Jean Lurçat (1892-1966), figure majeure du renouveau de la tapisserie au XXe siècle, la considérait comme son « testament ». Le Chant du Monde, constituée de dix tapisseries monumentales, son magnum opus, dénonce les périls de la guerre, la menace nucléaire, la violence de masse, et donne à voir les bouleversements technologiques de son époque tout en affirmant sa foi en l’avenir de l’humanité. « Une œuvre semblable, amorcée tard et donc talonnée par la vieillesse, c’est en quelque sorte la table des matières d’une existence », disait l’artiste.
Tissée entre 1957 et 1966 dans les ateliers historiques de la ville – le savoir-faire d’Aubusson est inscrit depuis 2009 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco –, elle sera présentée pour la première fois à la Cité internationale de la tapisserie, du 4 avril au 1er novembre 2026, dans la nouvelle extension dédiée aux expositions temporaires. Un retour aux sources à l’occasion des 60 ans de la disparition de l’artiste et des 10 ans d’ouverture au public de l’institution creusoise.
Le prêt de cette tenture exceptionnelle s’inscrit dans le cadre d’un partenariat avec la Ville d’Angers. Conservée par les Musées d’Angers, exposée sous les voûtes de tuffeau de l’ancienne salle des malades de l’Hôpital Saint-Jean, datant du XIIe siècle, qui abrite le Musée Jean-Lurçat, l’œuvre a trouvé son inspiration dans la « douceur angevine » chère à Joachim du Bellay.
En 1937, Jean Lurçat découvre la tenture de L’Apocalypse, exposée au château d’Angers. Réalisé à la fin du XIVᵉ siècle sur commande du duc Louis Iᵉʳ d’Anjou, ce chef-d’œuvre est le plus important ensemble de tapisseries médiévales subsistant au monde, à ce titre inscrit depuis 2023 au registre international Mémoire du monde de l’Unesco. Inspiré par L’Apocalypse, Le Chant du Monde y fait écho par-delà les siècles, depuis l’autre rive de la Maine.
Durant l’exposition du Chant du Monde à Aubusson, Angers exposera la tenture Aubusson tisse Tolkien. Ce prêt croisé fait l’objet d’un film documentaire, Les Fils du Monde – La tapisserie, entre mémoire et création, par la cinéaste Rina Sherman. À travers cet échange, ces deux hauts lieux de la tapisserie réaffirment leur ambition de poursuivre une coopération sur le long terme pour la faire connaître au plus grand nombre en croisant patrimoine et création.

La Cité internationale de la tapisserie à Aubusson. © Sylvain Jouve
La Cité internationale de la tapisserie à Aubusson a dévoilé en janvier 2026 une extension muséale conçue par l’agence d’architecture Projectiles. D’une superficie de 1 600 m², elle accueille des espaces de réserves et quatre salles d’exposition. La manifestation inaugurale, « La Tapisserie d’Aubusson au XXIe siècle », invitait le public à plonger au cœur du processus de création de la tapisserie contemporaine en explorant les grandes tendances qui ont marqué les premières décennies du XXIe siècle.
L’institution poursuit son développement et le projet global de valorisation de ce domaine d’excellence en intégrant un pôle professionnel, avec une plateforme de préparation des tissages, des ateliers techniques, des résidences d’artistes et des séjours immersifs. Le Lab. des savoir-faire de la tapisserie d’Aubusson, installé à proximité immédiate de la Cité, ouvrira fin 2026 dans un bâtiment industriel réhabilité. Une fois n’est pas coutume, à Aubusson, la création fait fièrement tapisserie.
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Cité internationale de la tapisserie, rue des Arts, 23200 Aubusson




