OFFSCREEN fête cette année sa 5e édition. À quel constat répondait sa création en 2022, et comment le projet a-t-il évolué ?
Le point de départ était de sortir d’une approche trop catégorielle des pratiques artistiques. Les artistes utilisent aujourd’hui l’image de manière très fluide, passent d’un médium à l’autre au service de ce qu’ils cherchent à créer, alors que les institutions – même si cela a déjà beaucoup évolué – et plus encore les foires restent souvent structurées par secteurs. Les œuvres filmées, la performance liée à l’image ou les formes plus sculpturales y ont encore peu de place pour exister pleinement. OFFSCREEN est né de l’envie de faire dialoguer ces pratiques autrement et de les présenter à un public d’art contemporain plus large que celui de la photographie.
OFFSCREEN se situe à la frontière entre salon, exposition et plateforme curatoriale. Comment définiriez-vous son identité ?
C’est une réponse à une certaine lassitude face aux foires : l’idée est de créer une expérience sensible et immersive, dans laquelle les œuvres se répondent et interagissent avec le lieu. Nous cherchons des œuvres historiques ou contemporaines qui utilisent l’image directement ou de manière plus métaphorique, qu’il s’agisse de film, de vidéo, d’installation, de sculpture ou parfois de peinture. OFFSCREEN reste volontairement difficile à enfermer dans une catégorie.
Quelle place le choix du lieu occupe-t-il dans le projet ?
Elle est essentielle. Après l’Hôtel Salomon de Rothschild puis le Grand Garage Haussmann, la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière est un lieu très chargé, par son histoire comme par son architecture. J’ai toujours en tête cette phrase de Gordon Matta-Clark à propos de sa pratique : « to convert a place into a state of mind » [transformer un lieu en un état d’esprit]. La chapelle est un lieu de contemplation, qui joue avec la lumière, la hauteur, les peintures et sculptures déjà présentes. Certaines correspondances avec les œuvres sont pensées, d’autres surgissent au moment de l’installation. Le lieu est un terrain de jeu : il impose des contraintes, mais permet aussi d’imaginer des dispositifs spécifiques.

Boris Mikhaïlov, Arles, Paris… and, 1989. Courtesy de l'artiste et galerie Suzanne Tarasieve
Quelles orientations avez-vous souhaité donner à cette 5e édition ?
Cette année, nous avons voulu exploiter encore davantage les possibilités offertes par la chapelle, avec des propositions de grande ampleur. Boris Mikhaïlov présente ainsi un ensemble de 49 tirages, Andrea Geyer une nouvelle version de Feeding the Ghosts, conçue spécifiquement pour les Magasins, tandis que Geomania de Steina Vasulka est montrée dans son plus grand format, avec 21 moniteurs. Cette édition poursuit aussi le dialogue engagé avec les institutions : dans le cadre du programme Acquisitions et Découvertes, le Whitney Museum of American Art [à New York] présente des œuvres de Theaster Gates et Theresa Hak Kyung Cha, tandis que la Pinault Collection propose des pièces de Javier Téllez et Allen Ruppersberg.
Après Anthony McCall, Rosa Barba, Chantal Akerman et Shigeko Kubota, vous avez choisi Ana Mendieta comme invitée d’honneur…
Ana Mendieta est une artiste majeure des années 1970, connue pour ses Siluetas, son rapport au corps et aux éléments, mais ce qui nous intéressait particulièrement est l’importance du film dans son travail. Ses performances éphémères n’existent que par l’image : le film n’est pas seulement leur documentation, il fait partie de l’œuvre. Comme invitée d’honneur, nous voulions lui donner une véritable centralité : les six films seront projetés dans le chœur, autour duquel le public pourra circuler.
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OFFSCREEN, 20 au 25 octobre, Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, 47, boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, www.offscreenparis.com



