La vision curatoriale de Koyo Kouoh, directrice artistique de la Biennale de Venise 2026 disparue l’an dernier, a été dévoilée lors d’un point presse dans la lagune mercredi 25 février 2026. La 61e Exposition internationale d’art, intitulée « In Minor Keys », réunira 111 artistes et collectifs, dont une majorité issue du Sud global. L’édition 2026 se tiendra du 9 mai au 22 novembre 2026.
Figure majeure de la scène contemporaine et infatigable défenseuse des artistes africains, Koyo Kouoh fut la première femme originaire de ce continent choisie pour être directrice artistique de la Biennale. Elle est décédée brutalement en mai 2025 à Bâle, en Suisse.
Lors du point presse, l’équipe curatoriale, composée de cinq membres, a détaillé les axes d’« In Minor Keys », présenté comme « ni une litanie de commentaires sur l’actualité mondiale, ni une fuite face aux crises qui s’accumulent et s’entrecroisent ». L’exposition « propose un retour radical à l’environnement propre de l’art et à sa place dans la société ».
« Les artistes [sélectionnés] donnent voix à ces registres mineurs, a déclaré Rory Tsapayi, assistant de recherche au sein de l’équipe. Ils composent une partition collective : des artistes qui œuvrent aux frontières de la forme et dont les pratiques débordent naturellement dans la société. » Gabe Beckhurst Feijoo, autre membre de l’équipe, a précisé que la structure de l’exposition « n’est pas déterminée de manière abstraite… elle n’est pas organisée en sections, mais selon des priorités souterraines ».
Une autre commissaire, Rasha Salti, a décrit la manière dont la structure curatoriale a été élaborée. « Après des mois de réunions en ligne pour discuter des artistes, [Kouoh] nous a convoqués à Dakar [au centre d’art qu’elle a fondé, Raw Material Company]. Nous nous sommes réunis en avril [2025] pour une semaine de travail intensif. Elle était notre cheffe d’orchestre… elle composait pendant que nous improvisions. Nous avons remarqué que des fruits tombaient [d’un manguier] lorsqu’un nom d’artiste était prononcé. Cela s’est produit assez souvent pour que, lorsqu’un nom était évoqué sans qu’aucun fruit ne tombe, nous marquions une pause, dans l’attente. »
Les thèmes de l’exposition conçue par Kouoh – qui se déploiera à l’Arsenale et au Pavillon central des Giardini – sont : Sanctuaires, Procession/Invocation, Écoles, Enchantement, Repos physique et spirituel, le Seuil et le Jardin créole. Les romans Beloved de Toni Morrison et Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez constituent également des références essentielles pour l’exposition.
L’espace des Sanctuaires sera installé au Pavillon central et rendra hommage à l’artiste sénégalais décédé Issa Samb ainsi qu’à l’Afro-américaine disparue Beverly Buchanan. Parmi les artistes dont le travail s’inscrit dans le thème Procession/Invocation figurent Nick Cave, Alvaro Barrington, Daniel Lind-Ramos, Ebony G. Patterson, Johannes Phokela, Tammy Nguyen et le Kényan Kaloki Nyamai. « Les visiteurs sont invités à devenir partie prenante de ces assemblées », a précisé une autre commissaire, Marie Hélène Pereira.
Le secteur des Écoles intégrera des structures faisant partie de « réseaux qui soutiennent les artistes », a ajouté Marie Hélène Pereira. Parmi elles figurent le Nairobi Contemporary Art Institute, la G.A.S. Foundation à Lagos – fondée par l’artiste Yinka Shonibare — ainsi que Denniston Hill, dans l’État de New York.
« Une exposition de la dimension de la Biennale peut-elle offrir un lieu où le corps puisse se reposer ? », a interrogé Tsapayi, en référence au thème du Jardin créole. Parmi les artistes associés à cette section figurent Wangechi Mutu, Otobong Nkanga, Carsten Höller et Sandra Knecht.
« Performance et innovation » constitueront également un axe curatorial. Une procession de poètes se tiendra dans les Giardini, inspirée de la Poetry Caravan de Koyo – un voyage réunissant neuf poètes africains qu’elle avait organisé en 1999. « La poésie était pour elle la lumière directrice du geste curatorial », a déclaré Salti.
Une mention particulière a également été faite au catalogue, qui mettra en avant un « mode de production collaboratif », a indiqué le rédacteur en chef Siddhartha Mitter. Chaque artiste y disposera d’un cahier de quatre pages comprenant croquis et photographies, mettant en lumière les espaces d’atelier et les processus de création.
Parmi les artistes de la scène française figureront Kader Attia, Ranti Bam, Éric Baudelaire, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Mohammed Joha, Florence Lazar, Manuel Mathieu, Tabita Rezaire et… Marcel Duchamp.
Née à Douala, au Cameroun, Koyo Kouoh était directrice exécutive du Zeitz Museum of Contemporary Art Africa, au Cap. Elle s’était affirmée comme une figure majeure et une défenseuse infatigable des artistes noirs d’Afrique et de la diaspora. Son décès dans un hôpital de Bâle a suscité une vague d’hommages à travers le monde de l’art. Pietrangelo Buttafuoco, président de la Biennale, l’a décrite comme « une penseuse qui murmure depuis un autre lieu » et « une cartographe de nouveaux mondes ».




