Le projet de transfert de l’abbaye du Mont-Saint-Michel vers l’Établissement public du Mont-Saint-Michel (EPMSM) ne passe pas. Réunies en congrès à Quiberon du 18 au 22 mai 2026, la CGT-Culture et la CGT CMN ont voté une motion d’opposition à ce qui est qualifié dans un communiqué de « dépeçage du Centre des monuments nationaux ». « Le retrait de l’abbaye du Mont-Saint-Michel du Centre des monuments nationaux (CMN) constituerait une faute culturelle, patrimoniale, économique, sociale et politique majeure, déplore ce dernier. [...] Cette décision mettrait en péril le modèle de solidarité financière du réseau du CMN qui permet aujourd’hui d’assurer l’entretien et la valorisation de 110 monuments nationaux sur l’ensemble du territoire, notamment dans les zones rurales. »
L’abbaye du Mont-Saint-Michel, l’un des sites historiques les plus visités de France, représente aujourd’hui plus de 15 % des recettes totales du CMN. Face à la perte financière importante qu’entraînerait son retrait, les syndicats alertent sur « une compensation hautement improbable de l’État dans le contexte budgétaire actuel ».
Dans un rapport, la Cour des comptes a préconisé ce transfert, « privilégiant une approche exclusivement budgétaire et administrative, au nom d’une prétendue simplification reposant sur la suppression d’emplois supposés “en doublon”», dénoncent les syndicats, qui expliquent que « seuls 1,5 postes sont réellement concernés sur environ 70 agents » et que « le transfert imposerait la recréation de nombreuses fonctions supports actuellement assurées de manière mutualisée au siège du CMN ». « Le transfert à l’EPMSM affaiblirait le CMN, reviendrait paradoxalement à multiplier les doublons et fragiliserait la gestion patrimoniale du site », concluent ses opposants.
Parmi les risques encourus si ce projet était acté, figurent selon la CGT-Culture la dégradation du patrimoine et l’augmentation exponentielle des tarifs d’entrée pour les visiteurs. L’EPMSM a vu les financements de la Région Bretagne coupés et ceux du ministère de l’Environnement considérablement réduits. Or, « le transfert ferait peser sur le nouvel établissement une charge globale estimée à près de 60 millions d’euros d’investissement sur dix ans (sans même compter les coûts de fonctionnement non évalués), incluant l’entretien des infrastructures, la restauration de l’église abbatiale et des remparts ainsi que l’accueil des publics », détaille le communiqué, qui rappelle que, dans le cadre de son schéma directeur, le CMN avait prévu près de 30 millions d’euros d’investissements sur les dix prochaines années pour l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Les syndicats craignent enfin que les personnels soient menacés, le transfert vers un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) entraînant un basculement d’une cinquantaine d’agents publics vers le privé.
La CGT-Culture et la CGT CMN demandent à la ministre de la Culture, Catherine Pégard et au Premier ministre, Sébastien Lecornu, de renoncer à ce projet.
Sollicité, le Centre des monuments nationaux (CMN) n’a pas répondu à notre demande de commentaire.




