Analyse
Patrimoine

Les « monuments men » italiens signent un accord avec l'UNESCO pour aider le patrimoine mondial

Le groupe italien de protection du patrimoine mondial, connu sous le nom de « Casques bleus », pourra opérer à l’étranger à la demande de l’Unesco.

L’Italie a signé un décret permettant à son groupe de protection du patrimoine, leader au niveau mondial, d’intervenir à l’étranger à la demande directe de l’Unesco.

Les «Casques bleus» ont contribué à sauver des œuvres du Museo di Amatrice en 2016, suite à un tremblement de terre catastrophique. © Comando Carabinieri Tutela del Patrimonio Culturale

Parallèlement, le ministre de la Culture du pays, Dario Franceschini, a renouvelé les appels lancés à l’agence des Nations unies pour qu’elle crée sa propre unité mobile et a annoncé une série de mesures visant à protéger le patrimoine ukrainien.

« L’ITALIE EST UNE RÉFÉRENCE INTERNATIONALE POUR LA PROTECTION ET LA SAUVEGARDE DU PATRIMOINE CULTUREL ET NOTRE EXPERTISE EST SALUÉE DANS LE MONDE ENTIER »

« L’Italie est une référence inter­ nationale pour la protection et la sauvegarde du patrimoine culturel et notre expertise est saluée dans le monde entier, a déclaré Dario Franceschini dans un communiqué. Désormais, [la task force] peut opérer en Italie et à l’étranger pour protéger le patrimoine culturel des catastrophes naturelles, des guerres et des attaques terroristes, et pour lutter contre le commerce illicite des œuvres d’art. »

Dario Franceschini a signé le décret à la veille de la conférence des ministres de la Culture du Conseil de l’Europe, qui s’est tenue à Strasbourg le 1er avril, qu’il a présidée et à laquelle ont participé ses homologues internationaux, dont l’Ukrainien Oleksandr Tkachenko par liaison vidéo. L’accord formalise un protocole conclu en juillet 2021, qui permettait à l’Unesco de demander l’aide de la task force, une prérogative jusqu’alors réservée à chaque État membre de l’Unesco.

Surnommée les « Casques bleus de la culture » en raison de leur couvre-chef distinctif, la task force a été fondée en 2016 à la suite d’un protocole d’accord entre l’Italie et l’Unesco. L’idée est née de la campagne Unite4Heritage de l’Unesco, lancée l’année précédente pour stimuler les efforts internationaux visant à prévenir la destruction du patrimoine par des organisations extrémistes telles que l’État islamique.

Premier groupe de travail de ce type sur le patrimoine, les « Casques bleus » comprennent des agents du Comando Carabinieri per la Tutela del Patrimonio Culturale (TPC), la force de police italienne spécialisée dans la criminalité de l’art, et des experts du ministère de la Culture, notamment des historiens de l’art, des restaurateurs et des universitaires. Ses principales tâches consistent à évaluer les dommages causés au patrimoine, à planifier la restauration et à prévenir le pillage et le trafic après des attaques terroristes ou des catastrophes naturelles, ainsi qu’à former d’autres unités dans le monde.

LES « CASQUES BLEUS » POURRAIENT ÊTRE DÉPLOYÉS EN UKRAINE APRÈS LA GUERRE

Les « Casques bleus » ont été mobilisés à la suite de tremblements de terre en Italie en 2016 et 2017, et à Venise après les inondations dévastatrices de 2019. Ils ont formé plus de mille experts du patrimoine culturel irakien, sauvé des bâtiments historiques après l’explosion de 2020 dans le port de Beyrouth, et aidé l’escouade de protection culturelle du Mexique lors de catastrophes naturelles. Le 6 avril, Dario Franceschini a annoncé que les Carabinieri TPC assistaient à distance les experts ukrainiens qui recensent le patrimoine dans les bases de données spécialisées de l’Italie. Les organisations publiques italiennes veillent sur les sites dans le pays déchiré par la guerre, a-t-il ajouté. Les Casques bleus pourraient être déployés en Ukraine après la guerre, selon un porte-parole du ministère : « Tant que les bombes tombent, nous n’entrerons pas physiquement en Ukraine… [mais] après, nous pourrions certainement y aller ».

Dario Franceschini a également réitéré ses appels aux organisations internationales pour qu’elles lancent leurs propres task forces. « Il est vital que l’UE ou les Nations unies adoptent un instrument de ce type, comme [l’ONU] l’a fait pour protéger les vies [dans les missions de maintien de la paix], a-t-il déclaré. Les pays ne doivent pas être contraints à agir seuls ».

Appeared in The Art Newspaper France - Daily, 917