L’entrée de la foire est plutôt surprenante cette année, avec la commande passée à la jeune artiste belge Natasja Mabesoone…
Oui, c’est une installation très féminine et féministe qui accueille le visiteur à l’entrée de la foire, une œuvre d’art totale, pas neutre du tout et qui interroge ou intrigue le visiteur. L’ensemble est constitué de grands dessins reproduits comme des blow up et dont les originaux sont à découvrir sur le stand de sa galerie, Sofie Van de Velde. Son travail est notamment inspiré par celui de la peintre américaine Mary Cassatt et de son sens subtil des tonalités. Dans le travail de Natasja Mabesoone, tout tourne autour du lien avec le regard, car les deux questions qu’elle se pose sont : « Comment je suis vue ? Comment je regarde l’art ? »
Pourquoi insistez-vous de plus en plus sur ces projets artistiques dans l’enceinte de la foire ?
En fait, nous, Art Brussels, sommes une grande maison de production. Nous sommes une équipe. Ce que nous cherchons avec des œuvres comme celle-ci, ou comme celle de Céline Condorelli l’année dernière, c’est une création, le plus souvent sous la forme d’une installation, conçue pour et en collaboration avec l’artiste. Nous nous intéressons donc à des créateurs capables de se confronter à un tel espace [le majestueux Palais 5 construit en 1935 à la façade Art déco, ndlr] et doté d’un langage spécifique qui puisse retenir quelque peu le visiteur à l’entrée. Notre volonté est de développer notre propre écosystème, de façon à pouvoir soutenir les artistes.
Votre nouvelle section, Horizons, est-elle basée sur le même principe ?
Pas tout à fait, car Horizons constitue une véritable section de la foire, au même titre que les autres comme Prime, Solo, Discovery et ‘68 Forward. Le principe, que l’on retrouve bien entendu aussi sur d’autres foires internationales, est de repérer des œuvres de grand format qui ne peuvent pas rentrer dans un stand. Ici, dans la Palais 6, nous disposons de 2 000 m² pour accueillir sept œuvres. Il n’y a pas de thème central, même si la curatrice de cette première édition, Devrim Bayar, y décèle des échos autour de motifs architecturaux revisités. On y voit des réalisations récentes, comme d’autres un peu plus anciennes.
Outre l’aspect monumental de ces pièces, ce que nous avons aussi voulu proposer avec cette nouvelle section, c’est de permettre aux visiteurs d’expérimenter l’art à un autre rythme de visite, dans un esprit de « slow motion », dans un espace élargi qui n’a plus aucun rapport avec l’habituelle concentration des stands des galeries. C’est un projet par et pour la foire. Je crois que cela correspond à une demande d’aujourd’hui. Cela explique aussi pourquoi nous avons voulu un peu moins de participants au Salon qu’auparavant. Nous essayons de privilégier une expérience de visite différente.
Par ailleurs, cette autre manière d’arpenter la foire et d’enrichir sa visite se mesure aussi au succès des « Talks ». Il y a dix ans, leur fréquentation était presque regardée avec condescendance ; aujourd’hui, le public en redemande. Ils n’ont d’ailleurs jamais été aussi nombreux que cette année, avec un éventail de propositions particulièrement large.
Pensez-vous que le contexte géopolitique international, pour le moins explosif au Moyen-Orient actuellement, pourrait avoir des conséquences sur le chiffre d’affaires des exposants ?
Il est évidemment difficile de répondre à cette question. J’espère que cela va se passer aussi bien pour eux que pour les exposants qui participaient à notre foire anversoise, Art Antwerp, en fin d’année dernière. Nous vivons dans une époque incertaine, mais comme ces crises, certes différentes, ont tendance à se répéter (le Covid, la guerre en Ukraine, la bande de Gaza, l’actuelle guerre en Iran), il commence à y avoir de facto une certaine accoutumance – si je peux employer ce terme – à ce type d’événements. L’être humain est capable de réagir et il faut arriver à vivre avec cette manière de gérer le chaos global. Acheter de l’art, c’est faire preuve de soutien aux artistes.




