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Hong Kong
Reportage

Le West Kowloon Cultural District, nouvelle carte maîtresse de Hong Kong

Des musées aux salles de spectacle, en passant par les banques et les hôtels, ce site désormais très étoffé ambitionne de créer un écosystème durable et d’inscrire davantage la ville asiatique dans le paysage culturel mondial. Reportage.

Alexandre Crochet
22 juin 2026
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Le West Kowloon Cultural District, à Hong Kong. Courtesy de la West Kowloon Cultural District Authority

Le West Kowloon Cultural District, à Hong Kong. Courtesy de la West Kowloon Cultural District Authority

Longtemps, Hong Kong n’a été qu’une des plus importantes places financières de la planète. Malgré la présence solide du marché de l’art – avec la Foire Art Basel, des moyennes et mégagaleries ainsi que de plusieurs maisons de ventes aux enchères occidentales et asiatiques –, il lui manquait une dimension plus institutionnelle, par rapport à d’autres mégapoles de Chine et du reste de l’Asie.

Depuis quelques années, alors que cet ancien territoire britannique – jusqu’en 1997 – imprégné du modèle occidental est repassé non sans remous dans le giron de Pékin, le gouvernement de Hong Kong met les bouchées doubles pour compenser ce déséquilibre. En une décennie, entre 2015 et 2025, les investissements gouvernementaux dans le secteur culturel ont explosé de 70 %, passant de 4,15 à 7 milliards de dollars américains.

Un modèle économique spécifique

Au cœur de cette stratégie globale de soft power, le mégaprojet du West Kowloon Cultural District (WKCD) occupe une place centrale. Entrepris en 2008 avec l’établissement, par le gouvernement hongkongais, d’une structure ad hoc baptisée WKCDA (Authority), cette zone nouvelle couvrant 40 hectares est implantée en lisière de l’ancien aéroport. « C’est l’un des projets les plus importants à ce jour du gouvernement en matière d’infrastructures culturelles. La surface de terrain reste très limitée à Hong Kong », souligne un membre du gouvernement, cette « région administrative spéciale » de la Chine connaissant une très forte pression et des prix de l’immobilier parmi les plus élevés du monde.

Au démarrage, le gouvernement a alloué le terrain. Il a aussi octroyé une enveloppe globale de 2,7 milliards de dollars américains pour lancer le projet. « Mais attention, cette somme était destinée à la construction, au développement, à l’entretien des bâtiments, pour tout le site. De quoi tenir quelque dix ans », confie Betty Fung, la chief executive officer du WKCDA depuis 2020, laquelle travaillait auparavant pour le gouvernement de Hong Kong, et ce, depuis les années 1980. Le site est particulièrement bien desservi : stations MTR*1 Kowloon et Austin, Airport Express, gare à grande vitesse de Hong Kong West Kowloon, proximité du Western Harbour Crossing vers l’île de Hong Kong. Sans compter un ponton du ferry amenant en quelques minutes à Central, en face.

« Sur le plan économique, poursuit Betty Fung, il s’agissait de fonctionner sans subventions publiques, au-delà de la dotation initiale. Nous avons placé cette somme dans le Hong Kong Monetary Authority [la banque centrale de Hong Kong] et nous percevons de confortables revenus. Ce modèle financier de district culturel diffère quelque peu de celui du West Bund à Shanghai, soutenu par les promoteurs immobiliers, ou d’autres, comme East Bank à Londres [un partenariat public-privé]. » Si le modèle de développement peut se rapprocher de celui de Saadiyat, l’île des musées d’Abu Dhabi, le projet du WKCD lui est largement antérieur.

Le puzzle du WKCD se complète d’année en année. Une première vague a vu naître le Xiqu Centre (dévolu aux arts de la scène traditionnels chinois), le M+, ambitieux musée polyvalent d’art contemporain qui fête ses 5 ans en 2026 (près de 11 millions de visiteurs au total), ou encore, le Hong Kong Palace Museum, dédié aux arts anciens, sans oublier un précieux storage assorti d’ateliers de conservation et restauration des œuvres. Du M+, impossible de rater l’énorme chantier du WestK Performing Arts Centre, complexe qui abritera des salles de spectacles et de concerts dernier cri, et qui devrait voir le jour en 2027. Difficile, selon Betty Fung, de dire quand le site complet du WKCD sera achevé, tant il reste à faire. Et de comparer la relation entre les différentes entités et la structure chapeautant le tout à celle « d’une mère et de ses enfants. Nous donnons une partie aux musées pour leur fonctionnement, à eux de trouver le reliquat. Nous allons aussi percevoir des royalties sur les revenus des grands hôtels et autres immeubles commerciaux implantés ici. Les entreprises ont financé leur construction, les gèrent et, dans quarante ans, nous rendront les bâtiments ».

Et un modèle muséal singulier

Pour l’heure, l’étendard du WKCD reste le M+ signé Herzog & de Meuron, un « musée unique en Asie par sa transdisciplinarité [le “+” de son nom], puisqu’il montre, collecte, recherche et publie sur le design, l’architecture, l’art et l’image en mouvement », explique la directrice des lieux depuis 2019, Suhanya Raffel. Une sorte de couteau suisse en phase avec de nombreux champs de la création, décloisonnant les catégories, qui rappelle d’ailleurs le modèle du Centre Pompidou, novateur en son temps. En mai 2026, le M+ a d’ailleurs conclu un partenariat avec l’établissement parisien, incluant des projets collaboratifs de recherche et d’expositions.

Au carrefour de l’Occident et de l’Asie, le M+ a sciemment entamé une politique très active d’associations avec des institutions régionales et au-delà. Le musée hongkongais, qui peut s’appuyer sur la formidable collection donnée par l’homme d’affaires et diplomate suisse Uli Sigg (1 500 œuvres couvrant l’avant-garde asiatique des années 1970 à 2012), multiplie les expositions singulières, à l’instar de celle explorant les riches liens de Robert Rauschenberg avec l’Asie*2, ou une autre – en cours – dédiée à l’artiste coréenne Lee Bul*3. Par ailleurs, l’équipe du musée travaille vivement à capter l’attention des jeunes générations, très nombreuses en Asie. Une jeunesse dont dépend aussi l’avenir des vieilles institutions européennes, qui pourraient bien gagner à se nourrir des idées de ce musée hongkongais en pleine adolescence…

En attendant, il reste à brasser davantage les 17 millions de visiteurs arpentant chaque année les différentes infrastructures ou le parc du WKCD pour en faire profiter encore plus les musées. L’autofinancement s’avère également un patient work in progress. Comme le rappelait Adrian Ellis, fondateur du Global Cultural Districts Network, en mars 2026, lors du sommet culturel organisé au M+ en marge d’Art Basel Hong Kong [27-29 mars 2026], « les districts culturels sont des instruments de la globalisation qui relèvent de la politique culturelle. Ils ont tous, au départ, besoin de philanthropie ou de fonds publics, et doivent ensuite générer leurs propres revenus, et ce, malgré le recul du mécénat. Leur gestion reste complexe ».

L’un des défis du WKCD sera de réussir à attirer un public d’amateurs et de professionnels de l’art jusqu’ici arrimés de l’autre côté de la baie, dans les quartiers de Central (où se trouvent les établissements financiers) et de Wan Chai. Si, pour l’heure, la maison de ventes Phillips a franchi le pas en s’installant sur plusieurs étages à côté du M+, Betty Fung, tablant sur l’arrivée imminente dans le WKCD de plusieurs banques importantes (dont JP Morgan Chase et UBS) pour drainer une clientèle potentielle, espère bien faire venir des galeries qui ont fermé leur espace à Central et cherchent un nouveau lieu.

--

*1. Mass Transit Railway.

*2. « Robert Rauschenberg and Asia », du 22 novembre 2025 au 26 avril 2026.

*3. « Lee Bul. From 1998 to Now », 14 mars-9 août 2026, M+, Hong Kong.

Hong KongKowloonWest Kowloon Cultural District
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