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Au Grand Palais, Art Paris se renouvelle

La foire d’art moderne et contemporain revient avec une offre diversifiée, entre classiques contemporains et jeunes talents à suivre.

Alexandre Crochet
9 avril 2026
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Stéphane Pencréac’h, Bleu comme une orange, 2023, galerie Idéale. Photo : A.C.

Stéphane Pencréac’h, Bleu comme une orange, 2023, galerie Idéale. Photo : A.C.

C’est sous un soleil radieux, antidote à la morosité ambiante et aux tumultes actuels du monde, qu’Art Paris a ouvert ses portes mercredi 8 avril 2026 au Grand Palais. La foire d’art moderne et contemporain, sous la houlette de son commissaire général Guillaume Piens, bénéficie d’un fort renouvellement cette année, en bas comme en haut, dans la nef comme sur les balcons qui accueillent les enseignes plus jeunes du secteur Promesses. Ce renouvellement coïncide avec l’ouverture – cette semaine ou très récemment – de nouveaux espaces à Paris par plusieurs galeries comme Waddington Custot, Cuturi (implantée à Singapour), la Cassandra Bird Gallery de Sydney, en Australie (qui expose sur son stand une figure historique, Janet Laurence, pionnière de l’écologie, et Juanita McLauchlan) ou encore Idéale. Cette dernière montre notamment deux grandes peintures de Stéphane Pencréac’h, représentant, non sans un certain humour corrosif, l’une, Elon Musk et sa mère, « évoquant la possibilité de chute quand on vise la Lune, ou Mars », commente le galeriste, Damien Levy, et l’autre le rappeur très médiatique Kanye West. Prévoir 20 000 euros, un prix déjà élevé pour les galeries du balcon. Pour sortir des sentiers battus, rien de mieux que ce secteur Promesses, plein de fraîcheur, tremplin pour les jeunes enseignes qui espèrent ensuite descendre les escaliers et rejoindre la cour des grands, la nef.

Retable de Thibaut Huchard sur le stand de la galerie Valérie Delaunay. Photo : A.C.

« Beaucoup de galeries existent depuis peu de temps, ou participent à Art Paris pour la première fois, telles les Parisiennes Prima, Bao, qui apporte trois artistes vietnamiens, AA Gallery, venue du Maroc, ou Reuter Bausch Art Gallery, du Luxembourg », confie Marc Donnadieu, commissaire de ce secteur (et contributeur à The Art Newspaper Édition française). Les exposants ont pour consigne de soigner leur stand, et de se concentrer sur trois artistes au maximum, pour plus de lisibilité. Les tendances ? « On assiste à un renouveau du langage de l’art. Les jeunes générations aiment retravailler à la main les images numériques, comme à la galerie The Spaceless, détourner l’usage de l’IA, inverser le rapport aux nouvelles technologies en jouant avec elles de façon naturelle, sans la fascination d’il y a une dizaine d’années, autant de pratiques qu’on ne voit pas en bas », souligne Marc Donnadieu. Un exemple ? Thibaut Huchard (galerie Valérie Delaunay) s’inspire des retables médiévaux, mais les scènes sont gravées sur bois au laser à partir d’un dessin préexistant… Parmi les stands les plus cohérents figure celui de la galerie Écho 119 réunissant le travail de Laure Winants, Aurore de la Morinerie et Manon Lanjouère, teinté d’expérimentation et d’exploration scientifique autour des profondeurs marines et de la glace. Ajoutons que, dans ce secteur, les prix ne doivent pas dépasser les 50 000 euros et qu’au moins une œuvre sur le stand doit être à moins de 5 000 euros… Le textile et la céramique, employés souvent avec humour, sont par ailleurs nettement présents à l’étage.

En bas, les artistes – français ou pas – de toutes les générations cohabitent. Hervé Loevenbruck participe au parcours « Babel », dédié à l’art et au langage en France, avec un focus sur Camille Tsvétoukhine, des peintures et un manteau tissé de mots. La galerie Les Filles du Calvaire expose entre autres un ensemble de travaux sur papiers de Paz Corona et une grande peinture d’Abdelhak Benallou à 20 000 euros, montrant une jeune femme énigmatique de dos hésitant à entrer dans une pièce. Zlotowski présente, pour 180 000 euros, un dessin du Modulor de Le Corbusier, « version rarissime, son pendant étant au Centre Pompidou », précise Yves Zlotowski ; ainsi qu’un ensemble de dessins grinçants d’Eugene James Martin des années 1970 et 1980. Au chapitre des contemporains classiques, la galerie A & R Fleury consacre un bel espace aux peintures et grattages sur carton baryté de Hans Hartung, des années 1960, autour d’une vivifiante palette jaune et bleue.

Teresa Gancedo sur le stand de la galerie RocioSantacruz. Photo: A.C.

Nathalie Obadia, quant à elle, a eu la bonne idée de préciser sur ses cartels les expositions à venir des artistes accrochés sur son stand. Telle Laure Prouvost, dont trois branches en bronze peint sont posées dans un coin, avant son exposition cette année dans les mêmes murs du Grand Palais. La galerie espagnole RocioSantacruz consacre, elle, un mur aux délicates peintures et collages de Teresa Gancedo, artiste née en 1937 qui participa en 1980 à une exposition au Guggenheim Museum de New York aux côtés d’Antonio Saura et Antoni Tàpies, (comptez de 4 000 à 18 000 euros).

Dans l’ensemble, Art Paris reste la foire qui défend le mieux la scène française et ses acteurs, comme en témoignent aussi les prix remis lors de cette édition. Le Prix BNP Paribas Banque Privée a été décerné à Sara Ouhaddou, artiste franco-marocaine née en 1986 et représentée par la galerie Polaris, tandis que le Prix Her Art a été remis à la Française Elsa Sahal, représentée par la galerie Papillon, qui a décidé de participer pour la première fois à Art Paris cette année.

Dans les allées, les nombreuses discussions et marques d’intérêt du premier jour vont-elles se transformer en actes d’achat, alors que selon certains, les collectionneurs français étaient un peu trop attentistes, voire très discrets, sur les autres foires européennes ces derniers mois ?

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Art Paris, du 9 au 12 avril 2026, Grand Palais, 7 avenue Winston Churchill, 75008 Paris.

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Propos recueillis par Philippe Régnier