Peu fréquenté par des collectionneurs prisant davantage l’écrin de La Mamounia, l’espace DaDa, situé sur une place Jemaa el-Fna actuellement en pleins travaux, à Marrakech, n’accueillera plus de galeries émergentes. Un programme pourrait leur être dédié, à l’instar du secteur Opening d’ARCO Madrid. Pour autant, l’ambition de la Foire 1-54, qui se tient du 5 au 8 février 2026, reste intacte. Parmi la vingtaine d’enseignes sélectionnées, quatre participent pour la première fois : la québécoise Ellephant (Montréal) présente un solo show de l’artiste canado-haïtien Stanley Wany explorant, à partir de matériaux aussi différents que le café ou le papier de canne à sucre, la mémoire de la traite transatlantique ; la zambienne Imvelo Art Studios (Lusaka) met à l’honneur le peintre et sculpteur Geoffrey Phiri ; tandis que l’angolaise The Art Affair (Luanda) invite le dessinateur Evan Cláver. Associées pour l’événement, les galeries tunisiennes Le Violon Bleu (Sidi Bou Saïd) et The Lobster Edition (Londres, Tunis) mettent en avant leur compatriote Gouider Triki, lequel a exposé en 1978 au Centre Pompidou, à Paris, dans le cadre du programme « Ateliers Aujourd’hui ».
Les modernes à l'honneur
Si elle se présente toujours comme une Foire d’art contemporain africain, 1-54 Marrakech poursuit néanmoins sa mue en accordant une place importante aux artistes modernes. AA Gallery (Casablanca), anciennement African Arty, expose des travaux du Marocain Karim Bennani, dont une monographie récente, titrée Karim Bennani, un pionnier de l’art moderne au Maroc (Éditions de l’Académie du Royaume, 2025), retrace le parcours, notamment son amitié avec Farid Belkahia et son activité d’architecte d’intérieur au Moyen-Orient. Après une première participation en 2025, Le Violon Bleu Gallery revient avec des pièces de Hassan El Glaoui et de Farid Belkahia, dont deux œuvres avaient alors trouvé acquéreur pour 90 000 euros.
Quoique sous-représentés encore, les artistes tunisiens semblent avoir le vent en poupe. On retrouve ainsi Aïcha Snoussi et Kaïs Dhifi, emmenés par la galerie La La Lande (Paris). Une autre enseigne parisienne, Loeve&Co, qui avait séduit les acheteurs, lors de la 6e édition, avec un stand consacré notamment à l’artiste haïtien Roland Dorcély (cinq de ses toiles s’étaient vendues entre 23 000 et 110 000 euros) et au peintre congolais Marcel Gotène, réitère son pari en proposant, aux côtés de ces derniers, des œuvres du Martiniquais Alex Burke. Si les enseignes marocaines, comme, à Casablanca, L’Atelier 21 et Loft Art Gallery, ou, à Marrakech, MCC Gallery et La Galerie 38 (laquelle possède aussi des espaces à Casablanca et à Genève), se taillent encore la part du lion, notons le retour des africaines LouiSimone Guirandou (Abidjan) et Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris). Cette dernière présente les travaux du peintre ivoirien Roméo Mivekannin.

Karim Bennani, Untitled, 1976, acrylique sur toile.
Courtesy de l’AA Gallery
Des off qui s'étendent
Bien que cette 7e édition soit plus resserrée, la programmation entourant la Foire ne faiblit pas. En collaboration avec Loft Art Gallery, Cécile Fakhoury organise un solo show attendu de l’Antillais Elladj Lincy Deloumeaux au Monde des arts de la parure. Ce musée privé, situé au cœur de la casbah, dans un bâtiment rénové par les architectes franco-libanais Michel Charrière et Joseph Achkar, héberge sur trois étages les collections de Marlène et Paolo Ponce-Gallone comportant plus de 3 000 bijoux et parures en provenance d’Afrique, d’Europe centrale et d’Asie. L’espace DaDa accorde quant à lui une carte blanche au commissaire franco-rwandais Roger Niyigena Karera, cofondateur, avec le designer ivoirien Jean Servais Somian, de la plateforme Ablakassa. Son exposition, intitulée « In Between Blues » et se tenant jusqu’au 30 mars 2026, convie les artistes Barthélémy Toguo, Abdoulaye Konaté, Sanaa Gateja ou encore Pascal Konan à explorer la couleur bleue. L’espace d’art LE 18 Marrakech accueille pour sa part la deuxième édition d’« Organic Knowledge », sous la houlette de Maud Houssais, qui vise à « produire des images et des idées du déplacement en collaboration avec les communautés migrantes ». Dans ce cadre ont eu lieu des résidences de recherche-création : l’une associait la commissaire Fatima-Zahra Lakrissa à l’artiste marocaine Khadija El Abyad sur la question de la teinture et du tissage de la laine ; une autre rassemblait les commissaires Camille Lévy Sarfati et Morad Montazami autour des savoirs liés à la graine et à la cuisine dans la communauté de Tiznit, au Maroc. De son côté, le Macaal (musée d’Art contemporain africain Al Maaden) a passé commande à la Française Prune Nourry et au Marocain Yassine Balbzioui. Leurs œuvres inédites accompagnent l’accrochage des collections permanentes.
Outre ces multiples propositions, une invitation à sortir des sentiers battus et à rejoindre le désert d’Agafay, situé à une quarantaine de kilomètres de Marrakech, est lancée au public. Faisant suite à l’exposition « Les Humanités », présentée en 2025 à la Maison Denise Masson en marge de la Foire, « AKAAL » (« terre », en amazigh) est organisée par les artistes Philippe Daney et Guillaume Friocourt, en collaboration avec des potiers de la région de Taroudant. Elle a pour but de valoriser les travaux réalisés à partir de terre crue, en conviant plusieurs créateurs contemporains, tels Fatime Zahra Morjani, Mo Baala ou encore Fayçal Tiaïba, à élargir leur pratique. Architecte et photographe engagé pour la sauvegarde du patrimoine architectural du quartier de Guéliz à Marrakech, Fayçal Tiaïba prépare par ailleurs une exposition qui se déploiera dans un lieu historique de la ville nouvelle : la Rôtisserie de la Paix.
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1-54 Marrakech, du 5 au 8 février 2026, La Mamounia, avenue Bad Jdid, et divers lieux à Marrakech.



