Invité par la foire, le curateur Bernard Marcelis a demandé à chacun des galeristes sélectionnés de choisir, dans sa collection personnelle, l’œuvre dont il ne saurait se défaire, et d’en expliquer le choix. L’exposition esquisse ainsi, en creux, un portrait de la manière dont ces galeristes envisagent leur métier, tout en révélant les liens subtils qui unissent leur activité à leur vie personnelle. Les œuvres retenues ont, le plus souvent, été réalisées par des artistes que leurs galeries représentent encore aujourd’hui ; elles s’échelonnent de 1958 à 2023.
Avant même d’être des acteurs du marché de l’art, les galeristes sont d’abord de grands amateurs, souvent eux-mêmes collectionneurs. Le choix de Rodolphe Janssen, une peinture de Marcel Mayer, correspond à sa première acquisition ; c’est elle qui lui a donné le désir de devenir galeriste. Dans tous les cas, l’œuvre de certains artistes a été, et demeure, déterminante dans la construction d’une galerie, occupant une place importante dans les choix de ceux qui la dirigent. C’est le cas d’Antoine Laurentin avec Balder, de Serge Maruani avec Sue Williams et de Patrick De Brock avec Imi Knoebel.
Gerda Vander Kerken (Zwart Huis) a choisi une œuvre liée à l’histoire de sa galerie, qui témoigne de son amitié avec Liliane Vertessen. Car si l’admiration constitue un élément commun à l’ensemble de ces sélections, l’amitié y occupe, elle aussi, une place importante. Greta Meert, en proposant une œuvre emblématique de Jeff Wall, insiste sur la rigueur intellectuelle de l’œuvre autant que sur le souvenir des moments partagés avec l’artiste. C’est également le cas de Guy Pieters, qui a retenu une œuvre de César. Le portrait de Leo Castelli par Warhol, choisi par Daniel Templon, témoigne de son amitié pour le galeriste new-yorkais. Marie-Hélène de La Forest Divonne a, quant à elle, choisi un cadeau de l’artiste Alexandre Hollan, tandis que Xavier Hufkens présente une œuvre de Walter Swennen, offerte pour son anniversaire. Depuis la disparition de l’artiste, elle est devenue un « lieu de mémoire » contenant leur histoire et leur amitié. Almine Rech, en choisissant une œuvre de son grand-oncle Mai-Thu, souligne sa responsabilité familiale à l’égard de l’histoire de l’artiste et du Vietnam.

Walter Swennen, Untitled, 2022, ink and watercolour on paper, 26.4 x 20 cm. Courtesy de l'artiste et Xavier Hufkens, Brussels. Photo © Thomas Merle
L’art interroge le monde dans lequel nous vivons, du plus proche et du plus concret au plus abstrait. Roger Szmulewicz (Fifty One), qui a choisi un portrait photographique de James Baldwin et de son frère par Jane Evelyn Atwood, souligne qu’au-delà de ses qualités formelles, l’œuvre se révèle empreinte de joie et de chaleur humaine. Alex Reding explique que la pièce de Gregor Hildebrandt qu’il a retenue concentre à ses yeux l’essence même de l’art : le vécu, des perspectives philosophiques et sociales, un état d’esprit. Tim Van Laere insiste, quant à lui, sur la puissance de l’œuvre de Carroll Dunham, qui embrasse la condition humaine actuelle. Enfin, Nadja Vilenne, en proposant Sunk into Solitude de John Murphy, invite à toucher à l’essence de l’aventure humaine : la solitude et le non-sens.
Cette exposition mène bien au-delà de la simple découverte d’un ensemble d’œuvres. Elle permet aussi d’approcher le travail, la sensibilité et la personnalité de galeristes comme de leurs galeries. Surtout, elle rappelle le rôle essentiel que l’art peut jouer dans nos vies : nourrir une réflexion sur le monde autant que sur nous-mêmes.




