Ce sont treize jeunes galeries, nées ces toutes dernières années, qui unissent leurs forces en cette rentrée sous l’ombrelle de l’une des plus puissantes enseignes françaises d’art contemporain. Ce mois de septembre, Anne-Sarah Bénichou, Bremond Capela, Double V, DS Galerie, Exo Exo, Hatch, Ketabi Bourdet, Parliament, Pavec, sans titre, Sissi Club, Spiaggia Libera et Romero Paprocki s’installent chez Perrotin le temps d’une exposition commune baptisée « Restons unis 2 ». Au printemps 2020, en plein Covid, Emmanuel Perrotin avait invité 26 galeries à montrer leurs artistes dans l’espace de la rue Saint-Claude, dans le Marais. Presque six ans plus tard, pour d’autres raisons, l’époque est à nouveau compliquée pour les galeries françaises. A fortiori pour des enseignes pleines de la fougue de la jeunesse, déjà bien ancrées dans le paysage, mais au développement encore fragile.
Initiée par Martin Brémond, cofondateur de Bremond Capela, cette 2e édition se concentre cette fois sur les enseignes les plus récentes. « Ce projet est parti du constat que les jeunes galeries ont besoin de se parler, de travailler ensemble », explique Martin Brémond, qui travaillait chez Perrotin à l’époque de la première édition. L’objectif ? Mutualiser les collectionneurs, avec un indéniable « effet Perrotin » qui devrait les inciter à venir. Selon Martin Brémond, Emmanuel Perrotin lui a donné carte blanche, sans intervenir dans la liste des artistes et sans demander de contreparties, excepté si ses équipes trouvent elles-mêmes des acheteurs. Il semble aussi que, contrairement à d’autres projets similaires organisés ces dernières années par d’autres grosses enseignes à Paris, le but sous-jacent ne soit pas de récupérer des artistes, afin de préserver l’écosystème du marché français et ses différentes strates. « Bien sûr, la sélection est imparfaite, il manque des galeries car l’espace reste limité, mais nous avons voulu refléter par exemple aussi les régions, avec trois enseignes de Marseille, Sissi Club, Spiaggia Libera et Double V », poursuit Martin Brémond.
« Ils se sont cooptés entre eux, nous leur avons laissé beaucoup de liberté, confie Emmanuel Perrotin. Il me semble que la période est assez difficile, mais le problème est plus larvé, ce n’est pas comme pendant le Covid et le confinement ». Et de poursuivre : « il y a un certain nombre de galeries dans la nouvelle génération qui se battent avec très peu de moyens. Beaucoup pensent que les grosses galeries s’opposent aux petites, alors qu’elles sont complémentaires, c’est un écosystème : les gros prix permettent de justifier les prix moyens, et les prix moyens permettent de justifier les plus petits prix ».

Oeuvres murales émaillées de Kara Chin (galerie Hatch). Photo : A.C.
Pour l’accrochage, qui réunit 22 artistes, Rudy Lacroix, directeur associé chez Perrotin, a opté pour un vivant mélange des œuvres et des artistes plutôt que des « corners » attribués à chaque enseigne. Visitant l’exposition avant l’inauguration, Emmanuel Perrotin constate la place prépondérante de la peinture. Tels le paysage abstrait de Madeline Peckenpaugh (galerie Bremond Capela) ou le délicat tableau de Clément Bataille (DS Galerie). Ce qui n’empêche pas d’autres médiums de briller, à l’instar des miroirs percés de trous comme autant de peep-shows implicites d’Anna de Castro Barbosa (Bremond Capela), des peintures transposées sur de la résine de Marilou Poncin (Spiaggia Libera), ou encore des céramiques murales raffinées de Kara Chin (galerie Hatch). Dans l’ensemble, les prix démarrent à quelques milliers d’euros. Si les noms des galeries sont bien mentionnés en entrant dans l'exposition, ce n'est toutefois curieusement pas le cas avec chaque œuvre sur la page Internet de Perrotin.

Vue de l'exposition « Restons unis 2 » à la galerie Perrotin ; au fond, sculpture de Xolo Cuintle (DS Galerie). Courtesy of the artists & Perrotin. © Tanguy Beurdeley
À l’heure où certains collectionneurs tendent à privilégier les « marques » que sont devenues les grandes galeries, au détriment peut-être des artistes ultra-émergents, il est plus difficile de les attirer dans une enseigne qui n’a pas encore pignon sur rue. Une réalité que n’élude pas Martin Brémond. « Emmanuel Perrotin a cette capacité à attirer le public et, d’une certaine manière, on a tous grandi avec lui comme le grand galeriste de notre génération », souligne-t-il. Ce généreux coup de pouce et de projecteur n’a toutefois pas suscité l’adhésion de certaines galeries, réfractaires à l’idée d’accoler le nom – et l’image – de Perrotin à leur propre identité…
Quoi qu’il en soit, « l’art contemporain, ça fonctionne comme une petite musique, conclut Emmanuel Perrotin. Il n’y a pas toujours un effet immédiat ni de baguette magique. Tel artiste d’une jeune galerie, les collectionneurs l’auront vu là, dans cette exposition. Peut-être qu’ils vont ensuite le suivre, à partir du moment où ils l’ont aimé ».
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« Restons unis 2 », du 5 au 26 septembre 2026, galerie Perrotin, 10 impasse Saint-Claude, 75003 Paris.




