Installé au centre d’un vaste parc reflétant la diversité paysagère de la région et accueillant des sculptures, le Palais de Lomé, datant de l’époque coloniale, est l’un des uniques lieux culturels publics de cette partie du continent. L’institution dirigée par Sonia Lawson présente jusqu’au 15 mars 2026 l’exposition « Le design en Afrique de l’Ouest : l’unité dans la multiplicité », qui réunit 23 créateurs venus du Togo, du Ghana, du Bénin, du Nigeria, du Mali, du Sénégal ou encore du Burkina Faso. Conçue par le commissaire Nicolas Bellavance-Lecompte, architecte de formation basé à Milan et initiateur des Salons Nomad, elle est l’aboutissement de plus de deux ans de recherches menées dans la région. Plus qu’une exposition sur le design au sens strict, la manifestation propose une cartographie élargie de la création régionale.
Le curateur explique avoir effectué « plus de 60 ou 70 visites d’artistes et de studios » entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin. Ces voyages lui ont permis de découvrir une scène particulièrement dynamique et de mieux comprendre les circulations d’influences entre différentes générations de créateurs.
Ce travail de terrain l’a aussi conduit à remettre en question les catégories occidentales du design. « Ici, on n’aime pas se faire mettre dans des cases », explique-t-il. Les créateurs sélectionnés revendiquent volontiers des pratiques plurielles, mêlant artisanat, design, sculpture ou arts visuels. Selon le commissaire, cette approche renvoie aussi à des conceptions philosophiques profondément ancrées dans les cultures de la région, notamment dans les traditions ashanti ou yoruba, où les notions d’unité et de dualité structurent la vision du monde.
L’exposition met ainsi en regard des œuvres réalisées dans des matériaux très variés : argile, verre recyclé, pierre, bois, corne, bronze ou métal. Le Malien Aboubakar Fofana y présente par exemple des textiles teints avec de l’indigo qu’il cultive lui-même, tandis que le designer ghanéen Michael Tetteh explore dans une série de vases les possibilités du verre recyclé mêlé à l’argile. D’autres artistes privilégient des matériaux récupérés ou transformés, comme le Burkinabè Hamed Ouattara, qui compose des pièces à partir de tôles de fûts d’huile moteur, ou le Béninois Marcel Kpoho, dont les sculptures réalisées avec des pneus évoquent des formes de masques.
La dimension spirituelle constitue l’un des fils rouges du parcours. Nicolas Bellavance-Lecompte souligne que plusieurs artistes présents dans l’exposition exercent également des fonctions spirituelles. Le sculpteur togolais Gona, prêtre vaudou de troisième génération, affirme par exemple entrer en dialogue avec les morceaux de bois qu’il collecte en forêt jusqu’à la révélation de la forme que les divinités lui inspirent. Dans d’autres œuvres, cette relation au sacré apparaît à travers des symboles protecteurs, des références aux cérémonies ou des formes animales inspirées des traditions locales.

Vue de l’exposition « Le design en Afrique de l’Ouest : l’unité dans la multiplicité », au Palais de Lomé. Œuvres de Hamed Ouattara et de Marcel Kpoho. Photo © Parmenas Awudza
Cette dimension se retrouve également dans certaines traditions artisanales présentées dans l’exposition, comme les céramiques vaudoues de la communauté d’Agomeglosou, conçues pour protéger l’eau ou les aliments, ou encore les cercueils sculpturaux inspirés des pratiques funéraires du Ghana. Ainsi de celui de Paa Joe, intitulé Cercueil fantaisie Sony Walkman (2015), qui rayonne d’un côté de son jaune soutenu.
Dans ces cultures, rappelle le commissaire, les pratiques spirituelles, malgré la diversité des langues et des peuples, présentent de nombreux points communs à travers toute l’Afrique de l’Ouest.
Le parcours fait aussi dialoguer différentes générations de créateurs. Les meubles bas conçus par Kossi Hemadzro Assou et Amivi Homawoo au début des années 2000, inspirés des pratiques conviviales du Sahel, sont présentés aux côtés de pièces plus récentes de designers comme la pièce en aluminium du Nigérian Nifemi Marcus-Bello, ou la Togolaise Estelle Yomeda, dont les bancs et sièges en bois et en pierre de Kpalimé explorent de nouvelles formes sculpturales.
Dans l’ancienne résidence du gouverneur allemand, aujourd’hui transformée en centre culturel, l’exposition prend une dimension symbolique particulière. Pour Nicolas Bellavance-Lecompte, le fait d’y présenter exclusivement des créateurs ouest-africains permet de redonner « la place d’honneur » aux cultures locales dans un espace marqué par l’histoire coloniale, et d’y faire dialoguer passé, présent et futur.
--
« Le design en Afrique de l’Ouest : l’unité dans la multiplicité », jusqu’au 15 mars 2026, Palais de Lomé, 382, Avenue de la Marina, Lomé, Togo




