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Jean Widmer, éminent graphiste, est mort

D’origine suisse, le créateur des identités visuelles de nombreuses institutions culturelles, notamment de l’emblématique logo du Centre Pompidou, est décédé à l’âge de 96 ans.

Stéphane Renault
3 février 2026
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Jean Widmer chez lui, à Paris, en octobre 2019. Photo : S. Pierron

Jean Widmer chez lui, à Paris, en octobre 2019. Photo : S. Pierron

Alors que le Centre Pompidou, fermé pour travaux de rénovation, revient sur son histoire avec la publication du journal de Claude Mollard sur la gestation de l’établissement parisien à l’architecture révolutionnaire (L’épopée Beaubourg. De la genèse à l’ouverture, 1971-1978, éditions du Centre Pompidou), l’un des acteurs de cette aventure hors norme, qui a forgé son identité visuelle, vient de disparaître. Jean Widmer, l’éminent graphiste d’origine suisse qui réalisa notamment l’emblématique logo de Beaubourg en 1977, est décédé le 2 février 2026 à Paris, à l’âge de 96 ans.

Né le 31 mars 1929 à Frauenfeld, en Suisse alémanique, Jean Widmer a étudié à l’École d’arts appliqués de Zurich (Kunstgewerbeschule), dirigée alors par Johannes Itten, un ancien du Bauhaus. Arrivé à Paris au milieu des années 1950, il devient en 1961 directeur artistique du magazine Jardin des modes, où il fait travailler le photographe Helmut Newton. Sa rencontre avec François Barré, alors directeur du Centre de Création Industrielle (CCI), débouchera sur la création, entre 1969 et 1975, d’une série d’affiches pour les expositions du CCI, dont il concevra l’identité visuelle, avant d’ouvrir sa propre agence, Visuel Design. En 1974, Jean Widmer est retenu pour imaginer celle du futur Centre Pompidou, en lien avec les architectes Renzo Piano et Richard Rogers. Son logo, directement inspiré de la structure du bâtiment – la façade, traversée par la fameuse « chenille » – s’est imposé durablement comme l’un des signes visuels majeurs de l’institution.

Dans un entretien à The Art Newspaper en 2023, Jean Widmer était revenu sur la création de ce logo devenu iconique : « Cette façade m’a toujours interpellé, je la trouvais tellement intéressante. À l’heure du déjeuner, je m’installe dans un restaurant face au Centre et je griffonne un dessin sur la nappe : un rectangle sans limites latérales fait d’épaisses lignes noires horizontales figurant les étages et une diagonale en zigzag allant de l’angle en bas à gauche vers l’angle en haut à droite pour l’escalier mécanique. Les critiques n’ont pas tardé. D’abord, on m’a reproché cette figure ouverte à gauche et à droite, alors qu’il n’y avait pas de meilleure manière de représenter cette architecture de verre et de plateaux libres. Puis on m’a intimé d’ajouter une sixième ligne noire horizontale pour coller davantage à la réalité de la construction. Personnellement, je trouvais que cinq bandes suffisaient amplement et qu’une sixième alourdissait l’ensemble. J’avais dessiné ce logo en fonction d’un équilibre propre au signe lui-même. Sur le plan graphique, cette idée de réduction fonctionnait. Le logo prenait une dimension symbolique plus forte. Mais la direction n’en a pas démordu, et nous avons dû ajouter, à regret, une sixième ligne. » En octobre 2019, le Centre Pompidou a souhaité revenir à la version d’origine, soit cinq traits noirs au lieu de six, en hommage à sa vision initiale de 1977. « C’est le logo que j’ai dessiné le plus vite de toute ma carrière, je l’avais déjà en tête », a expliqué Jean Widmer en novembre 2020.

« Un bon logo se base sur un travail minimal, une signification simple, selon ce graphiste modeste qui n’en a pas moins renouvelé l’approche. Il doit s’imposer de lui-même. Mieux, il doit, avec peu d’éléments, générer un effet encore plus fort que s’il avait été une forme compliquée. La simplicité est paradoxalement difficile à trouver. Néanmoins, après un temps de maturation, on devine, à un moment donné, que ce qui est dessiné ne peut plus bouger. »

Et d’ajouter : « Nous avions, nous les graphistes suisses, une vision qui allait à l’essentiel. J’ai voulu assez tôt donner de la valeur au minimalisme et je n’ai jamais cessé de le rechercher. On le voit bien dans mon travail. Ma méthode est simple : à chaque fois, je dessine un premier croquis et lorsque je l’affiche au mur, je le trouve toujours trop compliqué. Alors, je le retravaille pour aboutir à une épuration et à une simplicité. Au départ, on est comme un illustrateur. Ensuite, il faut éliminer, épurer. Cela prend du temps pour que ce soit parfait. Ce temps est précieux. Peu de monde, pourtant, nous accorde cette patience. »

« La disparition de Jean Widmer nous rappelle toute la modernité et l’originalité du projet à l’ouverture en 1977, a salué Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou. Son trait, inspiré de l’architecture du bâtiment, symbolise aujourd’hui parfaitement l’ouverture, la pluridisciplinarité et l’esprit de création qui nous animent. Son logo est devenu constitutif de l’identité du Centre Pompidou. Souvent présent au Centre pour les événements, et récemment encore à l’occasion d’un hommage pour ses 90 ans, il fait partie des créateurs de génie à l’origine de l’aventure. C’est avec une immense tristesse que je me joins aux équipes du Centre Pompidou pour adresser nos plus sincères condoléances à sa famille et ses proches. »

Pionnier du minimalisme, précurseur en termes de typographie, Jean Widmer a transformé l’histoire du design graphique et de la communication visuelle. Il a également conçu les identités visuelles de nombreuses institutions culturelles, parmi lesquelles le musée d’Orsay, l’Institut du monde arabe, le Jeu de Paume et la Bibliothèque nationale de France, ainsi que la signalétique des autoroutes françaises.

DisparitionJean WidmerCentre PompidouGraphisme
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