Née sous de bons auspices – son parrain n’est autre qu’Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles –, l’ESJ a été mise en place grâce au soutien de la Fondation d’entreprise Diptyque, propulsée pour l’occasion « mécène-bâtisseur ». Intensive – 1 022 heures sur un an, dont quatre mois de stage –, cette formation consacrée à « la maîtrise des savoirs et gestes professionnels complexes du jardin » est construite autour des quatre « branches » classiques du jardin : maraîchage, arboriculture fruitière, arboriculture ornementale et floriculture. Elle associe connaissances historiques et culturelles, savoir-faire techniques et approche par le projet, mais donne aussi une large part à la pratique de terrain, en particulier dans le jardin qui fait face à l’école : le Potager du Roi. Les professionnels ainsi formés seront « capables d’intervenir sur des jardins patrimoniaux ou contemporains, de leur conception à l’entretien, en prenant en compte des enjeux écologiques et patrimoniaux ». Coût de la formation : de 2 239 euros pour un stagiaire en formation initiale à 7 650 euros en prise en charge par un organisme pour un stagiaire en formation continue ou en reconversion.
Personnalité notoire du monde des jardins, Gilles Clément voit cette formation d’un bon œil et il est, pour l’occasion, venu le dire à sa manière : « On peut mettre entre les mains de ceux qui sont donc les jardiniers l’avenir complet : la forme, la beauté, l’harmonie et la vie. La vie, elle est là, avec sa diversité, encore faut-il accéder à cette diversité, donc apprendre, et cet enseignement est peut-être la chose la plus difficile, mais il est possible, estime le paysagiste et auteur. J’ai trouvé cette initiative très belle. Cette école, c’est extrêmement important. Et j’espère qu’elle va s’agrandir et se multiplier en d’autres lieux… »
L’heure est à un premier bilan. « Un an après son lancement, notre école est fidèle à sa promesse : célébrer le vivant, porter l’excellence de l’art des jardins et transmettre les savoir-faire qui permettent de le faire vivre, lance Alexandra Bonnet, directrice de l’ENSP. Et les résultats sont là. Tous nos maîtres jardiniers diplômés qui cherchaient un emploi en ont trouvé un avant même d’avoir reçu leur diplôme. D’ailleurs, plusieurs offres n’ont d’ailleurs pas pu être pourvues, faute de candidats suffisamment nombreux. Ces chiffres le disent : les jardins ont besoin de professionnels formés, compétents, passionnés. Nous ne nous arrêterons pas en si bon chemin… »

Le Potager du Roi, à Versailles, avec la cathédrale Saint-Louis en arrière-plan. Courtesy Fondation Diptyque
Concrètement : les sept maîtres-jardiniers de la cuvée inaugurale recevront leur diplôme lors d’une cérémonie officielle le 27 novembre 2026. Cinq occupent d’ores et déjà un poste de « chef jardinier », à la Ville de Paris ou dans des domaines « prestigieux ». À l’instar d’Arnaud Valette, l’un de ces néo-maîtres-jardiniers : « Je possédais déjà un diplôme de BTSA – brevet de technicien supérieur agricole – Aménagements Paysagers lorsque j’ai postulé, raconte-t-il. Cette formation m’a permis d’acquérir des compétences supplémentaires à la fois théoriques et aussi très pratiques, comme intervenir dans un lieu patrimonial, y installer du maraîchage ou y déployer un plan d’assolement. » Son premier poste, depuis le 1er octobre, l’a mené dans… les jardins du Palais de l’Élysée.
Les deux derniers diplômés, eux, ne sont pas en recherche immédiate d’emploi : l’un poursuit un parcours dans l’enseignement supérieur ; une autre mûrit son projet professionnel. Reste que l’engouement semble être de mise : la promotion 2026-2027, qui a fait sa rentrée le 7 septembre, compte 16 apprenants sélectionnés parmi 35 candidats venus de toute la France, professionnels ou personnes en reconversion. De son côté, Laurence Semichon, PDG de Diptyque, a annoncé la poursuite du soutien de la Fondation Diptyque, sans toutefois en préciser le montant. Comme le résume Chiara Santini, professeure d’histoire des jardins et du paysagisme à l’ENSP : « Une école qui met le jardin au cœur de la formation est primordiale. A fortiori dans un lieu, le Potager du Roi, qui a été au cœur de l’histoire et du patrimoine ; un lieu qui n’a pas uniquement servi pour la table du Roi, mais a aussi été, et est encore, plus que jamais, un espace de pédagogie et d’expérimentation. » Dont acte !



