Les occasions de croiser les sculptures de Louise Nevelson (1899-1988) sont peu nombreuses, aussi se souvient-on précisément des rares face-à-face, ici ou là, au musée de Grenoble par exemple (Shadow and Reflection I, 1966) : de s’être tenu devant l’une de ces parois faites d’un empilement de cases contenant elles-mêmes différents morceaux de bois trouvés et assemblés, du plus brut au plus ouvragé, du plus organique au plus mécanique, du plus abstrait au plus suggestif ; d’avoir vu ces murs monochromes (souvent noirs, mais également blancs ou or), entre la bibliothèque, le retable et la façade d’immeuble, s’animer telles des masses d’ombre et d’éclats qui évoqueraient aussi un ordre par leur armature et leur amorce de classement des choses du monde ou plutôt de ses restes. « Je voulais donner une structure à l’ombre, déclarait-elle, – maintenant, je veux donner structure et permanence au reflet. »
Mettre de l’ordre dans le chaos
L’exposition au Centre Pompidou-Metz, « Mrs. N’s Palace », du nom de l’une des œuvres monumentales de l’artiste, trop complexe pour quitter le Metropolitan Museum of Art, à New York, déploie cet univers à la fois urbain – originaire d’Ukraine, Louise Nevelson était fascinée par l’architecture de sa ville d’adoption, New York – et onirique – ses Dream Houses marquent autant de seuils vers des espaces et des états autres, tels ceux qu’exploraient les surréalistes dont elle connut certains, exilés aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pensé par la commissaire Anne Horvath, le parcours ancre les grandes constructions dans une recherche sculpturale de formes simples mises en tension, articulées, marquées aussi par un voyage au Mexique en 1950 et la découverte des sites précolombiens. Apparaît surtout l’importance des matériaux pour l’imaginaire de l’artiste, qu’elle développe à partir de la pénurie des années de guerre : rapidement, c’est le bois qu’elle choisit, sous toutes ses formes et pour tous ses usages, ses panneaux faits de chutes incarnant bien ce « monde de Géométrie et de Magie » qu’elle a créé et sa tentative tant ludique que spirituelle de mettre de l’ordre dans le chaos.
L’exposition, avec ses murs sombres et ses jeux d’éclairage, est fidèle aux mises en scène dans lesquelles l’artiste aimait à présenter ses œuvres, à son goût du théâtre que montrent nombre de ses portraits, mais c’est surtout à la danse, éprouvée au contact de Martha Graham et Merce Cunningham, qu’elle confère une importance décisive pour son approche de l’espace conçu « non [comme] un vide où nous habitons », mais comme « un solide que nous traversons ».
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« Louise Nevelson. Mrs. N’s Palace », 24 janvier-31 août 2026, Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l’Homme, 57000 Metz.




