Plus de la moitié des galeries existantes au Maroc a été créée depuis 2010, témoignant de la vitalité du marché de l’art intérieur. Sur une trentaine d’entre elles, seules quatre cherchent à conquérir sur le long terme un marché international très compétitif. « Participer à des foires, c’est offrir à nos artistes une visibilité auprès de commissaires d’exposition, d’institutions, de musées et de collectionneurs venus du monde entier, explique Nadia Amor, la directrice de la galerie L’Atelier 21, à Casablanca. Ces rencontres permettent de tisser des liens, créer des passerelles et construire des trajectoires durables pour nos artistes. »
Un pari qui semble porter ses fruits, puisque la Galerie 38, basée à Casablanca, après avoir ouvert un deuxième espace à Marrakech, en inaugurait un troisième en avril 2025 dans la ville de Genève puis prenait part, deux mois plus tard, à la première édition d’Africa Basel. De son côté, la Loft Art Gallery (Casablanca, Marrakech) rejoignait en 2024 Art Basel Paris : une première pour une galerie marocaine. Elle y présentait un solo show de Mohamed Melehi, l’un des chefs de file de l’École de Casablanca, disparu en 2020.
De fait, l’intérêt pour les artistes modernes marocains, qu’il s’agisse de Mohamed Hamidi, Malika Agueznay ou Mohamed Kacimi, ne faiblit pas, porté par la dynamique de Salons comme Art Dubai et Abu Dhabi Art. Pour autant, le défi consiste aujourd’hui à faire davan- tage connaître au public étranger des artistes contemporains tels Khadija Jayi, Nabil El Makhloufi, Ghizlane Agzenaï ou encore Nassim Azarzar. « Nous sommes dans un moment de vérité au niveau international, reconnaît Hicham Daoudi, fondateur du Comptoir des Mines Galerie, à Marrakech. Notre modernité a été explorée, mais le monde ne s’arrêtera pas à cela. Il faut désormais explorer les formes émergentes et contemporaines avec des individualités fortes comme Mustapha Akrim, Mohamed Arejdal ou Fatiha Zemmouri. »
Un marché volatil
La question du segment géographique à prospecter se pose à chaque protagoniste, dans un contexte international particulièrement compliqué. Après avoir exposé à Miami, New York, Abou Dhabi, Londres ou encore Paris, Yasmine Berrada Sounni, directrice de la Loft Art Gallery, parie sur la vigueur de la région MENA (Middle East and North Africa) : « Actuellement, les marchés changent très vite, pour des raisons souvent politiques. Ceux des États-Unis ou de la France, qui étaient porteurs, sont dorénavant plus incertains. Le dynamisme provient davantage du Moyen-Orient. » En témoigne la participation du Comptoir des Mines Galerie et de la Loft Art Gallery à la 17e édition d’Abu Dhabi Art Fair qui s’est tenue en novembre 2025.
A contrario, selon Fihr Kettani, codirecteur de la Galerie 38, « si la zone MENA est un bon marché pour l’art marocain, dynamique et en pleine structuration, elle n’a pas acquis l’ampleur et la maturité des marchés européens ou américains; son marché ne peut encore être comparé aux leurs ». « L’avenir réside surtout dans les échanges Sud-Sud. C’est là que se construit un nouveau regard sur la création africaine, plus libre, plus ancrée dans les réalités du continent », renchérit Nadia Amor. La prochaine édition de la 1-54 Contemporary African Art Fair, qui se tiendra à Marrakech du 5 au 8 février 2026, permettra sans doute d’en prendre le pouls.

Une installation de Mohamed Kacimi sur le stand de Comptoir des Mines Galerie, Abu Dhabi Art Fair, novembre 2025.
Courtesy du Comptoir des Mines Galerie. Photo Esther Manceri
Des coûts prohibitifs
Si la participation de ces quelques galeries marocaines à des événements internationaux commence à faire des émules – l’AA Gallery, dirigée par Jacques-Antoine Gannat à Casablanca, était présente à deux éditions d’Arco Lisboa –, il n’en demeure pas moins que l’expérience relève du parcours du combattant. « Nous sommes souvent écrasés par des coûts de transport élevés, des taxes et des contraintes fiscales rédhibitoires », reconnaît Hicham Daoudi, lequel appelle de ses vœux une plus grande synergie entre les institutions et les galeries. Puis d’ajouter : « C’est la notoriété artistique du pays que doivent davantage développer le ministère de la Culture ou la Fondation nationale des musées, en montrant par exemple à l’étranger des expositions montées au Maroc. »
Reste que l’un des défis principaux à relever repose sur la nécessaire labellisation d’un secteur des arts visuels émergeant avec difficulté. Fihr Kettani, également président de la Fondation des industries culturelles et créatives, en a fait l’un de ses chevaux de bataille : « Le statut d’entreprise culturelle constitue l’un des piliers sur lesquels nous travaillons. Une fois établi, il permettra au secteur des arts visuels marocain d’accéder à de véritables dispositifs d’aides à l’export, dont pourrait notamment faire partie le soutien à la participation des galeries nationales aux foires internationales. »




