Pour incongru que cela puisse sembler à qui ne serait pas conscient de l’importance des alcôves à la cour, Louis XVI disposait de deux chambres. D’abord, la chambre de parade, dédiée à l’exercice de l’étiquette, dans laquelle il se levait et se couchait suivant un protocole strict en présence de ses plus proches courtisans. Puis, une seconde plus moderne, dans laquelle il allait se réfugier la nuit, car la première était trop grande et trop mal chauffée.
Aménagée en 1728 pour Louis XV, cette seconde chambre incarne une évolution majeure dans l’art d’habiter Versailles, en privilégiant un espace plus intime que la chambre de parade. Elle se situe dans le petit appartement du roi, qui était un espace privé réservé à la famille royale et à quelques privilégiés. En visitant le château de Versailles, il est donc désormais possible de la découvrir entièrement restaurée dans son état du 6 octobre 1789, jour du départ définitif de la famille royale du château vers Paris.
C’est à partir du milieu des années 1980 que la restauration de la chambre intérieure du roi a commencé. Conçue par Jacques V Gabriel et Ange-Jacques Gabriel, et ornée par le sculpteur Jacques Verberckt, cette chambre se distinguait en son temps par un décor rocaille d’une grande finesse et par un mobilier d’exception. Or, le lit a complètement disparu, comme tant d’autres objets inestimables, lors de la Révolution. Malgré les avancées de la restauration des décors et du mobilier, l’absence de lit constituait un problème majeur pour la compréhension et la retranscription de l’espace.
Un chantier spécifique a donc été engagé au début des années 2010 afin d’en restituer la présence. Pour ce faire, en l’absence de documents figurés représentant ce meuble, les artisans se sont appuyés sur de nombreuses descriptions d’archives pour reconstituer les formes, les volumes et les motifs décoratifs du lit. Techniquement, l’un des plus grands exploits de ce travail se situe probablement dans le travail réalisé pour les textiles et les dorures, ces dernières mobilisant plusieurs milliers d’heures de sculpture sur tilleul réalisées par l’atelier Boulnois, déjà intervenu aussi bien à Chambord qu’à Notre-Dame de Paris. Les éléments sculptés ont ensuite été dorés dans les ateliers du château, selon la technique traditionnelle à l’eau.
L’inauguration de cette chambre « est l’aboutissement d’une aventure de quarante ans et plus, dont on ne prévoit pas d’équivalent dans les années à venir. Un projet de recréation qui fait figure d’exception aujourd’hui, alors que nous sommes entrés dans une nouvelle phase du remeublement de Versailles », a déclaré Laurent Salomé, directeur du Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.




