À l’occasion des Journées du patrimoine, les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026, le château du Grand Launay ouvre ses portes en Touraine, à Semblançay. C’est dans ce cadre patrimonial inscrit aux monuments historiques qu’est présentée l’exposition « L’Odyssée des migrants de Boza et Ordalie ». Dans l’ancienne chapelle y sont dévoilés huit panneaux de la Franco-tunisienne Meriem Bouderbala, une installation datant de 2022. Née en 1960, cette artiste engagée, formée à l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence et au Chelsea College of Art & Design, à Londres, vit aujourd’hui à Tunis. En 2012, le Printemps des arts de Tunis, dont elle était la commissaire, avait été la cible d’extrémistes religieux…
Au château du Grand Launay, les panneaux racontent une histoire tragique. Celle « d’une femme qui entreprend la traversée vers l’Europe et sombre dans l’abîme. Au fil de ce voyage, elle se métamorphose en sirène, en squelette, en hippocampe, en animal hybride, en chimère… », précise le collectionneur et expert en art asiatique contemporain Jean-Marc Decrop. Le propriétaire des lieux continue par ailleurs de faire grandir un parc de sculptures contemporaines autour du château. L’artiste, ici, établit un parallèle assumé entre les traversées actuelles des migrants vers Lampedusa et l’histoire de la traite négrière. « La disposition des esclaves dans les cales des navires est ainsi mise en regard de l’entassement des migrants dans les embarcations pneumatiques d’aujourd’hui », précise-t-elle. Le matériau utilisé comme matrice est constitué de nattes mortuaires traditionnelles tressées par des artisans, utilisées en Afrique pour transporter les défunts vers leur dernière demeure. L’artiste les considère comme des véhicules symboliques, évoquant le passage par bateau ou par canot. Ces nattes sont recouvertes de broderies et de matériaux modestes : morceaux de filets de pêche, déchets recueillis dans la nature, fragments de métal et de plastique découpés au fer à souder… Un travail mariant art contemporain, artisanat et matériaux recyclés, dans l’esprit de l’édition 2026 de la Biennale de Venise.
Marquée par les gravures anciennes représentant les navires négriers, « où les esclaves étaient alignés comme des insectes », Meriem Bouderbala revisite ces représentations en dessinant les migrants sur des graines d’acacia. « Pour elle, la graine symbolise la germination : on ne meurt jamais tout à fait, on renaît toujours, l’acacia étant l’arbre de l’éternité », souligne Jean-Marc Decrop.
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« Meriem Bouderbala. L’odyssée des migrants – Boza et Ordalie », Journées Européennes du Patrimoine, samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026, ancienne Chapelle du Château du Grand Launay, 37360 Semblançay.




