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Voix sans lieu, machine à laver et fessier lesbien

Patrick Javault
20 mars 2026
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Vue de l’exposition « Lawrence Abu Hamdan : Overdub » chez mor charpentier. Courtesy of the Artist and mor charpentier. Photos Hafid Lhachmi

Vue de l’exposition « Lawrence Abu Hamdan : Overdub » chez mor charpentier. Courtesy of the Artist and mor charpentier. Photos Hafid Lhachmi

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Lawrence Abu Hamdan : Overdub

Lawrence Abu Hamdan a inventé une façon à peu près unique d’articuler art et action politique par le biais du son. Une bonne part de ses œuvres se rattache au travail développé au sein d’Earshot, l’organisation qu’il a fondée pour réaliser des enquêtes acoustiques au service des populations victimes d’injustices sociales, politiques et environnementales. En six œuvres, « Overdub » rend compte d’actions menées par de grandes compagnies ou par des nations pour réduire l’Autre au silence. Par quatre spectrogrammes imprimés en 3D et rétroéclairés, Waterfalls (India, Haiti, Philippines, Pakistan) rend visible les transformations apportées aux voix des centres d’appels par l’IA. En supprimant l’étrangeté des prononciations qui pourraient rebuter les clients éventuels et permettre la localisation desdites voix, les opérateurs arrivent à produire des « voix sans lieu ».

Echography of Tel Al-Sultan applique une technique destinée à repérer les premiers signaux de vie au paysage de ce camp de réfugiés de Gaza pour faire mesurer l’ampleur et l’impact des destructions dans cette zone.

Tilting at Windmills et Wind Ensemble sont directement liés aux investigations menées au sein d’un village jawlani du Golan syrien, menacé par l’implantation d’un champ d’éoliennes géantes à 35 mètres des habitations. La première pièce traduit en images de synthèse l’effet que produirait ce bruit sur le paysage, tandis que la seconde fait une réponse à cette politique de terreur en montrant le saxophoniste jawlani Amr Mdah improvisant sur le balcon d’une maison du village. Le film de cette performance est projeté sur un large ampli, suggérant ainsi une puissance contenue.

C’est par le silence et le recueillement que s’achève le parcours. Planned Obsolescence rassemble dix téléviseurs cathodiques, de modèles divers, posés sur des tables de métal. Ils diffusent chacun une image fixe, pas cadrée, floue ou abstraite. Ce sont les dernières images enregistrées par les appareils de dix reporters victimes de tirs militaires. Ces lueurs rendent hommage à leur action et à leur foi dans la valeur du témoignage.

Du 14 mars au 4 mai 2026, mor charpentier, 18 rue des Quatre-Fils, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Miriam Cahn : Still Leben » à la Galerie Jocelyn Wolff. Courtesy de l’artiste et Galerie Jocelyn Wolff. Photo Chloé Philipp

Miriam Cahn : Still Leben

On associe si naturellement l’œuvre de Miriam Cahn à des visions du corps et de la chair d’une violence parfois paroxystique, qu’on en oublie que celle-ci comprend également des œuvres d’observation et un ancrage dans le quotidien. Les tableaux de « Still Leben » montrent essentiellement des objets ou des choses, de la brosse à dents à la machine à laver, de la liste des courses à l’ordinateur portable. Mais dans cette exposition se trouvent aussi une vue d’intérieur ouvrant sur un paysage, une main qui se reflète dans un miroir ou deux pointes de ski dans un paysage de neige. « Still Leben » fait entendre le mot désignant la nature morte en allemand mais dit littéralement : vie calme ou silencieuse. On a le sentiment que Miriam Cahn fait dialoguer la jeune artiste qu’elle fut avec celle qu’elle est aujourd’hui. D’un côté un inventaire presque conceptuel des tâches quotidiennes, ménagères ou hygiéniques, de l’autre une méditation sur la beauté du presque rien. Ce sentiment s’appuie sur certains indices : la diversité des techniques, des styles et des formats. Par ailleurs, l’image du faitout sur sa plaque de cuisson, celle de la cafetière italienne électrique tracé au fusain, ont un côté bohème artistique, tandis que tel blouson et pantalon blanc couchés sur une table laissent entrevoir la fin. Miriam Cahn marque aussi sa présence à travers celle des écrans. C’est celui du Mac brossé artistement sur un morceau de tissu rouge, image de son propre dédoublement entre peinture et écriture ; celui de la télévision qui fait apparaître le diminutif « App » comme une parodie de pop ; ou celui du smartphone qui fait l’objet d’un traitement particulier. Peint dans un format vertical, d’un noir uni, il est brandi par une main rose et rouge « gustonienne » et encadré de jaune comme un miroir. C’est la métaphore de ce portrait de soi ou de cette vie au milieu des choses qui est peut-être le vrai thème.

Du 14 mars au 25 avril 2026, Galerie Jocelyn Wolff, 1 rue de Penthièvre, 75008 Paris

Vue de l’exposition « Melik Ohanian : ALTERATION, For a long time in Time » à la Galerie Chantal Crousel. Courtoisie de l’artiste et de la Galerie Chantal Crousel. Photo Jiayun Deng - Galerie Chantal Crousel. © Melik Ohanian /ADAGP, Paris (2026)

Melik Ohanian : ALTERATION, For a long time in Time

En 2017, Melik Ohanian présentait à la Biennale de Lyon Borderland, une installation vidéo pour quatre écrans. Adapté par Dominique Quessada du roman Flats de Rudolph Wurlitzer, le film a été tourné sur le toit de l’immeuble de Brooklyn où résidait l’artiste. Filmé la nuit, dans un très beau noir et blanc, avec dix-huit comédiens, le dispositif reposait sur quatre écrans correspondant à quatre travellings latéraux en va-et-vient, les caméras étant déplacées par les comédiens eux-mêmes. Borderland a fait l’objet de plusieurs présentations mais, pour la première fois, Melik Ohanian en présente une version sur simple écran. Dans cette zone frontière, des hobos vaquent à des occupations à la lumière d’un feu. Ils portent des noms de villes des États-Unis et dialoguent ou monologuent. Le narrateur est également présent, et ceux qui parlent peuvent être présents à l’écran ou hors de lui. Le film réunit le théâtre et le cinéma, Samuel Beckett et Jack Kerouac. Actuel dans son dispositif et sa transposition, il retrouve quelque chose d’un certain underground auquel Rudolph Wurlitzer était lié. La présence d’émigrants venus du Moyen-Orient, pour lesquels Memphis est une ville d’Égypte, dérange quelques-uns des Américains de souche et les propos qui s’échangent donnent aussi matière à une réflexion sur l’écriture. À un moment, l’un des personnages s’adresse au narrateur : « Tu laisses des émigrants s’introduire dans ton récit. Tu crois que Beckett aurait laissé faire ça ? ».

En même temps que cette relecture cinématographique, Melik Ohanian expose des photographies des séries Tomorrow Was (2016-2024) et Interval Viewing (2025). Dans la première, il a superposé des photos de différentes époques de son travail, images palimpsestes qui tiennent du relevé topographique et du paysage. Les œuvres de la deuxième série, dénommées chronographes, ont été exécutées à Illiers-Combray. Pour autant qu’on peut les lire, elles superposent les vues de différents appareils et objectifs sur une même portion de nature, produisant des variations d’intensité lumineuse et de netteté, qui donnent le sentiment de la durée.

Du 13 mars au 18 avril 2026, Galerie Chantal Crousel, 10 rue Charlot, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Collier Schorr : Problems and other stories » chez Modern Art, Paris. Courtesy the artist and Modern Art. © Collier Schorr. Photo Modern Art

Collier Schorr : Problems and other stories

Collier Schorr n’avait pas exposé depuis près de dix ans et jamais à Paris. L’invitation lancée par Modern Art de mettre fin à ce silence relatif, et de réparer une négligence, nous vaut aujourd’hui « Problems and other stories ». L’exposition réunit photos, dessins, collages et vidéos et rend compte des sept dernières années d’activité. Un des projets les plus importants a consisté à travailler à une transposition en ballet de Je, tu, il, elle, chef-d’œuvre de jeunesse de Chantal Akerman. Collier Schorr a pour cela appris à danser et ce qui ne devait porter que sur quelques scènes du film a abouti à une recréation complète qui lui a demandé plusieurs années. Une séquence d’images et des collages éclairent le processus de création, tandis qu’une vidéo documente une des scènes. Le sens de la communauté a toujours été très fort dans le travail de Collier Schorr et l’exposition est aussi l’occasion de réunir sous la forme de portraits les ami(e)s qui sont aussi artistes, musicien.nes ou auteur.es. Beaucoup de ces portraits sont des dessins que l’artiste a exécutés d’après ses propres photographies ; manière pour elles de prendre une forme de distance par rapport à l’image et de mieux traduire la proximité avec ses sujets. Schorr aime aussi les jeux de langage et le manifeste par des légendes ou en glissant un livre dans le décor. Le goût du collage, l’audace des juxtapositions, elle en donne un autre exemple dans When a Walk Befalls the Center of The World (Theo), une installation vidéo en double écran. Au mur est projetée une très brève séquence de Contrapposto Studies de Bruce Nauman qui voit le corps vieilli de l’artiste coupé à hauteur du cou, vu de dos, marcher en se déhanchant. Devant lui sur un moniteur, un jeune homme trans, Théo, livre torse nu un solo de guitare. Schorr dit avoir été frappée par le fessier lesbien de Nauman dans cette séquence. Elle fait entrer celui-ci dans son monde avec une rage insolente.

Du 5 mars au 4 avril 2026, Modern Art, 3 place de l’Alma, 75016 Paris

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