Deux bâtiments de style Bauhaus de la Ville blanche à Tel-Aviv inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco ont été endommagés par des missiles iraniens. Après la frappe survenue samedi 28 février 2026, le Bauhaus Center – qui abrite des galeries et une collection permanente consacrée à ce quartier d’importance architecturale – ainsi qu’un immeuble d’habitation voisin ont été touchés et partiellement détruits. Une femme est morte et vingt personnes ont été blessées dans l’explosion.
La Ville blanche a été construite du début des années 1930 jusqu’aux années 1950, sur la base du plan urbain conçu par Patrick Geddes. Elle a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2003 « comme un exemple exceptionnel, à grande échelle, des idées novatrices en matière d’urbanisme de la première moitié du XXe siècle », selon le site de l’Unesco. « Son architecture constitue une représentation synthétique de certaines des tendances les plus marquantes du Mouvement moderne, telles qu’elles se sont développées en Europe. La Ville blanche est également un exemple remarquable de la mise en œuvre de ces tendances, tenant compte des traditions culturelles locales et des conditions climatiques », ajoute le site.
Dans une publication sur Facebook datée du 1er mars, le Bauhaus Center a écrit : « Ces maisons étaient bien plus que du béton et des balcons. Elles symbolisaient la survie, la modernité et la reconstruction de la vie à Tel-Aviv – la Ville blanche. Leurs lignes épurées et leurs formes simples portaient une histoire puissante : l’architecture comme refuge, l’architecture comme espoir. Nous pleurons la perte de ce patrimoine culturel et restons déterminés à préserver la mémoire et les valeurs que ces bâtiments incarnaient. » Depuis la guerre des Douze Jours en juin 2025, le centre documente également, sur sa page Facebook, d’autres sites patrimoniaux endommagés dans la région.
Par ailleurs, la façade vitrée de l’Habima, le Théâtre national d’Israël construit en 1934, a elle aussi été endommagée par des missiles iraniens le 28 février.
L’Unesco s’est jointe à d’autres agences des Nations unies et à plusieurs hauts responsables – dont le secrétaire général António Guterres – pour condamner à la fois les frappes menées par les États-Unis et Israël mais aussi les attaques en représailles de l’Iran.
Selon l’historien Ilan Shchori, le plus important des deux immeubles de style Bauhaus endommagés durant le conflit actuel est la maison « Froma Gurvitz », construite en 1937 par l’agence d’architecture Zabrodsky et Blaks. Lors d’une restauration récente menée par l’architecte Alon Ben Nun, un étage et demi supplémentaire a été ajouté sur le toit, précise-t-il à The Art Newspaper. Sur les quelque 5 000 immeubles construits dans le style international à Tel-Aviv, la majorité appartient aujourd’hui à des propriétaires privés qui, selon lui, « ne souhaitent pas investir dans leur restauration pour le moment ».
Micha Gross, directeur du Bauhaus Center, explique également à The Art Newspaper que la vie culturelle « est fortement affectée par la guerre, la plupart des institutions étant actuellement fermées ». Le 28 février, le Musée d’Israël a annoncé sur Facebook avoir transféré plusieurs œuvres de sa collection dans un abri anti-bombes : « Conformément aux directives d’urgence du Commandement du front intérieur, les équipes du musée se sont mobilisées dès les premières heures du matin et ont achevé le transfert des œuvres les plus importantes vers un lieu protégé. En espérant des jours plus calmes. »
Parallèlement, le Musée d’art islamique de Jérusalem, institution privée qui abrite l’une des plus importantes collections d’art islamique au monde, a également mis ses œuvres à l’abri. Dans un post sur Facebook, le musée a indiqué avoir évacué une partie de ses collections et annoncé sa fermeture jusqu’à nouvel ordre. Parmi les pièces déplacées figure le « trésor Harari », un ensemble rare et précieux d’objets en argent persans datant des XIe et XIIe siècles. Selon l’institution, il s’agit « de la plus importante collection conservée de ce type au monde, ainsi que du seul exemple connu d’orfèvrerie en argent de la période seldjoukide ». Le trésor aurait été « découvert intact dans un pot, dans une grotte de l’ouest de l’Iran ».
Tayla Ezrahi, coordinatrice des relations internationales à Emek Shaveh – une organisation israélienne fondée par des archéologues et engagée contre l’occupation – souligne que, dans la crise actuelle, les vies humaines comme le patrimoine des Israéliens et des Palestiniens sont menacés. Elle espère que cette situation pourra susciter une forme de solidarité culturelle. « La guerre ne fait pas de distinction entre patrimoine juif, musulman, chrétien ou autre, explique-t-elle à The Art Newspaper. Lorsque ces sites sont endommagés ou détruits, la perte dépasse les ruines elles-mêmes et restera comme le témoignage de l’échec de nos dirigeants à privilégier la vie humaine – ainsi que les univers culturels et spirituels qui lui donnent sens – plutôt que la destruction. »
Selon l’agence américaine Human Rights Activists News Agency, plus de 1 100 civils ont déjà été tués depuis le début du conflit.




