Yves Goldstein, officiellement « chargé de mission » de la Fondation Kanal et, dans les faits, actuel directeur général du futur Kanal-Centre Pompidou, a annoncé la semaine dernière, dans un entretien au quotidien bruxellois Le Soir, qu’il quitterait ses fonctions au printemps 2027. Il estime avoir mené à bien l’essentiel de sa mission, alors que le musée doit être inauguré le 28 novembre 2026. Après dix ans passés à porter cette aventure, le moment lui semble venu de passer la main. Moins utopique que certains ont longtemps voulu le laisser croire, le projet est désormais sur les rails. Ses ambitions pourraient toutefois être revues à la baisse par rapport aux objectifs initiaux, notamment en raison d’une forte réduction des budgets de fonctionnement prévus au départ.
La prochaine étape, pour le conseil d’administration de la Fondation Kanal, consistera à trouver la perle rare pour ce poste de direction générale : « un manager qui devra gérer les finances, le budget, les relations avec le politique, mais aussi négocier les contrats de gestion. Il ou elle devra également démontrer la valeur de Kanal pour Bruxelles », explique Yves Goldstein. En effet, comme il n’a cessé de le marteler depuis dix ans, « Kanal est un vecteur sans égal de création de richesse. C’est un projet majeur en termes de nouveaux emplois, de développement économique et de redéploiement urbain », le lieu étant proche du site de Tour & Taxis.

Yves Goldstein. Photo : Veerle
Ce nouveau poste de direction générale ne sera toutefois pas une sinécure pour celui ou celle qui succédera à Yves Goldstein. Celui-ci a non seulement pu partir d’une feuille blanche, avec tout à imaginer et à construire. Mais, il a aussi bénéficié d’un soutien politique sans faille, fort de son expérience d’ancien chef de cabinet du ministre-président de la Région bruxelloise à l’origine du projet. Il connaît parfaitement le mille-feuille institutionnel bruxellois – dont la Région, instigatrice de cet ambitieux projet culturel à l’échelle de la capitale de l’Europe –, et maîtrise les rouages administratifs. Par la force des choses, il s’est aussi familiarisé avec les univers de la construction et des entreprises partenaires.
Fort du succès populaire de l’épisode de préfiguration « Kanal Brut », en 2018-2019, il ne fait guère de doute que cet accueil favorable devrait se confirmer, avec une fréquentation estimée entre 500 000 et 600 000 visiteurs par an. Mais la situation budgétaire de la Région bruxelloise a profondément changé depuis : un projet d’une telle ampleur, déployé sur 40 000 m², serait sans doute difficilement imaginable aujourd’hui.
Malgré un semblant de suspense, les 60 millions d’euros destinés à régler les factures des entreprises et à achever les travaux d’infrastructure de l’ancien garage Citroën ont bien été débloqués lors de la formation du nouveau gouvernement bruxellois, en février dernier, puis confirmés depuis. Cette nouvelle équipe a toutefois décidé de réduire le budget de fonctionnement de l’institution. Initialement établi sur une base de 35 millions d’euros par an, celui-ci avait déjà été revu à la baisse par le conseil d’administration de Kanal lui-même, pour être ramené à 29 millions d’euros, un seuil minimal, selon Yves Goldstein, pour assurer la viabilité financière du musée et de sa programmation artistique. Depuis, la dotation prévue pour cette année a déjà été ramenée à 28 millions d’euros. Elle devrait passer à 24 millions en 2027, puis à 22 millions en 2028, avant de chuter brutalement à 10 millions en 2029 !
Pour Yves Goldstein, le projet ne serait alors plus viable. Ses ambitions devraient être revues à la baisse, avec, par exemple, une fermeture les lundi et mardi ou une augmentation du prix d’entrée. Kanal-Centre Pompidou risquerait dès lors de se transformer en une simple structure d’accueil pour les collections françaises – à condition que la convention de cinq ans liant les deux institutions soit renouvelée à son échéance, en 2031 – ainsi que pour la collection propre de son pendant bruxellois, encore balbutiante.
L’un des remèdes préconisés par l’actuel directeur, qui endosse ici le rôle de lanceur d’alerte, consiste à s’ouvrir davantage au secteur privé. « Nous cherchons toutes les sources autres que les subsides publics pour pouvoir financer ce projet et le rendre pérenne », confie-t-il. Cette stratégie a été mise en œuvre dès ce lundi 11 mai 2026, avec la tenue, dans un hôtel bruxellois, du premier « Kanal Business Forum », au cours duquel les responsables de la Fondation Kanal ont lancé un appel appuyé au secteur privé afin de boucler le financement du projet et d’assurer la pérennité du musée.
Dans le même temps, le nouveau gouvernement bruxellois, à majorité libérale, annonçait l’octroi au futur musée de 18,6 millions d’euros pour son fonctionnement en 2026, correspondant au solde de la dotation de 28 millions d’euros attendue pour cette année. Le ministre des Finances, Dirk De Smedt, libéral flamand, espère désormais qu’un nouveau business plan pourra être présenté en septembre, afin de garantir la bonne marche de l’institution à partir de 2029.




