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À la Tefaf, les Américains restent le moteur des ventes

L’ouverture de la Foire de Maastricht 2026 a été marquée par de nombreuses transactions. Malgré un rythme parfois un peu lent, l’appétit pour les œuvres exceptionnelles, notamment anciennes, est bien là.

Alexandre Crochet
14 mars 2026
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Willem Drost, Man with a Plumed Red Beret, 1654. Galerie Agnews. Photo : A.C.
Willem Drost, Man with a Plumed Red Beret, 1654. Galerie Agnews. Photo : A.C.

« Oh my God ! It’s amazing ! ». L’exclamation saluait le chef-d’œuvre présenté par la galerie Kugel à l’entrée de la Tefaf, un relief en cire représentant en détail la ville de Madrid, réalisé en 1740 par Nikolaus Engelbert Cetto. Provenance Rothschild, cette pièce typiquement « Maastricht », souligne Laura Kugel, attendait preneur jeudi à l’ouverture pour un prix à sept chiffres. Avant les Rothschild, il s’agissait d’une commande pour le futur roi Carlos III d’Espagne. Les trois autres reliefs (représentant d’autres territoires de la Couronne des Bourbons d’Espagne : Naples, Dresde et Jérusalem) se trouvent dans les collections de l’Académie royale des beaux-arts Saint-Ferdinand, à Madrid.

Nikolaus Engelbert Cetto, relief en cire représentant Madrid, 1740. Galerie Kugel. Photo : A.C.

Principal carburant du marché pour la foire néerlandaise, les Américains, en particulier les musées, étaient bien présents jeudi et vendredi, les deux journées VIP. Davantage peut-être les musées que les collectionneurs privés eux-mêmes, souvent représentés par des conseillers. Si l’équipe du Louvre Abu Dhabi, pourtant menacé par les missiles iraniens et dont les trésors n’ont, semble-t-il, pas été évacués, arpentait bien les allées, difficile de mesurer le poids des achats du Golfe, dont les pays sont souvent représentés par des intermédiaires fort discrets.

« Tous les musées américains sont là, mais aussi les représentants d’institutions européennes et françaises », dont Annick Lemoine, la nouvelle présidente du musée d’Orsay, confirme le conseiller en tableaux anciens Étienne Bréton. Qui souligne « le très haut niveau de cette édition, où l’originalité de l’image paie plus que d’habitude, et où les femmes artistes, très recherchées, occupent une place importante ». Les coups de cœur du spécialiste ? Solitude, Clair de lune, une peinture envoûtante de Johann Heinrich Füssli qui a séduit tous les visiteurs à la Galerie Didier Aaron, et pour lequel un musée américain a craqué. L’œuvre était affichée à 1,6 million d’euros. Autres coups de cœur : un portrait masculin du Tintoret à quelques millions de dollars chez Colnaghi ; un autoportrait de Bonnard chez Wildenstein & Co. ; ou une peinture de Walter Sickert qui a trouvé preneur chez Ambroise Duchemin. Ce nu laisse voir au premier plan le bras du futur meurtrier, l’artiste s’étant tellement inspiré des crimes de Jack l’Éventreur que l’on a pu le soupçonner d’être lui-même l’assassin… Un achat français.

Solitude, Clair de lune par Johann Heinrich Füssli, vers 1794. Galerie Didier Aaron. Photo : A.C.

Étienne Bréton cite aussi un impressionnant Man with a plumed red beret par Willem Drost, élève de Rembrandt qui termina sa carrière à Venise. L’œuvre, datée de 1654, est présenté par Agnews. Ce vendredi, la Leiden Collection de l’homme d’affaires américain Thomas Kaplan, centrée sur Rembrandt, confirmait l’achat de ce tableau, dont le prix tournerait selon certains spécialistes autour de 15 à 20 millions de dollars. Sur le même stand, une institution américaine a jeté son dévolu dès le premier jour de la foire, pour moins de 100 000 dollars, sur un ensemble constitué d’une peinture du Londonien Nathaniel Sparks RE représentant Un autochtone de Sierra Leone, exécuté vers 1900, ainsi que les gravures et leurs plaques tirées de la peinture. Signalons par ailleurs le très beau lever de lune exposé par Stoppenbach & Delestre, berger et troupeau de mouton de Charles-François Daubigny (entre 350 000 et 350 000 euros) réalisé très tôt dans sa carrière, en 1859, en éclaireur de l’impressionniste.

Dans l’ensemble, les femmes artistes continuent d’être en vedette sur une partie des stands. Telle Artemisia Gentileschi chez Jean-François Heim, avec un Autoportrait de l’artiste en Cléopâtre datant d’environ 1620 et du retour à Rome de l’artiste. « L’attribution est confirmée par tous les spécialistes », selon le marchand. Ce tableau a fait partie de nombreuses expositions sur l’artiste, en 2016 à Rome, en 2023 à Gênes… Il a fait l’objet d’une restauration et a été remis dans sa composition originelle en enlevant une bande de toile qui avait été ajoutée dans sa partie gauche. Le prix ? 6 millions d’euros. Il faut débourser la même somme pour s’offrir à la Tefaf un Saint Jérôme peint par son père, Orazio Gentileschi, sur le stand de la galerie Trinity Fine Arts, datant de 1610… Le coup de cœur d’Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans, porte quant à lui sur un ensemble plus modeste, qui pourrait passer inaperçu. « Pour le visiteur, la Tefaf, ce sont des tableaux au kilomètre, souvent de très grande qualité. Il existe aussi des œuvres qui sont des niches, sans équivalent. Comme ces 46 boutons peints par la marquise de Grollier, restés dans sa famille depuis », explique-t-elle. Ces miniatures de fleurs sur ivoire sous verre et doublées de nacre, présentées sur le stand de la galerie Canesso, « s’inscrivent dans l’engouement pour la botanique après la Révolution », l’auteure ayant connu les artistes Élisabeth Vigée Le Brun et Hubert Robert. Des petites merveilles qui, en raison des interdictions pesant sur l’ivoire, sont surtout destinées à un acheteur européen disposant d’un budget de 250 000 euros.

Artemisia Gentileschi, Autoportrait de l'artiste en Cléopâtre, vers 1620. Galerie Jean-François Heim. Photo : A.C.

Nombre d’exposants restaient réticents à divulguer les prix, preuve d’une grande prudence dans un marché plus compliqué, où les négociations sont plus importantes. Toujours au chapitre de l’art ancien, certaines « culbutes » ont surpris nombre de connaisseurs. Ainsi, un musée américain – encore un ! – avait entamé un processus d’acquisition d’un éléphant en marbre gris trônant sur le stand de la galerie Lullo Pampoulides. Une sculpture certes impressionnante mais que la galerie a achetée comme œuvre « italienne anonyme » de la fin du XVIIIe siècle dans une vente d’Artcurial voici un an et demi, pour 240 000 euros. Après avoir identifié l’artiste, Gaetano Monti, pas vraiment un sculpteur ultra-célèbre, selon certains spécialistes, l’enseigne en demandait… plusieurs millions !

Deux tableaux de Monet représentant l’église de Vernon au pied de la Seine, chez Alon Zakaïm Fine Art. Photo : A.C.

En revanche, cette édition de la foire n’est guère un grand cru pour l’art moderne. « L’art ancien est bien plus fort que le moderne cette année », note un visiteur averti. Il faut quand même signaler entre autres un paysage au soleil couchant de Mondrian à la galerie Agnews Works on Paper, proposé à « plus de 5 millions d’euros, exceptionnel par sa taille et jamais exposé depuis trente ans », dixit la galerie. Autre temps fort : deux tableaux de Claude Monet représentant l’église de Vernon au pied de la Seine, chez Alon Zakaim Fine Art, que le marchand, étrangement, n’a pas accroché en majesté mais caché derrière une cloison sur le stand. Pour éviter un attroupement préjudiciable aux vrais acquéreurs potentiels, assure-t-il. Il n’a pas, dit-il, voulu séparer ces deux œuvres acquises aux enchères ces dernières années et qui se succèdent dans la série de l’artiste sur le même motif, et sont donc vendues ensemble, à 20 millions de dollars.

La légende du Hollandais volant par Dmitry Lebedev, galerie James Butterwick.

Enfin, ne ratez pas l’exceptionnel stand de la galerie James Butterwick, entièrement consacré à un artiste ukrainien méconnu : Dmitry Lebedev. Ces œuvres sur papier symbolistes des années 1900-1910 n’ont jamais été montrées. Le marchand londonien dévoile plus de 90 pièces (entre 2 000 et 40 000 euros) au sein d’un corpus limité, l’artiste étant décédé du typhus à seulement 23 ans. Une vingtaine se sont déjà vendues. Trop lent à se décider, le Museum of Fine Arts de Boston est passé quatre fois sur le stand, désireux d’acquérir quatre œuvres. « Il y a une forte demande, nous n’avons pas pu attendre et avons dû vendre l’une de ces pièces à un collectionneur », confie le marchand, qui a cédé des pièces à des acheteurs du Luxembourg, de France, de Suisse… Ceux qui n’ont pu aller à Maastricht retrouveront bientôt les œuvres de l’artiste sur le stand de la galerie, dans une sélection resserrée, au Salon du dessin à Paris, du 25 au 30 mars 2026.

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Tefaf, jusqu’au 19 mars 2026, MECC, Maastricht, Pays-Bas, www.tefaf.com

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