et reflète notre engagement à privilégier la qualité à la quantité. » Elle reconnaît néanmoins « que les enseignes sont plus sélectives quant aux événements auxquels elles participent et que les collectionneurs sont plus attentifs à la fréquence et à la distance de leurs déplacements ». Il faut dire aussi que l’offre et la concurrence sont sévères dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de Bruxelles en à peine quatre mois, entre la mi-décembre et la mi-avril, avec respectivement Art Antwerp, la Brafa, Ceramic Brussels, la Tefaf et Art Brussels. La principale concurrence vient bien entendu de la Brafa, privilégiée cette année par certaines galeries franco-belges au détriment d’Art Brussels. L’impact de la section Prime reste cependant primordial, grâce aux nombreux solo shows qui en font la spécificité. Parmi ceux-ci, citons Lais Amaral chez Mendes Wood DM (São Paulo, New York, Bruxelles, Paris), Marc Bauer chez Keteleer (Anvers), herman de vries chez Settantotto (Gand), Eva L’Hoest chez Eric Mouchet (Paris, Bruxelles), Joana Vasconcelos chez Artemis (Lisbonne) et Renato Nicolodi chez Ron Mandos (Amsterdam).

Jean Messagier, Les Mouches sur la peau, 1968, huile sur toile. Courtesy de la galerie Antoine Laurentin


Des récompenses à valeur ajoutée

Réévalués depuis quelques années, les prix sont désormais conséquents, à l’image du Solo Prize doté de 15 000 euros. Soutenu par le cercle TheMerode et attribué par un jury professionnel international, il revient directement à l’artiste qui sera choisi parmi les 26 présentations Solo organisées par les galeries sur leur stand. Le Discovery Prize, mécéné par la marque de carnets Moleskine, est quant à lui pourvu de 10 000 euros. Il encourage à la fois un artiste émergent représenté par une des 38 enseignes de la section Discovery et contribue à enrichir une institution. En effet, ce prix prenant dorénavant la forme d’un budget d’acquisition permettra à une des œuvres du lauréat de rejoindre les collections du musée d’Ixelles (Bruxelles), dont la réouverture est prévue en 2027, et d’être incluse dans son exposition inaugurale. Enfin, le ’68 Forward Prize, lequel bénéficie du soutien de la maison de couture belge Natan, attribuera une enveloppe de 5 000 euros à l’un des 11 marchands repris dans la section correspondante. S’y trouvent, entre autres, des œuvres de Maurice Rapin (Sabine Bayasli, Paris), Hubert Schmalix (Smolka Contemporary, Vienne), Franco Angeli (MF Toninelli, Monaco) ou celles du trio Giulio Paolini, David Tremlett, Franco Guerzoni (Galleria Studio G7, Bologne).

Parmi les autres propositions, il est impossible de manquer la commande passée à Natasja Mabesoone, représentée par la galerie anversoise Sofie Van de Velde, l’artiste belge ayant été invitée à créer une installation spécifique pour l’entrée de la Foire. Selon celle-ci, il s’agit là d’une forme de manifeste qui accueille le visiteur dès son arrivée, le mettant face « à une expérience artistique forte, donnant le ton conceptuel et curatorial de cette édition revisitée et ambitieusement organisée ».

« Les galeries sont plus sélectives […] et les collectionneurs plus attentifs à la fréquence et à la distance de leurs déplacements. »

Le public s’en rendra vite compte un peu plus loin avec l’exposition « Not Everything is for Sale » (Tout n’est pas à vendre), pour laquelle il a été demandé à quinze galeristes parmi les participants ayant au moins vingt-cinq ans d’activité de choisir une œuvre dont ils ne voudraient jamais se séparer. L’ensemble est bien entendu des plus éclectiques, puisqu’y sont rassemblés des artistes tels que César, Jeff Wall, Andy Warhol, Carroll Dunham, John Murphy ou encore Walter Swennen, pour n’en citer que quelques-uns.

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Art Brussels 2026, 23-26 avril 2026, Brussels Expo, place de la Belgique 1, 1020 Bruxelles, Belgique.

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