La galerie Ceysson & Bénétière, qui le représente, a annoncé le décès de Bernard Pagès ce 13 octobre à l’âge de 86 ans.« La galerie salue la mémoire de Bernard Pagès, artiste fondateur de Supports/Surfaces et l’une des grandes figures de l’art contemporain international, qui n’a cessé de remettre en question les frontières entre sculpture et peinture, saluent François Ceysson et Loïc Bénétière. Elle rend hommage à un homme exceptionnel d’une gentillesse rare, attentif à chacun. Nos pensées accompagnent son épouse, Maryline Desbiolles, ainsi que sa famille et ses proches. »
Né en 1940 à Cahors (Lot), formé à l’atelier d’art sacré de Paris où il s’installe en 1959, Bernard Pagès a pratiqué la peinture et le dessin avant de se tourner vers la sculpture. La visite de l’atelier de Constantin Brancusi est pour lui une révélation. En 1964, retour aux sources : il quitte Paris pour Coaraze, dans l’arrière-pays niçois. Il y retrouve un rapport à la nature et à ses origines rurales.
Ses rencontres avec le critique d’art Jacques Lepage en 1966, puis avec des artistes tels que Claude Viallat, Bernar Venet ou Noël Dolla, constituent un tournant dans sa carrière. En 1967, il découvre à Nice l’exposition des Nouveaux Réalistes. « Un vrai bouleversement. Un autre rapport au matériau. Dès le lendemain, j’ai abandonné la sculpture traditionnelle », résumait-il. Dès lors, s’affranchissant des conventions, il expérimente et participe aux expositions de 1968 et 1969 qui réunissent les futurs artistes du mouvement Supports/Surfaces. Utilisant le plâtre, le bois, la pierre, le béton, le fer, la brique, il élabore ses premiers Assemblages et Arrangements. Ce langage sculptural inédit, qui compose avec des matériaux hétérogènes, fait écho à ses souvenirs d’enfance dans la ferme familiale et deviendra sa marque de fabrique. Ces œuvres ouvrent la voie à ses séries emblématiques : les Piquets en 1975, puis les Colonnes au début des années 1980.
Si Bernard Pagès décline l’exposition fondatrice du groupe Supports/Surfaces au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1970, il prend part à la seconde manifestation organisée la même année, avant de rompre avec le mouvement en 1971. Il se met alors en retrait, travaillant en solitaire. En 1974, il participe à l’exposition « Nouvelle peinture en France : pratiques/théories » au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne. L’année suivante, la galerie Éric Fabre, à Paris, organise sa première exposition personnelle. L’artiste est également invité à la 9e Biennale de Paris au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. En 1982, le Centre Georges-Pompidou lui consacre une importante exposition. Deux ans plus tard, en 1984, sa participation à l’exposition « Peinture en France » dans le cadre de la Biennale de Venise marque une nouvelle étape dans sa reconnaissance internationale. Dans les années 1990, ses sculptures se font plus obliques, en déséquilibre, variations sur le thème du « Dévers ».
Après les expositions de 1995 au musée Henri-Martin de Cahors et au musée Matisse de Nice, sa première grande rétrospective (« Bernard Pagès, œuvres 1966-2002 ») est présentée au Château de Villeneuve, à Vence en 2002. En 2006, le musée d’Art moderne et d’Art contemporain (MAMAC) de Nice lui a consacré une exposition. Durant la décennie passée, son travail a été mis à l’honneur au musée Picasso d’Antibes (« Papiers », 2015) et au domaine de Kerguéhennec, dans le Morbihan (« Dispersion », 2017). Est également parue la monographie Bernard Pagès : Le chant des possibles (Ceysson, 2021). Plus récemment, la galerie Ceysson & Bénétière lui a consacré une grande exposition, « Voir à travers », dans ses espaces du Domaine de Panéry.




