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Résidences d'artistes
Critique

Daret s’enracine à Casablanca

Fondée par Ymane Fakhir, plasticienne marocaine installée à Marseille, la résidence d’artistes propose une restitution des travaux de ses quatre derniers lauréats.

Olivier Rachet
15 avril 2026
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Visite de studio avec Bouchra Khalili, Oumayma Abouzid Souali et Oumaima Abaraghe, résidence Daret, Casablanca, 2024. Courtesy de Daret

Visite de studio avec Bouchra Khalili, Oumayma Abouzid Souali et Oumaima Abaraghe, résidence Daret, Casablanca, 2024. Courtesy de Daret

En 2022, à la suite de la pandémie due au Covid-19 et ses conséquences, la prise de conscience de la précarité des jeunes artistes au Maroc fut générale. Plusieurs initiatives conçues dans l’urgence eurent alors à cœur de mettre en place pour eux des solutions pérennes, à l’image de l’association Basma (Beaux-Arts Solidarité Maroc) créée par Ilyass Alami Afilal – disparu le 5 janvier 2026 –, laquelle donna naissance au Salon national des artistes contemporains émergents, dont la 2e édition s’est tenue du 4 novembre au 31 décembre 2025 à la Villa des arts, à Casablanca, en collaboration avec la Fondation Al Mada.

Mais l’initiative la plus originale reste sans doute à ce jour la résidence partagée Daret imaginée par la plasticienne Ymane Fakhir sur le modèle des tontines africaines. Très en vogue dans la société marocaine, notamment chez les femmes, ce système d’épargne collaborative fait partie de l’ADN économique de nombreux artistes. « D’un point de vue culturel, nous avons grandi avec cette forme d’aide, confirme Khadija El Abyad, première lauréate du programme de résidences avec Soukaina Joual. L’idée est de donner la priorité à la personne qui est dans une situation d’urgence, que ce soit pour marier sa fille ou meubler son salon. » Ymane Fakhir insiste de son côté sur la dimension collective de l’expérience : « Daret, c’est avant tout un état d’esprit. Il faut que les artistes apprennent à s’entendre, ce n’est pas un studio » – quand bien même la résidence, installée d’abord à Rabat puis définitivement à Casablanca dans le quartier historique de Mers-Sultan, vient aussi pallier le manque d’ateliers individuels.

Un mécénat fragile

Encouragée dès l’origine par le mécénat d’artistes tels qu’Amina Benbouchta, Yassine Balbzioui et Chourouk Hriech, mais aussi grâce à l’appui de rares institutions privées ou publiques, dont, à Casablanca, l’Institut français du Maroc et la Fondation TGCC – laquelle organise par ailleurs, depuis 2021, le prix Mustaqbal en soutien aux artistes émergents –, la résidence Daret demeure une structure précaire. « L’idée de départ était de trouver de jeunes mécènes passionnés d’art contemporain dont les parents étaient déjà collectionneurs d’art moderne, mais cela reste difficile », admet Ymane Fakhir.

Oumayma Abouzid Souali, Au milieu des terres, peinture sur carton blanc, 2025. © Oumayma Abouzid Souali

De leur côté, les artistes ne tarissent pas d’éloge sur cette possibilité qui leur est offerte de travailler sur un temps long. « Daret dépasse le simple cadre d’une résidence, elle est un véritable dispositif d’attention, apprécie Oumayma Abouzid Souali. C’est une année entière dédiée à l’expérimentation, aux tentatives fragiles, aux échecs assumés et aux moments de doute qui participent pleinement à l’élaboration d’une pensée artistique. » Présentant une série de films-performances articulés autour des territoires du Rif et de Casablanca à l’espace Rue de Tanger, situé dans la médina casablancaise, l’artiste reconnaît que ces « microrécits dans lesquels se tissent des questions de mémoire, d’appartenance et de déplacement, où le corps devient un vecteur d’archive sensible » n’auraient pas vu le jour sans ce temps long de la résidence. Outre Oumayma Abouzid Souali, cette ancienne maison de 1890 rénovée en centre d’art, à la programmation générale quelque peu inégale, accueille trois autres lauréats, Oumaima Abaraghe, Aymane El Gadi et Mouna Ahizoune, dans le cadre de la restitution des deux dernières résidences d’artistes de Daret.

« Daret dépasse le simple cadre d’une résidence, elle est un véritable dispositif d’attention. »

Des partenariats innovants

Depuis ses débuts, Daret a inauguré un cycle de formations à destination des artistes, lequel s’est notamment concrisé par la signature d’une convention avec l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Yannick Vernet, le responsable des projets numériques de cette dernière, est ainsi venu proposer une série de workshops autour du vivant, en compagnie d’Oualid Lazrak. L’un d’eux, qui s’est tenu en octobre 2025 à l’Artorium de la Fondation TGCC, s’intitulait « Matière grise. Les origines terrestres de l’intelligence artificielle ». « Mon métier consiste à créer des environnements fertiles, et Daret offre davantage qu’une résidence : c’est un espace de réflexion collective », loue Yannick Vernet. « Au-delà de l’accompagnement individuel, Daret est un carrefour entre Casablanca et Marseille, ajoute Meryem Bouzoubaa, présidente de la Fondation TGCC. La vision d’Ymane Fakhir transforme la résidence en un lieu de circulation d’idées et de projets, où créativité et interactions deviennent motrices de développement culturel. »

Daret est aussi partenaire de la plateforme tunisienne Nessij Collective. Celle-ci, œuvrant aux échanges croisés entre artistes et commissaires d’exposition de Tunisie, du Maroc, du Sénégal ou de France (Marseille), a été imaginée par la commissaire Camille Lévy Sarfati et l’artiste Ismaïl Bahri, lui-même mentor des derniers lauréats de Daret.

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« État des lieux », 16 avril-30 mai 2026, Rue de Tanger, 28, rue de Tanger, Casablanca.

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