Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Livres
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Patrimoine
Livres
L'actualité des galeries
Actualité

Vertèbre de baleine, gazinière et nus masculins

Patrick Javault
2 octobre 2026
Partagez
Vue de l’exposition « Patrick Van Caeckenbergh : "L'"Ergriffenheit" (état de saisissement), comme moment du jeu enfantin, un sentiment de la nature par réflexe, s’élève à une conception poétique » chez In Situ - fabienne leclerc. Courtesy Patrick Van Caeckenbergh & Galerie In Situ-fabienne leclerc, Grand Paris. Photo Pauline Assathiany

Vue de l’exposition « Patrick Van Caeckenbergh : "L'"Ergriffenheit" (état de saisissement), comme moment du jeu enfantin, un sentiment de la nature par réflexe, s’élève à une conception poétique » chez In Situ - fabienne leclerc. Courtesy Patrick Van Caeckenbergh & Galerie In Situ-fabienne leclerc, Grand Paris. Photo Pauline Assathiany

L'actualité des galeries

Un choix d'expositions proposées dans les galeries par le critique d'art Patrick Javault

Patrick Van Caeckenbergh : L’« Ergriffenheit » (état de saisissement), comme moment du jeu enfantin, un sentiment de la nature par réflexe, s’élève à une conception poétique

C’est par une soupe concoctée par Patrick Van Caeckenbergh et servie par lui qu’a été inaugurée cette nouvelle exposition placée sous le signe de l’Ergriffenheit ou « saisissement au milieu du jeu enfantin », concept tiré de Homo Ludens de Johannes Huizinga. La marmite en bronze qui reste visible, est un moulage du buste rebondi de l’artiste. Ce rite plus d’une fois accompli est métaphore de la nourriture mentale que l’artiste entend fournir à ses visiteurs, ce que souligne la ressemblance du buste avec une énorme tête.

Van Caeckenbergh mêle toujours l’esprit encyclopédique, les souvenirs d’enfance et le carnaval dans des proportions variables. Il tend des passerelles entre les savoirs, crée de saisissants raccourcis, en y ajoutant fréquemment des explications ou des citations écrites d’une cursive appliquée.

L’accent est cette fois mis sur la dimension didactique du jeu. Au seuil du premier plateau de la galerie, il a placé un chapeau de magicien contenant un cerveau et, de l’autre côté du mur, une boîte de Meccano permettant la fabrication dudit cerveau. Plus loin, il expose différents exemplaires d’un masque primitif à partir d’une photo de vertèbre de baleine qui symbolise Le Démon de la douleur. Magie ou mécanique, l’artiste aime voyager à travers les époques pour se saisir de la réalité d’aujourd’hui.

Parmi le déploiement d’œuvres, l’une attire particulièrement l’attention dans la première partie de l’exposition. Il s’agit d’une croix à échelle humaine faite d’un empilement de parallélépipèdes en bois colorés comme dans un jeu de construction. La boîte dans laquelle ranger les éléments se tient à côté et, sur son couvercle ouvert, est imprimée une image d’archive : un travailleur congolais qui porte sur ses épaules une épaisse branche d’une longueur démesurée. Sans directement questionner le fait colonial, cet ensemble jeu et boîte donne un motif de réflexion sur la formation des individus.

La dernière partie de l’exposition montre combien chez Patrick Van Caeckenbergh le point de vue du maître et de l’élève s’unissent. Outre une fort belle leçon sur l’origine de la cornemuse, il retrace La généalogie du sapin de Noël, longue spéculation qui mêle anthropologie et botanique à partir d’un souvenir d’enfance doux-amer.

Du 13 septembre au 31 octobre 2026, In Situ-fabienne leclerc, 43 rue de la Commune de Paris, 93230 Romainville

Vue de l’exposition « Mathieu Cherkit : Tendrement » chez Semiose. Courtesy de l’artiste et Semiose

Mathieu Cherkit : Tendrement

Depuis fort longtemps, Mathieu Cherkit bâtit ses tableaux sur d’épaisses couches de couleur qui excèdent les limites de la toile et leur donnent des bords irréguliers. Depuis aussi longtemps, il a choisi de limiter son domaine d’exploration à l’intérieur de sa maison-atelier, avec quelques incursions du côté du jardin et parfois un regard jeté sur la rue. L’absence apparente de sujet et l’importance donnée à la matière picturale pourraient valoir comme affirmation de la peinture seule. C’est en réalité plus complexe. Les perspectives sont le fruit d’une combinaison de points de vue qui leur donne un aspect de guingois, et Cherkit travaille une très grande diversité de formats. Dans l’accrochage tel qu’il l’a conçu, se trouve en particulier une longue ligne de huit tableaux, trois de format moyen, deux petits et trois miniatures. Ceux de format moyen montrent un morceau de verdure, une casserole avec des œufs sur une gazinière en vue plongeante, et un assemblage ludique de divers pains au sol devant un mur carrelé jaune. Les miniatures ont des bords si étranges qu’ils les font ressembler à des fragments de mur peint plutôt qu’à des tableaux. Plus encore qu’à une démarche de photographe, on pense à certaines entreprises littéraires construites à partir de descriptions de détails et de glissements d’échelle.

Tendrement, le grand diptyque qui donne son titre à l’exposition, pourrait fort bien jouer le rôle de l’image autour de laquelle peut se construire un récit. Dans une grande pièce avec, en son milieu, une peinture de paysage, le peintre se tient à gauche devant une toile en oblique dont on ne voit que le dos. Il est très vraisemblablement à l’œuvre sans que l’angle de vue nous permette de l’assurer. Derrière lui, une fenêtre donne sur un jardin en plein jour, tandis qu’à droite, une autre fenêtre laisse apercevoir une figure dans une lumière de fin d’après-midi. Dans le bord inférieur du tableau, émergent deux pieds nus : modèle, muse ou qui que ce soit d’autre. Mathieu Cherkit semble donner là une allégorie de la peinture comme une manière de rester au seuil de l’intrigue.

Du 29 août au 31 octobre 2026, Semiose, 44 rue Quincampoix, 75004 Paris

Vue de l’exposition « Josef Hofer : Le motif dans le miroir » chez christian berst art brut. Courtesy christian berst art brut. Photo Grégory Copitet

Josef Hofer : Le Motif dans le miroir

Né en 1945, Josef Hofer est l’une des plus importantes révélations de l’art brut de ces vingt dernières années. Souffrant d’un retard mental et incapable de parler, il ne cesse de dessiner depuis le début des années 1990 grâce à Elisabeth Telsnig-Langer, historienne de l’art, qui a su créer pour lui les conditions de tranquillité nécessaires hors de toute visée thérapeutique. Le miroir et une baguette de bois lui servant de règle sont, avec les crayons de couleur et la mine graphite, ses outils. Hofer dessine essentiellement des nus masculins dans des poses élaborées à partir de son propre reflet. S’y est progressivement ajouté le nu féminin découvert dans des magazines. La découverte de reproductions d’Egon Schiele a agi comme une révélation et lui a inspiré de nombreux dessins.

Les nus de Hofer sont toujours inscrits à l’intérieur de cadres ou de caissons d’une couleur jaune-orangé. Que ce motif de cadre trouve sa source dans le miroir présent dans sa chambre est une hypothèse très vraisemblable mais les développements qu’il lui donne sont strictement de son invention. Dans son texte, Elisabeth Telsnig-Langer met l’accent sur toute la part abstraite de l’œuvre de Hofer. Elle rappelle qu’avant d’avoir été orienté vers le dessin, l’artiste travaillait dans l’atelier de vannerie au sein de l’institution qui l’accueille. Cette expérience le rattache indirectement à une certaine histoire de l’abstraction autour du Bauhaus notamment. C’est sans doute ce qu’il y a de plus fascinant dans l’art de Hofer que cette interpénétration de figures nues tracées d’un trait ou, plus rarement, marquées par des hachures, et de ces trames linéaires et radieuses fruits d’un travail intense. Celles-ci peuvent dans certains cas faire naître un sentiment d’enfermement, dans d’autres suggérer un espace urbain, ou un saut dans une profondeur indéterminée.

Du 5 septembre au 10 octobre 2026, Commissaire : Fabrizio Donini Ferretti, christian berst art brut, 3 – 5 passage des Gravilliers, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Vladislav Markov : Territories » chez MASSIMODECARLO - Pièce Unique. Courtesy de l’artiste et MASSIMODECARLO. Photo Thomas Lannes

Vladislav Markov : Territories

Vladislav Markov s’est fait connaître par des installations fonctionnant comme de véritables théâtres d’expériences et propres à déstabiliser le visiteur. Pour Pièce Unique, il a conçu un projet en deux temps. Cette semaine, passants et visiteurs peuvent voir depuis la rue une performance qui réunit trois jeunes adultes. Dans l’espace d’exposition ont été déversées quelques tonnes de terre pour créer un monticule d’un peu plus d’un mètre de hauteur. Sur cette plateforme, les trois jeunes jouent à Nozhichki, un jeu répandu dans la Russie soviétique et post-soviétique. On trace un cercle sur le sol que l’on divise en autant de parts que de participants. Chacun à tour de rôle laisse tomber un couteau au centre en s’efforçant de mordre sur la part de l’un des adversaires dans l’intention de l’expulser progressivement de son territoire et du jeu.

Vivant depuis longtemps à New York, Markov a grandi à Magadan, ville de la région de la Kolyma, dans la partie extrême-orientale de la Russie. Le Nozhichki lui était familier. Pour cette suite de parties, il a recruté à Rome, où il se trouvait récemment, trois jeunes amis qu’il a fait s’entraîner sur un terrain à la périphérie de la ville. Ces épisodes romains ont été documentés et, à partir de photos largement déformées avec l’imprimante, l’artiste a exécuté cinq tableaux. Ceux-ci peuvent être vus dans les autres espaces de la galerie, avant de venir la semaine prochaine se substituer aux jeunes performers. Ces tableaux capturent l’énergie du jeu et dans les déformations apportées laissent poindre une forme de rage, voire de violence, en décalage avec les manières plutôt douces dont les parties se déroulent en vitrine. Ce qui a visiblement intéressé Markov, c’est l’effet de déséquilibre que procure ce jeu qui se moque des frontières, cette scène de rue exportée dans cette sorte de vivarium. Il trouve là une manière simple et directe de se frotter à des questions de haute gravité.

Du 29 septembre au 11 octobre 2026, MASSIMODECARLO - Pièce Unique, 57 rue de Turenne 75003 Paris

L'actualité des galeriesPatrick Van CaeckenberghGalerie In Situ - Fabienne LeclercMathieu CherkitSemioseJosef HoferGalerie Christian BerstVladislav MarkovMassimo De Carlo - Pièce Unique
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

L'actualité des galeriesActualité
3 juillet 2026

Vases de fleurs, serviette nouée et bouteilles de gin

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
18 septembre 2026

Couvre-lit à damier, télégrammes et horloge

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
5 septembre 2025

Formes ovoïdes, chapeau noir et corps nus

Patrick Javault
L'actualité des galeriesActualité
30 janvier 2026

Variations sur des carrés, taches intelligentes et chatoyantes tapisseries

Patrick Javault