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Marché de l'art

« Le salon s’affirme un peu plus chaque année comme une foire de projets »

Entretien avec Alexandra Fain, directrice et fondatrice d’Asia Now, sur les points forts de l’édition 2021.

Alexandra Fain. ©DR /STUDIO BRAWHAUS

Y a-t-il un thème spécifique pour cette 7e édition d’Asia Now ?

Les années 2020 et 2021, en nous installant dans un concept de crise durable, nous ont invités à une prise de conscience. Aussi, pour sa 7e édition, Asia Now souhaite prendre part aux bouleversements du monde sous les auspices des travaux de l’anthropologue Anna L. Tsing The Arts of Living on a Damaged Planet. Grâce aux artistes, curateurs, collectionneurs, institutions et galeries qui contribuent à cette nouvelle édition, Asia Now revendique un engagement solidaire et écologique plus affirmé. Dans cette perspective éveillée, Asia Now est heureuse de continuer son exploration du point de vue des frontières, en élargissant son périmètre vers l’Asie de l’Ouest, et en accueillant pour la première fois à Paris des artistes qui vivent et travaillent aujourd’hui en Iran. Parmi les quarante exposants galeries internationaux, européens et français qui pour certaines présenteront des artistes de la diaspora iranienne, neuf galeries en provenance directe de Téhéran seront pour la première fois à Paris.

Quels sont les autres points forts de ce cru 2021 ?

Proposer des cartes blanches à des commissaires invités est devenu l’une des composantes de notre identité et le salon s’affirme un peu plus chaque année comme une foire de projets. Il s’agit, à côté des propositions des galeries qui structurent le cœur chaud de la foire, de donner la possibilité de regarder le monde avec d’autres yeux, de poursuivre le voyage grâce aux œuvres qui continuent de venir jusqu’à nous, même si les artistes ne peuvent les accompagner, via le prisme de la direction et du point de vue du curateur invité.

Dans cette perspective, une carte blanche est donnée cette année à Nicolas Bourriaud, historien, critique d’art et curateur indépendant autour du concept chinois « Shun ». Pour l’occident, le monde entier est le théâtre d’une opposition entre la culture (humaine) et la nature, qui est un contenant neutre. À l’inverse, dans le Tao, il s’agit d’épouser le cours des choses, que résume le terme shun. « SHUN» rassemble des artistes d’Asie, prolongeant sous la forme d’une mise au point plus serrée, la biennale que Nicolas Bourriaud a organisée à Taïpei, consacrée à l’anthropocène et à la manière dont le changement climatique affectait le regard des artistes.

Kathy Alliou, directrice du département des œuvres aux Beaux-Arts de Paris, imagine « Making Worlds Exist », une exposition sensible qui s’inspire de la trajectoire du champignon matsutaké désormais quasiment disparu des forêts du Japon, et des alliances vitales qu’il recrée sur des terres abîmées d’autres continents (Anna L. Tsing). L’exposition, en collaboration avec Sisley, réunit des œuvres parfois commissionnées ou revisitées pour l’occasion par les artistes de la scène française, issus des diasporas d’Asie.

Odile Burluraux, conservatrice au musée d’art moderne de Paris, propose « Burning Wings », un programme vidéo d’artistes iraniennes qui se confrontent à l’histoire, à l’évocation de l’exil, à la transgression, à la question des rapports au pouvoir ou aux normes sociales et religieuses. Combattantes, elles sont déterminées à exprimer leur envie d’exister, à soutenir les protestations silencieuses mais agissantes.

Le programme « L’Asie Maintenant » est reconduit pour la troisième année consécutive avec le musée national des arts asiatiques - Guimet, sous l’impulsion de sa présidente Sophie Makariou. Il est consacré cette année d’une part au travail de l’artiste d’origine vietnamienne Thu-Van Tran, au niveau de la bibliothèque historique du musée et de sa rotonde, avec une installation in situ de l’artiste sous le commissariat de Kathy Alliou, « Fait de Tout Bois », avec le soutien de la galerie Almine Rech. D’autre part à la première exposition monographique de l’artiste vietnamienne Huong Dodinh, « A la conquête de la Lumière », sous le commissariat d’Hervé Mikaeloff à l’hôtel d’Heidelbach, avec le soutien de CMS Collection.

Enfin, pour la première fois, Asia Now confie le commissariat de ses tables rondes à Thanks For Nothing, sur le thème de l’art, de l’éveil des consciences, de l’écologie et des solidarités, sur le terrain de l’Asie. Ces quatre tables rondes valorisent les pratiques engagées d’acteurs du monde de l’art et sensibilisent le grand public sur des thèmes qui traversent nos sociétés, afin de faire émerger une conscience collective et donner les clefs pour de nouvelles formes d’engagement.

Une table ronde sera spécialement dédiée à la situation de crise en Afghanistan, en s’appuyant sur la voix de ses artistes et des personnalités ayant alerté la société civile sur la situation de la culture suite à l’arrivée des Talibans au pouvoir à l’origine d’un appel au soutien des artistes Afghans qui a permis l’accueil de plusieurs d’entre eux en France. Parmi les autres thèmes évoqués durant ces tables rondes, une discussion autour de la cartographie de l’Asie mettant en lumière la pluralité des pratiques artistiques de la scène asiatique et des initiatives engagées dans le monde de la culture.

Cette septième édition, l’édition de la raison ? Peut-être mais une raison éclairée, engagée, collective, réjouissante, d’une force de vie à nulle autre pareille et que nous sommes heureux de partager avec notre communauté.

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ASIA NOW, 21 - 24 octobre 2021, 9, avenue Hoche, 75008 Paris.