À œuvre exceptionnelle, chantier hors normes. Le musée du Louvre a annoncé le lancement de la restauration du Cycle de Marie de Médicis de Pierre Paul Rubens – la plus ambitieuse de l’histoire du département des Peintures. Cette suite de vingt-quatre toiles, la plus importante commande jamais exécutée par le maître anversois, a été peinte de 1622 à 1625 pour la galerie occidentale occupant le premier étage des deux ailes du palais de Marie de Médicis à Paris, aussi appelé palais du Luxembourg, l’actuel Sénat, édifié à partir de 1615. Le transfert définitif des tableaux au Louvre a été effectué en 1816. L’installation intégrale du cycle dans la salle 801, située dans l’aile Richelieu, date de 1993.
Lorsque la reine se tourne vers Rubens pour réaliser cette suite de peintures à sa gloire, l’artiste est au faîte de sa réputation, immense dans toute l’Europe. Peint en Flandre, le cycle monumental de 293 m2 décrit la vie de la princesse toscane montée sur le trône de France en 1600.
« C’est à la fois le testament politique d’une femme, une vision de la place du royaume de France dans l’Europe du temps, une élégie au portrait de cour, un sommet du langage allégorique… cher à l’époque classique – c’est aussi un moment de rivalité avec l’art de la tapisserie, le résultat des luttes d’influences au sein de la Maison de la reine, l’illustration en creux de l’ascension du cardinal de Richelieu, celle de la fragilité des premiers Bourbons. Et le berceau de bien des querelles devant agiter l’école française de peinture. Le cycle sur la vie de Marie de Médicis est l’une des trésors du musée du Louvre », indique le musée.

Pierre Paul Rubens, Le Couronnement de la reine à l'abbaye de Saint-Denis, le 13 mai 1610, musée du Louvre. © 2024 Musée du Louvre / T. Radelet
Le diagnostic de l’état préoccupant de conservation des tableaux a été établi dès 2016, corroboré par deux études de l’ensemble par des restaurateurs spécialisés en 2020 et 2023 : soulèvements de la couche picturale, vernis jaunis, repeints des précédentes restaurations devenus visibles… Le Louvre qualifie les objectifs de ce chantier de restauration de « conservatoires et esthétiques ». Le traitement de la couche picturale permettra de « retrouver une palette chromatique et des équilibres colorés et lumineux les plus proches possibles de ceux initialement réalisés par Rubens ». Afin d’assurer la pérennité des tableaux dans le temps, des « opérations structurelles sur les supports toile (reprise de rentoilage ou de transposition) » seront effectuées. « L’enjeu crucial pour ce cycle, conçu comme un ensemble cohérent, sera d’assurer l’homogénéité des traitements et l’harmonisation des réintégrations », note le musée. Les dernières restaurations d’ampleur des couches picturales remontent aux années 1950. Seize tableaux n’ont pas été restaurés de manière fondamentale depuis le XIXe siècle.
Le marché public, publié le 23 février 2026 avec l’appui du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), sera attribué à deux groupements de restaurateurs dans le courant du mois de juin. La campagne de restauration, qui devrait débuter au mois d’octobre, bénéficie du soutien de la Société des Amis du Louvre à hauteur de 4 millions d’euros.
Étalé sur quatre ans, ce vaste chantier se déroulera in situ. La galerie Médicis, où sont exposées les œuvres, sera convertie en atelier et fermée au public. Une quarantaine de personnes de plusieurs directions du musée du Louvre et du département des Peintures sera mobilisée, ainsi que des dizaines de restaurateurs.




