Réduire la voilure, c’est la nouvelle façon de grandir. Le New York Times a révélé que la Pace Gallery allait réduire ses effectifs, passant d’environ 250 personnes à 200. Elle devrait également supprimer de son programme jusqu’à 50 de ses 135 artistes, parmi lesquels teamLab, David Goldblatt et Grada Kilomba.
Chaque galerie a ses raisons propres de prendre des décisions stratégiques. Dans une déclaration transmise à The Art Newspaper, Marc Glimcher, directeur général de Pace, qualifie le modèle actuel de la galerie d’« ingérable ». « Le monde de l’art a profondément changé au cours de la dernière décennie, et le modèle de la méga-galerie, fondé sur une expansion constante et une hausse des prix sur le premier marché afin de suivre l’augmentation des coûts, n’est plus viable ; il ne nous sert plus, pas plus qu’il ne sert nos artistes », indique le communiqué.
Pace continuera de fonctionner comme une galerie internationale, poursuit le communiqué, « avec une présence dans chacun de ses lieux actuels ». La galerie n’a pas encore précisé si elle fermerait l’un de ses sept espaces, de son immense siège new-yorkais à ses bâtiments de Séoul et de Londres.
Reste bien sûr à voir si le fait de devenir une galerie internationale plus petite, mais encore très grande, constitue réellement une rupture.
La décision de Pace de réduire la voilure intervient dans le sillage de la fermeture de Tiwani Contemporary, galerie implantée à Londres et Lagos, fondée en 2011. Sa fondatrice, Maria Varnava, a invoqué « un contexte de hausse des coûts d’exploitation et d’incertitudes plus globales sur le marché », une formule qui corresponde à une réalité plus générale.
Beaucoup répètent, en ce moment, que les ouvertures de galeries sont plus nombreuses que les fermetures – le rapport Art Basel et UBS sur le marché de l’art s’est longuement employé, cette année, à le démontrer. Mais, au fond, cet indicateur n’est pas si parlant. La décision de Pace, malgré ses conséquences majeures pour les salariés et les artistes, ne serait sans doute pas comptabilisée comme une fermeture. Surtout, s’il faut du courage et une vision pour ouvrir une galerie, la faire durer relève d’un tout autre ordre de difficulté, comme chaque fermeture vient le rappeler.
Une galeriste londonienne, active depuis plus de vingt ans, nous a confié avoir frôlé la faillite après la crise financière de 2007-2008, décrivant les années qui ont suivi comme un « moment de vacillement ». Sa manière de tenir, dit-elle, a été « d’apprendre à dire non à certaines choses. Cela m’a rendue très prudente, probablement à l’excès ».
Nous sommes aujourd’hui confrontés au même problème. Pour équilibrer les comptes, la solution semble être d’en faire beaucoup moins. Rester simple, rester petit jusqu’au retour de jours meilleurs : telle est la ligne de conduite qui prévaut, et qui avait fonctionné pour un secteur des galeries exsangue au début des années 1990.
Dans le monde de l’art actuel, où les occasions semblent sans limites et où il faut faire beaucoup de bruit pour se faire entendre, cette stratégie est difficile à tenir. Plus inquiétant encore, elle offre peu de perspectives évidentes de croissance au système traditionnel des galeries. Le « moins, c’est plus » a de quoi séduire. Mais, contrairement au début des années 1990, le reste du monde va désormais plus vite, sous l’effet des technologies, si bien que de plus grandes structures peuvent imposer leur propre version de l’art et continuer leur marche quoi qu’il arrive.
Les auteurs [Ezra Klein et Derek Thompson] d’Abundance, récent best-seller consacré à l’économie, écrivent : « Nous n’adhérons pas aux séduisantes idéologies de la rareté. Nous n’obtiendrons pas plus d’emplois, ni de meilleurs emplois, en fermant nos portes aux immigrés. Nous ne ferons pas reculer le changement climatique en persuadant le monde de se priver de croissance. Ces visions ne sont pas seulement irréalistes. Elles sont contre-productives… Elles feront plus de mal que de bien. »
L’ouvrage porte principalement sur la politique américaine, la santé et le logement. Sans apporter de solutions définitives, ses auteurs soulignent les effets délétères du renforcement de la réglementation et de la prudence institutionnelle, deux mécanismes bien connus du monde de l’art.
Les petites galeries, prises isolément, n’ont pas les moyens de faire bouger les lignes. Mais, avec leur appui, les grands rendez-vous fédérateurs, foires ou week-ends de galeries, pourraient, et devraient, trouver les moyens de faire entendre la voix du secteur. Il faudrait pour cela lever des fonds, dans un environnement déjà très concurrentiel, mais nous savons que des capitaux privés sont prêts à soutenir l’écosystème de l’art. Le moment est venu de se rassembler, avec ambition et méthode, pour faire entendre des revendications capables de changer la donne. Avant que trop de galeries ne réduisent la voilure ou ne ferment définitivement.




