Analyse
Perspectives

Le mystérieux peintre néerlandais Jacobus Vrel a-t-il inspiré Vermeer ?

L’histoire de l’artiste énigmatique Jacobus Vrel sera retracée dans une exposition programmée pour 2023 au Mauritshuis, à La Haye, puis et à la Fondation Custodia, à Paris. Un catalogue raisonné du peintre vient de paraître.

Une exposition, prévue pour 2023, et un livre publié ce mois-ci se donnent pour objectif de dévoiler l’histoire de Jacobus Vrel, un artiste mystérieux dont l’œuvre présente des parallèles fascinants avec celle de son contemporain Johannes Vermeer. Jusqu’à récemment, les spécialistes de la période pensaient que Vrel était un disciple du célèbre peintre de Delft. Mais de nouvelles recherches révèlent que Vermeer a travaillé quelques années plus tard, ce qui signifie que Jacobus Vrel a en fait été le pionnier de l’Âge d’or hollandais, produisant scènes de rue et intérieurs. Cette révélation pose la question de savoir si Vermeer connaissait l’œuvre de Jacobus Vrel – et s’il s’en est inspiré.

JACOBUS VREL A ÉTÉ LE PIONNIER DE L’ÂGE D’OR HOLLANDAIS

L’œuvre de Jacobus Vrel se concentre sur des personnages énigmatiques, ici Femme assise regardant un enfant à travers une fenêtre (vers 1656). Fondation Custodia.

L’exposition « Jacobus Vrel : Searching for Clues to an Enigmatic Artist » [«Jacobus Vrel : À la recherche d’indices sur un artiste énigmatique »], devait initialement ouvrir à la Alte Pinakothek de Munich l’année dernière, mais elle a été reportée en raison de la pandémie. Elle est désormais programmée pour 2023 au Mauritshuis de La Haye puis à la Fondation Custodia, à Paris.

Bien que Bernd Ebert, conservateur au musée de Munich, soit à l’origine de ce projet européen, l’étape de la Alte Pinakothek a été purement et simplement annulée, pour des raisons financières et de calendrier dues à la crise sanitaire du Covid-19. Munich pourra se consoler en dévoilant sa première acquisition d’une œuvre de Jacobus Vrel, Scène de rue avec conversation (vers 1633), qui sera exposée au public à partir du 12 octobre. Martine Gosselink, Ger Luijten et Bernhard Maaz, les directeurs des trois musées partenaires du projet, admettent qu’« il fallait du courage pour organiser une exposition sur un artiste néerlandais du XVIIe siècle dont l’identité reste en grande partie un mystère ». Bien que des tableaux signés du peintre étaient connus, rien ne l’était en revanche le concernant.

L’œuvre de Jacobus Vrel comporte des paysages urbains, ici Vue d’une ville (vers 1650). Rijksmuseum, Amsterdam.

Récemment, ses œuvres ont pu être datées grâce à l’analyse dendrochronologique des panneaux de chêne peints par Jacobus Vrel. Les deux tiers de ses tableaux ont été analysés par le spécialiste Peter Klein. Ses résultats montrent que l’artiste a commencé à travailler dans les années 1630 et a poursuivi sa carrière jusqu’aux années 1660. Les tableaux de Vermeer datent du milieu des années 1650 jusqu’au milieu des années 1670. « Nous avons maintenant établi que de nombreuses œuvres de Vrel ont été réalisées avant que Vermeer ne commence sa carrière, résume Quentin Buvelot, conservateur en chef au Mauritshuis. Il est tout à fait concevable que Vermeer ait vu les scènes de rue et les intérieurs de Vrel et, si c’est le cas, cela pourrait bien avoir influencé ses propres peintures. Bien entendu, Vermeer a porté ces genres à des niveaux entièrement nouveaux. »

« NOUS AVONS MAINTENANT ÉTABLI QUE DE NOMBREUSES ŒUVRES DE VREL ONT ÉTÉ RÉALISÉES AVANT QUE VERMEER NE COMMENCE SA CARRIÈRE »

Quarante-neuf tableaux de Jacobus Vrel ont été identifiés et catalogués (soit plus que les trente-cinq peintures de Vermeer connues), mais en 350 ans, aucune exposition monographique ne lui a jamais été consacrée. Le Mauritshuis prévoit de montrer au moins une douzaine de ses tableaux; la Fondation Custodia en présentera une vingtaine.

Depuis 150 ans, les historiens de l’art tentent de retracer l’histoire de Jacobus Vrel. Outre les tableaux qu’il a signés, il n’est mentionné que dans un seul document contemporain : l’inventaire réalisé en 1659 de la collection de l’archiduc Léopold Guillaume d’Autriche, qui répertorie trois de ses œuvres. Un seul des tableaux de Vrel est daté, Femme à la fenêtre – conservé au Kunsthistorisches Museum, à Vienne –, de 1654.

QUARANTE-NEUF TABLEAUX DE JACOBUS VREL ONT ÉTÉ IDENTIFIÉS ET CATALOGUÉS

La ville où Jacobus Vrel a vécu et travaillé reste inconnue, malgré des recherches approfondies menées dans les archives. Les historiens de l’art ont supposé qu’il a résidé quelque part dans les Pays-Bas actuels ou dans le nord de la Belgique, mais la cité pourrait également se trouver dans le nord de l’Allemagne, peut-être même jusqu’à la Baltique. Une ville envisagée est Zwolle, située entre Amsterdam et la frontière allemande, certains de ses bâtiments étant similaires à ceux représentés dans ses tableaux. Cependant, une récente étude systématique des scènes de rue, de l’architecture et des costumes dans ses tableaux n’a pas permis d’aboutir à des résultats concluants.

Le point fort de Jacobus Vrel est sa manière de représenter la vie quotidienne dans les villes d’Europe du Nord au XVIIe siècle, leur donnant un caractère mystérieux. Ses vues de rues et ses intérieurs, habités par des personnages énigmatiques, ont une dimension silencieuse, et semblent presque intemporels. Cela leur confère un aspect moderne, l’artiste étant même parfois comparé au Danois Vilhelm Hammershøi, qui a travaillé vers 1900. « Tel un fantôme, Vrel semble nous échapper. C’est peut-être précisément ce qui fait le charme de ses œuvres. Elles ne demandent qu’à être découvertes et élucidées », conclut l’ouvrage qui vient de paraître consacré à Jacobus Vrel.

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L’exposition « Jacobus Vrel : Searching for Clues to an Enigmatic Artist » au Mauritshuis, à La Haye, sera présentée du 16 février au 29 mai 2023, et à la Fondation Custodia, à Paris, du 17 juin au 17 septembre 2023. Le catalogue de l’exposition vient de paraître, en anglais, aux éditions Hirmer.