Là où les artistes de l'op'art aspiraient à stimuler les perceptions par des jeux de formes simples et de lignes colorées poussés jusqu'aux moirés, aux saturations et aux interférences, l'Argentin Leandro Erlich porte la déstabilisation des redoublements et renversements de formes ou encore le vertige causé par des miroirs se faisant face sur le terrain de situations familières passées au filtre des faux-semblants et de la fiction.
Renverser le point de vue
Bâtiment, qui clôt le parcours imaginé par Fabrice Bousteau au Grand Palais, a été créé pour la Nuit blanche en 2004 puis réinstallé au Centquatre-Paris en 2012. Son charme continue d'opérer sur les visiteurs, lesquels, marchant ou s'allongeant sur un morceau de façade haussmannienne déposé au sol, s'improvisent Spiderman tout en éprouvant la gravité sens dessus dessous par leur reflet dans un miroir immense incliné à 45 degrés au-dessus d'eux. Staircase (2017) bascule à l'horizontale les rotations répétées à l'infini d'un escalier en colimaçon de section rectangulaire enroulé autour d'un vide et interroge ainsi le vertige que l'on ressent à se pencher au-dessus d'une rampe, alors même que la chute n'est pas possible. Ainsi l'expérience, bien que toujours sensorielle, physique, tombe-t-elle simultanément dans une autre dimension, grâce à des dispositifs somme toute assez simples (les miroirs et toutes surfaces réfléchissantes y tiennent une grande place) mis en œuvre à des échelles et avec une précision d'une efficacité toute spectaculaire. Trompe-l'œil et mise en abyme sont les principaux ressorts actionnés dans ces installations-décors qui ne cessent de montrer leur envers, leur doublure, transformant les visiteurs en fantômes, hommes invisibles ou autres passe-murailles.
Les cabines d'ascenseur s'avèrent en particulier propices à ces jeux de cache-cache aussi plaisants que déroutants, tant la situation qu'elles installent relève de l'expérience commune et d'un imaginaire nourri entre autres par le cinéma. Que, ou qui, apercevra-t-on quand les portes d'Elevator Pitch (2011) s'ouvriront à nouveau ? La surprise se rejoue à chaque fois que le rideau se lève sur cette scène qui appartient autant au commun qu'à l'intime et dont, en la découvrant par brefs fragments, telles des bribes de conversation attrapées au vol dans la rue, on ne peut que chercher à reconstruire la continuité et le sens. Et que dire des cabines d'Elevator Maze (2011) où l'on se voit reflété à l'infini sur les côtés, mais absent de la paroi du fond ouverte, elle, sur le lieu d'exposition ? Entre démultiplication et évidement, dédoublement et disparition, tel est le trouble que Leandro Erlich instille dans l'espace et dans l'esprit du spectateur.
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« Leandro Erlich », 2 juin-6 septembre 2026, Grand Palais, 1, avenue Winston Churchill, 75008 Paris.



