Après avoir investi en 2025 le Palazzo Contarini Polignac, l’artiste Anna Peter Breton, originaire de Hongrie et du Kirghizistan, mais vivant à Paris depuis 2009, revient dans la Sérénissime. Elle pose ses peintures au cœur d’un palais moins connu, la Scuola Grande dei Carmini. Ce lieu étonnant fut d’abord un bâtiment civil avant d’être transformé par la puissante congrégation des Carmélites, qui l’ont alors dédié à la Vierge du mont Carmel. « Cette congrégation associée à la charité attirait beaucoup de monde et avait besoin d’espace. Elle décide donc de transformer les lieux en école religieuse. À l’époque, au XVIIe siècle, Venise est dominée par Tiepolo pour la peinture, Vivaldi pour la musique, et Baldassare Longhena pour l’architecture. Très riches, les Carmélites feront appel rien moins qu’à Tiepolo pour les fresques et à Longhena pour remanier le bâtiment et concevoir notamment sa façade », explique la commissaire de l’exposition, Roberta Semeraro. La grande salle de réception du rez-de-chaussée, notamment, est réaménagée pour accueillir une chapelle. Mais la dimension organique et l’organisation profane des lieux demeurent, avec d’insolites détails comme ces escaliers reliant directement les deux grandes salles de réception.
Imprégnée par l’histoire des lieux et leur dimension spirituelle, l’artiste a placé ses grandes peintures à l’huile, travaillées presque comme des aquarelles, dans les embrasures des fenêtres pour ne pas empiéter sur des murs déjà occupés. Une intervention légère, toute en subtilité, qui associe des œuvres en lisière de l’abstraction et les vertus cardinales et théologales. En guise de fil conducteur, Anna Peter Breton convoque sept planètes, en écho à celles évoquées dans les représentations du Paradis par Dante. Plus tamisé en bas, l’accrochage se fait davantage lumineux dans la salle du haut, comme une « élévation naturelle et progressive », confie l’artiste.

Vue de l'exposition « The Seven Celestial Spheres » de Anna Peter Breton à la Scuola Grande dei Carmini, à Venise. © Adriano Mura
Sur les peintures murales de Tiepolo, les vertus sont personnifiées par des femmes. Ici, Anna Peter Breton en donne une lecture plus contemporaine, plus actuelle, à lire aussi en creux comme un questionnement pour chaque visiteur sur la dimension aujourd’hui de ces fameuses vertus, décryptées sur des panneaux. L’artiste a opté pour le jaune, « couleur douce et généreuse » pour représenter la lune, associée à la compassion, « astre généreux et proche de la Terre qui influence les marées. La lune est presque une mère », commente Anna Peter Breton. Vénus, plus tonique, est dépeinte avec des tons de rouge, de corail, incarnant un amour puissant. Mercure renvoie à la sincérité, à quelque chose de « très pur, doux, léger », « la sincérité envers soi-même, la fidélité à soi-même, à ses propres valeurs et ses propres engagements », observe l’artiste.
En montant les étages, surgissent le soleil, soit toutes les couleurs de l’arc-en-ciel confondues. Puis, le visiteur se retrouve face à Jupiter, symbole de fidélité, en bleu. « Quelque chose de droit, de sécurisant à mes yeux », note Anna Peter Breton dont le regard est aussi celui d’une artiste au féminin. Dialoguant avec les couleurs du marbre, Mars incarne le courage à travers des tons de feu et de force ; la Vierge, quant à elle, s’entoure de marbre rose orangé.
Dans ce théâtral palais religieux plutôt chargé, cette exposition se veut « une respiration » apaisante, une parenthèse au sein de l’offre culturelle foisonnante de la Sérénissime, et un antidote à la saturation de la Biennale de Venise.
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« Anna Peter Breton. The Seven Celestial Spheres », jusqu’en octobre 2026, Scuola Grande dei Carmini, Sestiere Dorsoduro 2617, Venise



