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Denys Zacharopoulos s’en est allé

Philippe Régnier
5 octobre 2026
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Denys Zacharopoulos. Photo DR

Denys Zacharopoulos. Photo DR

L'éditorial de la semaine

La semaine de l'art vue par le directeur de la rédaction de The Art Newspaper France.

Denys Zacharopoulos a rendu le 3 octobre 2026 à Athènes son dernier souffle à l’âge de 74 ans. De souffle, le critique d’art et commissaire d’exposition n’en a pas manqué au cours de sa vie, dévouée tout entière à l’art et aux artistes. Avec passion, finesse et intelligence, il a accompagné certains des plus importants peintres et sculpteurs de son temps, toutes générations confondues, nourrissant sa réflexion d’une culture encyclopédique, de la philosophie à la musique, forgée entre la Grèce où il était né et la France où il vécut une grande partie de sa vie. Son apprentissage, il l’avait accompli auprès d’illustres penseurs : Jean Cassou, premier directeur, de 1945 à 1965, du musée national d’Art moderne à Paris ; Louis Marin, philosophe, historien et sémiologue ; ou Hubert Damisch, philosophe et historien de l’art. Dès les années 1970 et 1980, il accompagne nombre d’artistes, sur lesquels il publie des textes dans des revues, telles que Artistes à Paris aux côtés d’Alain Cueff et de Patrick Javault, ou, à l’international, Parkett ou Artforum. Cet esprit généreux et ouvert aux autres aura aussi à cœur de partager ses connaissances et de former des générations d’étudiants, à l’École supérieure d’arts visuels (ESAV) de Genève, à l’École du Magasin à Grenoble, à l’Akademie der bildenden Künste à Vienne, où il est directeur de l’Institut d’art contemporain, à la Rijksakademie van beeldende kunsten à Amsterdam, et dans d’autres établissements, dont l’Université de l’Égée, à Mytilène, en Grèce, à partir de 2002.

Membre de plusieurs comités d’acquisition de FRAC, dont le FRAC Nord-Pas-de-Calais, il est le commissaire en 1990-1991 de l’exposition, manifeste pour lui, « Le Diaphane. Une réflexion, une collection, une exposition, un lieu » au musée des Beaux-Arts de Tourcoing et à l’ERSEP (École régionale supérieure d’expression plastique). À côté de Piranèse, il présente Reinhard Mucha, Per Kirkeby, Thomas Schütte, Niele Toroni, Eugène Leroy, Gilberto Zorio, Pier Paolo Calzolari, Michelangelo Pistoletto, Matt Mullican, Jean-Marc Bustamante, Marisa et Mario Merz, Gerhard Richter, Thomas Struth, Dan Graham ou Günther Förg, avec la volonté de laisser les œuvres dialoguer entre elles plutôt que de les réunir sous un même thème. En 1992, il est l’un des trois commissaires adjoints de Jan Hoet pour la Documenta IX et n’hésite pas à s’installer pendant deux années à Cassel. La grande exposition, l’une des éditions les plus importantes de l’histoire de la manifestation, réunit 186 artistes, dont ceux déjà nommés. Denys Zacharopoulos expliquait dans un entretien accordé à The Art Newspaper, en avril 1992, vouloir explorer « toutes les relations possibles entre les œuvres elles-mêmes, l’espace dans lequel elles sont présentées et la perception du spectateur ». Constamment, le critique d’art et commissaire d’exposition s’est concentré sur la force d’expression et le sens des peintures et des sculptures qu’il regardait et analysait, dans une approche où la valeur d’une œuvre ne se mesurait pas en chiffres.

En 1992, il rejoint le Domaine de Kerguéhennec, un centre d’art situé au cœur de la campagne bretonne, dans le Morbihan, doté d’un château et d’un parc paysager accueillant des sculptures depuis 1986. Denys Zacharopoulos va transformer le lieu en un incroyable phalanstère, attirant sur place les plus grands artistes, de Gerhard Richter à Michelangelo Pistoletto ou Franz West, mais aussi des directeurs d’institutions, des galeristes tels que Peter Pakesch, des collectionneurs comme Annick et Anton Herbert, des compositeurs et pianistes comme Michaël Levinas… En 1993, sa première exposition, « De la main à la tête, l’objet théorique », associe dans des vitrines 150 œuvres d’art moderne et contemporain, de Constantin Brancusi et Marcel Duchamp à Hélio Oiticica ou Absalon. L’ensemble connaîtra quatre présentations successives : L’ordre du temps, l’ordre des choses, l’ordre des idées et l’ordre du sujet. Là encore, il questionne le rapport des œuvres entre elles, ce que leur rapprochement révèle et la force de la forme sur la pensée de l’artiste. Il invite aussi des plasticiens émergents à exposer, à l’exemple de « La grandeur inconnue », avec Isabelle Arthuis, Malachi Farrell, Seamus Farrell, Erwan Mahéo, Xavier Noiret-Thomé ou Pierre Thoretton. « L’ensemble de la programmation artistique au Domaine de Kerguéhennec, conçue sur un même principe de mobilité, doit mener de l’artiste à l’œuvre, de l’œuvre particulière à l’exposition, du point de vue thématique à l’histoire et à la connaissance, de la conscience individuelle à la redéfinition du contexte social et culturel, de la confrontation des terroirs à la création, qui, seule, est en mesure d’embrasser un réel territoire, d’ouvrir la dimension mentale et de marquer de nouveaux lieux, tant à l’intérieur d’un site que dans le monde, donnant ainsi à l’appellation de Domaine un réel contenu et une dimension active entre l’horizon vaste du passé et l’attention tendue vers l’avenir », écrivait-il alors.

Il dirige le Domaine de Kerguéhennec jusqu’en 1999, avant de rejoindre à Paris le ministère de la Culture comme inspecteur général de la création artistique, poste mal taillé pour lui, et qu’il quittera en 2000. Entre-temps, il aura assuré en 1999, avec Hou Hanru, le commissariat du Pavillon français de la 48e Biennale de Venise réunissant Jean-Pierre Bertrand et Huang Yong Ping.

Denys Zacharopoulos retourne ensuite en Grèce, dirigeant le Musée macédonien d’art contemporain de Thessalonique, de 2006 à 2015, puis la Pinacothèque, les musées et les collections de la Ville d’Athènes jusqu’en 2019. En parallèle, il poursuit son travail d’écriture, publiant par exemple en 2023 dans notre mensuel un long entretien avec Helmut Federle.

Le conseil d’administration, la direction artistique et le personnel du MOMus-Musée d’art contemporain (ancien Musée macédonien d’art contemporain) de Thessalonique lui ont rendu hommage à l’annonce de son décès : « Nous saluons la mémoire d’un grand intellectuel engagé, nourri d’une profonde culture humaniste et doté d’une conscience sociale et politique, qui reliait l’art à la philosophie, à l’histoire et à la vie, et renouvelait sans cesse notre regard sur le monde ».

EditorialDenys Zacharopoulos DocumentaJan HoetDomaine de KerguéhennecGerhard RichterJean-Marc BustamanteAlain CueffPatrick JavaultMichelangelo PistolettoConstantin BrancusiPierre ThorettonDisparition
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