Gōzō Yoshimasu : Cher Monstre
Né en 1939, Gōzō Yoshimasu est reconnu comme l’un des plus importants poètes de langue japonaise. Il fut longtemps un magnifique performer, gravant des poèmes sur de fines bandes de cuivre armé d’un clou et d’un marteau, les récitant avec une modulation vocale de nature incantatoire. Yoshimasu est aussi photographe et tient depuis une vingtaine d’années un journal en vidéo. Dear Monster est un projet qui l’a occupé durant cinq ans et dont cette exposition parisienne présente un choix de réalisations. À la suite du tremblement de terre et du tsunami de 2011, Yoshimasu s’est trouvé confronté à l’impossibilité d’écrire de la poésie. Pour sortir de ce blanc créatif, il a choisi de transcrire manuellement des pages de Kyōdō Gensō Ron (Théorie de l’illusion collective), l’œuvre clé de Takaaki Yoshimoto, penseur et poète qui fut son maître. Chaque jour, de 2011 à 2016, Yoshimasu a tracé d’une écriture fine les mots de Yoshimoto. Sur ses pages d’écriture, il a peint avec des encres de couleur, ajouté des éclaboussures, repris et transformé des mots, rendant illisible une grande partie du texte transcrit. Ce travail de création-destruction fut pour lui une manière de répondre aux voix des disparus et de se reconstruire. Outre un ensemble de cette saisissante série d’œuvres sur papier, l’exposition présente quelques Polaroïds enrichis d’écriture, et des vidéos dans lesquelles le poète énonce pensées et observations avec une caméra réduite à son plus simple usage d’enregistrement de la réalité.
Du 10 avril au 31 mai 2026, Peter Freeman, INC., 7 rue de Montpensier, 75001 Paris

Vue de l’exposition « Francisco Tropa : Miss America » à la Galerie Jocelyn Wolff. Photo Chloé Philipp. Courtesy de l’artiste et Galerie Jocelyn Wolff
Francisco Tropa : Miss America
Miss America est le deuxième volet d’une fiction dont le premier a été présenté récemment au Palazzo De’ Toschi à Bologne. C’est aussi le nom d’un bateau dans lequel nous sommes censés embarquer en entrant dans l’exposition. Celle-ci offre pourtant un environnement de quatre cloisons disposées en carré avec beaucoup d’espace entre elles. Ces cloisons mobiles ressemblent à des façades, avec des fenêtres qui d’un côté servent de niches pour abriter des objets et de l’autre côté présentent une peinture ou l’arrière d’un décor. Sur l’une d’entre elles, par exemple, le recto expose un squelette couché et recroquevillé, et, le verso, une corbeille de légumes. Sur le recto des cloisons, figurent des formules comme on en trouve dans les cafés ou restaurants pour indiquer : « spécialité de la maison » ou « je reviens de suite ». L’objet exposé et l’accessoire d’exposition fusionnent, et se brouille la distinction entre l’intérieur et l’extérieur. Faut-il voir dans ces cloisons à double face le moyen d’évoquer les récits de tavernes qui font, selon l’expression flaubertienne, un « trou dans la vie » ? C’est l’exposition elle-même qui serait cette fiction dont on sait peu de choses, ou un poème mêlant rêves d’odyssées et mots du quotidien le plus trivial. Au milieu des cloisons, on trouve une énorme pierre restituée en bronze patiné et, dans la salle suivante, un énorme coquillage dressé, également en bronze. De modestes trésors auxquels le format et la présentation donnent un caractère fabuleux. Un élément d’explication à cette scène qui tangue, est peut-être à chercher dans ces cliché-verres qui portent tous pour titre Naufrage. Certains d’entre eux ressemblent à des photographies tremblées au point d’être rendues abstraites, d’autres à des visions exaltées de phénomènes naturels. Au moment de l’exposition à Bologne, Francisco Tropa déclarait que le mot « miss » du titre pouvait aussi s’entendre comme le verbe « to miss ». L’Amérique qui manque ou que l’on manque.
Du 29 avril au 20 juin 2026, Galerie Jocelyn Wolff, 1 rue de Penthièvre, 75008 Paris

Vue de l’exposition « Michel François » chez Art : Concept. Photo Objets Pointus. Courtesy de l’artiste et Art : Concept
Michel François
C’est avec un élan manifeste que Michel François entame sa collaboration avec la Galerie Art : Concept. Il apporte son emblématique savon géant, et fait percer un cercle dans une des cloisons pour marquer son besoin d’évasion. Pour le reste, il s’agit de productions nouvelles ; différentes manières de définir la sculpture en croisant le dessin et la peinture, en mettant l’accent sur le trait, le volume, la couleur ou la lumière. Michel François s’approche en sculpteur du tableau en se gardant de tomber dans la fascination pour ce modèle. Il expose trois peintures en forme de quadrilatères rhomboïdes. Ce sont de larges et épaisses bandes de couleur, tracées à l’aide de pastel gras, le mouvement étant donné par une machine à poncer. Ces œuvres aux couleurs chaudes ont un caractère « colorfield painting » et leur forme donne une suggestion de vitesse.
Un autre champ de réflexion et de recherche est ouvert à partir de l’empreinte des objets. Les Autoportraits ont été obtenus par polissage et affinement de moules de sculptures. L’un d’eux, posé sur socle, ressemble à une figure humaine dans un style moderniste, un peu Zadkine. Il a été obtenu à partir du moule d’un buste. L’autre, inséré dans le mur, est un relief énigmatique. On y voit ce qui ressemble à des organes internes entre deux lignes serpentines. Michel François a également conçu un luminaire suspendu en forme de colonne dont l’ampoule à la base n’éclaire qu’une partie du sol, et un autre en forme de gribouillis ou de concept spatial épuisé.
Du 25 avril au 20 juin 2026, Art : Concept, 4 passage Sainte-Avoye, 75003 Paris

Vue de l’exposition « Jennifer Caubet : Expectatives » à la Galerie Jousse Entreprise. Courtesy de l’artiste et de Galerie Jousse Entreprise, Paris. Photo Max Borderie
Jennifer Caubet : Expectatives
Jennifer Caubet entrecroise dans son travail questionnement formel, réflexion sociale et registre fictionnel dans des proportions variables. « Expectatives » est construite en trois parties distinctes correspondant aux trois espaces de la galerie, dont les liens se découvrent peu à peu. Dans l’espace sur rue, l’installation est minimaliste. À peu près au centre de la pièce est posée une sculpture en tissu et métal. Il s’agit d’un drap et d’une couverture à fleurs comprimés dans des serre-câbles en inox, posés sur un pull lui-même cerclé et maintenus debout par une colonne de lavabo en porcelaine. Sur deux des murs, on trouve deux petits blocs de tissus de la taille d’un coussin, également cerclés, et maintenus contre la cloison par de fines tiges de métal et de bois tourné. Viennent immédiatement à l’esprit des images d’expulsions et de restrictions de liberté. Dans l’espace intermédiaire, Jennifer Caubet a édifié une paroi avec différents éléments de protection antisquat. L’étroitesse de l’espace renvoie ironiquement cette sculpture à son enfermement défensif.
Dans la troisième salle, c’est l’imaginaire technique qui surgit avec les Ventilations. On y voit trois œuvres en suspension, mettant chacune en équilibre ou suggérant l’équilibre, une colonne de verre soufflé et d’acier tenue par un crochet en position basse et, en hauteur, un contrepoids d’acier. Les parties en verre évoquent le chas d’aiguille et l’ampoule électrique, l’ensemble formant un laboratoire d’un autre temps. Un curieux mixte de menace et de sérénité.
Du 25 avril au 13 juin 2026, Jousse Entreprise, 6 rue Saint-Claude, 75003 Paris




