Opinion
Perspectives

Dommages collatéraux

L'édito de la semaine du lundi 13 janvier 2020.

Depuis plus d’un an maintenant, le monde de l’art est durement touché par les mouvements sociaux qui embrasent la France. Ce fut d’abord les gilets jaunes dont les manifestations se répétant d’un samedi sur l’autre à partir de l’automne 2018 ont fait chuter drastiquement la fréquentation dans les galeries parisiennes. Le chiffre d’affaires de ces structures souvent fragiles a été lourdement impacté par l’absence des collectionneurs le week-end, le moment souvent le plus actif pour les ventes. Le patrimoine a lui aussi payé son tribut, avec les nombreuses dégradations qui ont été perpétrées en marge des manifestations. La mise à sac de l’Arc de Triomphe le 1er décembre 2018, laissé dans un état de désolation extrême, le moulage de plâtre du Génie de la Patrie éventré et la maquette du lieu lourdement détériorée, avait conduit à la fermeture du monument pendant une douzaine de jours. Il ne fut totalement restauré que cinq mois après ces exactions, en mai 2019, et pour un coût total de 1,2 million d’euros. Pour protéger leurs œuvres, plusieurs institutions avaient décidé par la suite de fermer leurs portes le samedi, à l’instar du Petit Palais et du Grand Palais, induisant mathématiquement une baisse de leur fréquentation.

Vue de l'Arc de Triomphe D.R. - Wikipedia commons

La mobilisation contre la réforme des retraites engagée par le gouvernement d’Édouard Philippe a elle aussi conduit à de nombreuses fermetures depuis le 5 décembre 2019. La paralysie des transports à Paris a notamment rendu difficile le déplacement des personnels de surveillance des institutions. Beaucoup d’entre elles ont réduit leurs horaires d’ouverture, comme le Palais de Tokyo, dont les portes se sont fermées à 19 heures au lieu de minuit du 20 décembre au 5 janvier, ou du Centre Pompidou qui n’est resté ouvert que jusqu’à 18 heures au lieu des 21 heures habituelles. Cette décision, combinée à la difficulté pour les visiteurs de circuler, a ainsi fait chuter la fréquentation de Beaubourg de 40 % en décembre. Après ces multiples épreuves, le monde de l’art aspire aujourd’hui à un climat social apaisé. La sortie du tunnel n’est peut-être pas si lointaine.