Créée en 1991, la Biennale d’art contemporain de Lyon s’est imposée depuis comme l’une des manifestations phares en France. « Son modèle, largement plébiscité, repose sur un ancrage territorial fort. La Biennale s’appuie sur des ressources régionales, qu’elles soient géographiques, historiques, sociétales ou culturelles. Elle est fondée sur l’échange, la collaboration, l’innovation, les savoir-faire et mobilise un réseau de compétences permettant aux artistes de réaliser des productions nouvelles, originales, en lien avec l’environnement qui les accueille », a rappelé Isabelle Bertolotti, sa directrice artistique pour la dernière année, lors de la présentation du projet de cette 18e édition au ministère de la Culture, ce vendredi 24 avril 2026.
« Lyon, c’est une biennale située, a poursuivi la directrice du macLYON. Elle demande de la part des commissaires non pas de développer un récit qui pourrait être hors sol ou qu’on peut voir partout dans le monde, mais d’être en collaboration directe avec l’existant. C’est un travail de recherche, de rencontres, qui se déroule pendant les deux années de préparation de la Biennale avec les musées, les collections privées, les chercheurs… »
L’édition 2026 a été confiée à la commissaire, historienne de l’art et auteure d’origine australienne Catherine Nichols, actuellement en poste à la Hamburger Bahnhof – Nationalgalerie der Gegenwart, à Berlin. En 2022, elle a organisé la Biennale nomade européenne Manifesta 14, à Pristina, au Kosovo, intitulée « it matters what worlds world worlds : how to tell stories otherwise », qui se déployait sur 25 sites.
Son projet artistique pour la Biennale de Lyon, qui prend pour titre « Passer d’un rêve à l’autre », s’inspire des traboules, ce système de passages, de cours et d’escaliers semi-secrets destiné à faciliter la circulation entre les quartiers de la soie, des marchands, du commerce et des banques. Le titre de cette 18e édition est également inspiré du Livre des passages du philosophe et théoricien allemand Walter Benjamin. « Dans ce vaste fragment, un “théâtre de toutes [ses] luttes et de toutes [ses] idées”, Benjamin interroge la manière dont les environnements urbains – et en particulier les arcades parisiennes – façonnent les rêves collectifs et les expériences de la société », note la commissaire. « C’est précisément de tels moments de rêve et d’éveil historiques que la Biennale, en s’engageant avec l’histoire et le présent lyonnais dans un contexte planétaire élargi, cherche à invoquer à travers les nombreuses voix qu’elle convoque autour de l’économie », ajoute-t-elle.
Catherine Nichols cite en outre les Principes d’économie poétique de l’artiste français fluxus Robert Filliou, pour qui « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ». À ses yeux, alors que les expériences artistiques des années 1960 cherchaient à transformer la société, seule une révolution dans les structures économiques pouvait être en mesure d’opérer un changement social profond.
« Prenant la faillite comme point de départ, La Fête Permanente de Filliou répond à la crise personnelle avec la connexion, la convivialité et la créativité, posant la valeur comme relationnelle plutôt que financière. Elle se retire des systèmes de profit et de mesure pour ouvrir à toutes et tous une infrastructure de générosité et d’échange, de stupidité, d’échec, d’expérimentation et de jeu, renversant ainsi la logique économique qui étaye à la fois le capitalisme et le marché de l’art. À l’instar du Livre des passages de Benjamin, la vision de Filliou trouve son analogue matériel dans la psychogéographie de la ville, dans les espaces et les temporalités du réveil et du rêve. »
Enfin, l’hémisphère sud sera cette année à l’honneur, avec un focus sur les artistes océaniens – une scène riche, encore trop méconnue sous nos latitudes.

Archana Hande, Weaving Light, l’une des œuvres présentées au macLYON. Photo : S.R.
Articulé autour de trois lieux principaux (le macLYON – Musée d’art contemporain, Les Grandes Locos et le Musée des Tissus et des Arts décoratifs), le parcours de la Biennale s’étendra à travers la ville et la région, des traboules des pentes de la Croix-Rousse au jardin du musée des Beaux-Arts, de l’IAC – Institut d’art contemporain / Frac Rhône-Alpes, à Villeurbanne, au musée des Confluences, de la Fondation Bullukian au Parking LPA Saint-Antoine et à la station de métro B – Gare Part-Dieu. La durée de la manifestation a été sensiblement réduite, puisqu’elle sera ouverte près de trois semaines de moins que son édition 2024.
Si la liste définitive des artistes invités n’est pas encore arrêtée, les quelque 75 déjà sélectionnés sont issus d’une trentaine de nationalités. Un tiers appartient à la scène hexagonale. Parmi les premiers participants figurent en particulier Joël Andrianomearisoa (en lice pour le prix Marcel Duchamp 2026), Edith Dekyndt, Archana Hande, Angelica Mesiti, Laure Prouvost, Pol Taburet ou encore Luke Willis Thompson.




