La Fondation Hasselblad a annoncé que Zanele Muholi est la lauréate du 46e Prix Hasselblad, la plus importante récompense mondiale en photographie, dotée d’un montant de 2 millions de couronnes suédoises (environ 190 000 euros), d’une médaille d’or et d’un appareil photo Hasselblad. Elle succède à Sophie Ristelhueber (2025), Ingrid Pollard (2024), Carrie Mae Weems (2023) et, parmi d’autres noms aussi prestigieux, Alfredo Jaar (2020), Daidō Moriyama (2019), Wolfgang Tillmans (2015), Nan Goldin (2007), Malick Sidibé (2003), Jeff Wall (2002) ou Cindy Sherman (1999). Le Prix Hasselblad est décerné chaque année depuis 1980.
« Zanele Muholi est l’une des photographes les plus influentes de notre époque, dont l’impact dépasse largement le monde de l’art, a expliqué la Fondation Hasselblad pour justifier son choix. À travers ses portraits, elle met en lumière et célèbre les expériences et la dignité de la communauté LGBTQIA+ noire, en Afrique du Sud comme partout dans le monde. […] Ces images dénoncent les préjugés et la discrimination, tout en contribuant à l’écriture de récits visuels alternatifs. L’activisme et le travail de proximité sont des composantes essentielles de la pratique de Muholi. En alliant engagement politique et précision artistique, Zanele Muholi est devenue une voix incontournable de la culture visuelle queer mondiale. »
Née en 1972 à Umlazi, près de Durban, Zanele Muholi vit et travaille entre Johannesburg et Le Cap. Elle a étudié la photographie au Market Photo Workshop de Johannesburg aux côtés de David Goldblatt et a obtenu en 2009 un Master en médias documentaires à l’Université Ryerson de Toronto. Son travail a notamment été exposé à la Biennale de Venise, au San Francisco Museum of Modern Art (SFMoMA), à la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris, à la Tate Modern à Londres, au Museo de Arte Moderno de Buenos Aires et au Musée Serralves à Porto. En Suède, elle a fait l’objet d’expositions individuelles à Fotografiska (2018) à Stockholm et au Bildmuseet (2021) à Umeå.
Zanele Muholi a précédemment reçu le ICP Spotlights Award (2022), le Spectrum International Prize for Photography (2020), le Lucie Award for humanitarian photography (2019) et le Rees Visionary Award d’Amref Health Africa (2019). L’artiste est représentée par la galerie Yancey Richardson à New York et la galerie Southern Guild au Cap.
Ayant grandi sous le régime de l’apartheid, Zanele Muholi est profondément consciente du pouvoir du récit face à la violence et à l’oppression systémiques, précise la Fondation Hasselblad. Œuvre majeure de la photographie contemporaine, sa série en cours de portraits, Faces and Phases, créée comme un acte de résistance, fête aujourd’hui ses vingt ans. Parmi ses autres œuvres figure la série Only half the Picture (2003-2004), qui dépeint la vie des lesbiennes et des survivantes de crimes haineux, et Brave Beauties, qui depuis 2014 rend hommage aux femmes trans. Dans sa série d’autoportraits Somnyama Ngonyama (Salut à la Lionne Noire), la photographe utilise depuis 2018 l’imagerie du portrait classique, de la mode, de la vie domestique et de la photographie ethnographique pour remettre en question les stéréotypes et les représentations historiques du corps noir. En ce sens, elle a ouvert la voie à une nouvelle génération de photographes. Artiste engagée, Zanele Muholi a fondé en 2009 Inkanyiso, un forum pour les médias queers et activistes visuels, et en 2022, le Muholi Art Institute, dont la vocation est de soutenir de jeunes artistes.
« Ce prix ne m’appartient pas seulement, a déclaré Zanele Muholi. Je le porte avec toutes les personnes qui m’ont confié leurs histoires. D’Umlazi à tous les lieux où les personnes noires LGBTQIA+ continuent de lutter pour vivre librement, cette reconnaissance confirme que nos vies méritent d’être vues – non pas comme des statistiques, non pas comme des ombres, mais comme des êtres humains à part entière. Pendant de nombreuses années, mon travail a porté sur la visibilité et la résistance. Il s’est agi de créer des archives pour que personne ne puisse dire : "Nous ne savions pas". Lorsque cet honneur me parvient, je l’accepte au nom de ma communauté : celles et ceux qui ne sont plus parmi nous, celles et ceux qui sont encore là, et celles et ceux qui attendent encore de se voir représentés avec dignité. »
« C’est avec un immense plaisir que nous décernons à Zanele Muholi le 46e Prix Hasselblad. Dans son travail d’artiste, Muholi allie photographie et militantisme et crée des œuvres fortes et significatives axées sur les droits humains. Nous nous réjouissons de présenter une large sélection de son travail au Centre Hasselblad cet automne », a salué Kalle Sanner, directeur général de la Fondation Hasselblad.
La lauréate sera mise à l’honneur lors d’une exposition au Centre Hasselblad, présentée du 10 octobre 2026 au 4 avril 2027, ainsi que lors de la Semaine du Prix Hasselblad à Göteborg. Y seront organisés un séminaire en collaboration avec le Conseil administratif du comté de Västra Götaland ; un concert avec l’Orchestre symphonique de Göteborg ; un vernissage ; le lancement d’un livre ; une cérémonie de remise de prix le 9 octobre et une rencontre avec l’artiste au Moderna Museet de Stockholm le 13 octobre.
Le jury du Prix Hasselblad 2026 était composé de : Anna Planas, présidente du jury et directrice artistique de Paris Photo ; Johan Sjöström, conservateur au Musée d’art de Göteborg ; Oluremi C. Onabanjo, conservatrice Peter Schub du département de photographie du Museum of Modern Art de New York ; Raquel Villar-Pérez, chercheuse, auteure, commissaire d’exposition et doctorante à l’École d’art d’Édimbourg ; Shoair Mavlian, directrice de la Photographers' Gallery à Londres ; et Tawanda Appiah, conservatrice à la Skåne Art Association, à Malmö.




