La décision a été annoncée le 17 juin 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu : l’abbaye du Mont-Saint-Michel sera dorénavant entièrement gérée par l’Établissement public national du Mont-Saint-Michel (EPMSM), évinçant de facto le Centre des monuments nationaux (CMN).
Auditionnée devant la commission de la Culture du Sénat, le 27 mai, Marie Lavandier, présidente du Centre des monuments nationaux, s’était prononcée avec diplomatie en faveur du maintien de la gestion bicéphale du site patrimonial classé entre le CMN et l’EPMSM, structure publique, constituée par l’État en 2019, « compétente pour le maintien du caractère maritime de l’abbaye, les infrastructures d’accès au site, parkings, passerelles, et pour la promotion du Mont-Saint-Michel comme destination touristique », selon ses propres termes. « Je veux vous dire notre engagement, notre attachement à l’abbaye du Mont-Saint-Michel », gérée par le CMN, avait-elle ajouté.
Cette cogestion, épinglée par un rapport de la Cour des comptes en 2025, était remise en question par le président du conseil régional de Normandie, Hervé Morin, et des élus locaux appelant de leurs vœux le transfert de la gestion à l’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC).
« Sur la base des recommandations de la Cour des comptes, une réforme sera engagée, afin d’aller vers une gestion unifiée du Mont-Saint-Michel, tout en préservant l’équilibre financier du Centre des monuments nationaux », a promis le Premier ministre. Avec plus de 3 millions de visiteurs par an, générant des recettes à hauteur de 5,6 millions d’euros nets, l’abbaye du Mont-Saint-Michel pèse lourd dans les finances du CMN, dont l’équilibre budgétaire repose sur le principe de péréquation, les bénéfices d’exploitation des sites les plus fréquentés finançant l’entretien de monuments déficitaires.
La garantie de compensation financière avancée par Matignon n’a pas calmé la fronde déclenchée par l’annonce de cette réforme de la gouvernance du site le plus fréquenté du Centre des monuments nationaux après l’Arc de triomphe, à Paris. Dans un communiqué, les syndicats ont immédiatement dénoncé « une décision brutale, politicienne et clientéliste », qui « repose sur plusieurs faux arguments développés à longueur d’articles de presse par les élus normands, notamment le président de la région Normandie Hervé Morin, également… président de l’EPMSM ! » À l’argument selon lequel les deux établissements généreraient des doublons coûteux, il est notamment opposé que ces derniers ont des périmètres d’action distincts.
En outre, alors que le CMN resterait maître d’ouvrage pour la restauration de l’abbaye dans le futur, la question est posée de sa capacité désormais à couvrir le programme de travaux annoncé pour un montant de 50 millions d’euros.
« Depuis de nombreuses années, les élus normands n’ont qu’un seul objectif : mettre la main sur le "pactole" des recettes de l’abbaye du Mont-Saint-Michel… tout en espérant des retombées financières sans pour autant mesurer les coûts et les investissements nécessaires à l’ouverture et à la conservation du monument historique, écrivent les syndicats. Cette logique oppose des besoins d’investissement de deux natures : pour les infrastructures et pour le patrimoine. Les investissements en infrastructure sont l’héritage de l’opération de rétablissement du caractère maritime de la baie ; ceux pour le patrimoine sont liés aux bâtiments et espaces historiques propriété de l’État et gérés par le CMN (l’abbaye, les remparts etc.). »
« Pour que l’État prenne toute sa part, pour que l’établissement public gagne en autonomie et en efficacité, les collectivités qui souhaitent pleinement participer aux décisions devront aussi s’engager à ses côtés, notamment dans son financement, a plaidé Sébastien Lecornu dans un courrier adressé aux élus de la Manche. Notre objectif est simple : faire du Mont-Saint-Michel un modèle d’action publique efficace, où l’État et les collectivités unissent leurs forces pour la mise en valeur d’un site qui appartient à toute la Nation, tout en rayonnant en tant que symbole de la Normandie et de son histoire. »
Face à cette décision, dont l’objectif affiché est à terme l’autofinancement du site, les agents du CMN étaient appelés à faire grève le 18 juin. Plusieurs monuments nationaux sont restés fermés et un rassemblement a été organisé à l’Hôtel de Sully, siège de l'organisme, à Paris. L’intersyndicale demande à Catherine Pégard, la ministre de la Culture, et au Premier ministre de renoncer à cette convention, « afin de redonner sa pleine gestion de l’abbaye au Centre des monuments nationaux et clarifier les périmètres et champs de compétences de chaque établissement sans exclure la coordination des services », ainsi que « garantir l’intégrité du modèle économique et culturel du CMN ».




