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Reportage

Bergamot Station, le centre névralgique de l’art à Santa Monica, menacé de disparition ?

La ville envisage de récupérer ce site emblématique, qui abrite depuis 1994 plus d’une douzaine de galeries et d’organisations artistiques à but non lucratif, afin d’y construire un programme de logements exigé par l’État de Californie.

Angella d'Avignon
27 février 2026
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Bergamot Station Arts Center. Photo Calder Oliver / Wikimedia

Bergamot Station Arts Center. Photo Calder Oliver / Wikimedia

Bergamot Station, un complexe artistique appartenant à la municipalité et géré par ses locataires à Santa Monica, en Californie, est menacé de démolition après des décennies de tensions entre les occupants et la ville.

S’étendant sur environ 2,3 hectares, le site abrite 18 galeries d’art, ateliers et lieux culturels, et est depuis longtemps considéré comme un pôle culturel majeur de Los Angeles. Parmi les enseignes figurent la Galerie XII Los Angeles, fondée par Valérie-Anne Giscard d’Estaing, installés sur le site 2018, et Robert Berman Gallery/Santa Monica Auctions, qui y organise des ventes aux enchères. Le lieu accueille aussi un restaurant depuis 2021, Le Great Outdoor, dirigé par le chef français d’origine strasbourgeoise Rudy Beuven, qui a travaillé à Paris auprès de Joël Robuchon.

Mais nombre de locataires estiment que la municipalité entend utiliser le terrain pour construire un programme de logements imposé par le California Senate Bill 79, une loi destinée à faciliter la densification dans les zones bien desservies par les transports afin de répondre à la crise du logement que traverse l’État, un texte promulgué en octobre 2025 par le gouverneur Gavin Newsom.

Même avant l’adoption de cette loi, l’éventuelle disparition de Bergamot Station semblait déjà engagée. En février 2025, la Ville de Santa Monica a déclaré la propriété « bien foncier excédentaire » (surplus land). Les locataires ont été informés qu’ils disposeraient d’environ deux ans pour quitter les lieux. En juin 2025, la municipalité a lancé un appel à projets invitant des promoteurs à soumettre des propositions, lesquelles prévoient la démolition des galeries existantes et leur remplacement par un programme immobilier privé. Selon les occupants, leurs galeries et espaces ne figurent pas dans les plans du futur développement.

Le Bergamot Station Arts Center, ainsi nommé parce qu’il occupait le site d’une gare ferroviaire en service de 1875 à 1953, a ouvert ses portes en 1994. Il a été conçu par Wayne Blank comme l’un des premiers complexes de galeries mutualisées aux États-Unis. « Nous avons créé un environnement tout à fait exceptionnel, qui a rayonné dans le monde entier », affirme Craig Krull, qui dirige une galerie à Bergamot Station depuis 1994.

Le site est devenu un modèle largement imité de pôle artistique développé collectivement et de manière indépendante, offrant un accès gratuit au public, des parkings, un théâtre à but non lucratif, des programmes éducatifs et des événements destinés à la communauté locale. « Nous étions la première étape pour beaucoup de visiteurs venus de l’étranger, ajoute Krull. Ils ne passaient même pas par leur hôtel : ils venaient d’abord chez nous. »

Les locataires décrivent une succession de projets de réaménagement avortés, de changements de gestion, de privilèges, d’expulsions et de hausses de loyers qui ont compromis la stabilité du site sur le long terme. Dès l’origine, les relations entre Bergamot Station et la municipalité ont été tendues et marquées par une instabilité chronique.

Robert Berman, qui dirige la galerie éponyme à Santa Monica depuis 1979, tente depuis des décennies d’obtenir le classement de Bergamot Station au titre du monument historique, sans succès. « Je pense que leur stratégie consiste à pousser les locataires vers la sortie, ou à les expulser, afin de rendre la démolition plus facile », affirme-t-il.

Les locataires disent avoir perçu un brusque changement d’atmosphère à Bergamot Station en 2024, lorsque la société Rising Realty Partners a repris la gestion immobilière du site. Les représentants de Rising Realty Partners ainsi que ceux de la Ville de Santa Monica n’ont pas donné suite aux demandes répétées de The Art Newspaper.

Rose Shoshana, qui occupe une galerie à Bergamot Station depuis 32 ans, affirme que l’atmosphère du site s’est profondément dégradée après l’introduction d’un dispositif de sécurité privée. Selon elle, les agents ont adopté une attitude hostile à l’égard des visiteurs, un comportement inédit, dit-elle, au cours de ses trois décennies de présence sur le site.

Elle évoque notamment un incident au cours duquel un agent aurait abordé une visiteuse en lui lançant qu’elle « n’avait pas l’air d’être à sa place ici », avant de tenter de l’expulser. Les sanitaires ont été fermés à clé et des voitures de visiteurs ont été mises en fourrière, apparemment sans justification. « On ne peut pas décider qui a sa place ici et qui ne l’a pas,déclare Rose Shoshana. C’est un espace public. Une propriété appartenant à la Ville. »

Les locataires estiment que de tels incidents ont fragilisé l’image du site comme espace culturel gratuit et ouvert à tous. « Cet incident, qui peut paraître anecdotique, révèle en réalité un problème beaucoup plus profond, affirme Rose Shoshana. Le principal complexe artistique et culturel de Santa Monica est aujourd’hui menacé. Sa disparition constituerait une perte majeure pour l’ensemble de la communauté. »

Les occupants soutiennent en outre que la démarche de la municipalité contourne toute véritable concertation publique ainsi qu’une évaluation patrimoniale rigoureuse. Ils s’interrogent sur la manière dont une démolition pourrait être engagée si Bergamot Station est susceptible d’obtenir un classement au titre des monuments historiques. Robert Berman conclut : « Santa Monica doit être autre chose qu’une promenade en front de mer et une grande roue. »

Charles Duncombe, directeur artistique du City Garage Theatre, structure à but non lucratif, estime que Bergamot Station constitue un pilier de la vie culturelle et de l’identité de Santa Monica. « Jusqu’à récemment, la Ville avait une véritable orientation en faveur des arts et de la culture, souligne-t-il. Le département des Affaires culturelles n’a jamais eu sa place à la table des décisions. » Il ajoute que les conséquences ont été particulièrement lourdes pour des organisations comme la sienne, dont les activités se déroulent essentiellement en soirée.

Charles Duncombe avance que la municipalité pourrait être contrainte par un calendrier particulièrement serré fixé par l’État de Californie pour atteindre ses objectifs en matière de construction de logements. Il s’interroge toutefois sur l’opportunité d’attendre que le site de l’aéroport de Santa Monica se libère, une fois ses activités aéronautiques définitivement arrêtées en décembre 2028.

« Je ne connais pas précisément les réserves foncières de la Ville de Santa Monica, mais j’imagine qu’il existe d’autres emplacements où l’on pourrait implanter des logements », estime Craig Krull. Il rappelle que le site de l’aéroport et du Barker Hangar, qui accueille cette semaine la Foire Frieze Los Angeles pour la quatrième année consécutive, a déjà été évoqué comme alternative possible. Mais, précise-t-elle, les riverains s’y sont opposés en raison des conséquences attendues sur la circulation.

Craig Krull souligne que la disparition de Bergamot Station serait irréversible. « La ville est en train de perdre une ressource éducative et culturelle essentielle, affirme-t-il. Bergamot Station ne peut pas être recréé. C’est une tragédie. » Il ajoute que le conflit est d’autant plus douloureux que nombre de locataires sont eux-mêmes favorables au développement de nouveaux logements. « Nous savons tous que le logement est crucial, dit-il. C’est précisément pour cela qu’il a été si difficile de se battre avec autant de détermination. » Une pétition en ligne lancée par le collectif Saving Bergamot a, à l’heure où nous écrivons ces lignes, recueilli plus de 1 300 signatures.

Les locataires estiment que la situation met en lumière un fossé croissant entre la municipalité, les gestionnaires du site et la communauté culturelle de Bergamot Station. Pour Robert Berman, l’objectif poursuivi par la ville ne fait guère de doute. « Nous sommes condamnés à disparaître, déclare-t-il. Nous sommes dans le couloir de la mort, et l’on ne nous accorde même pas un dernier repas. »

Galeries Bergamot Station Arts CenterLos AngelesSanta MonicaSanta Monica AuctionsRobert Berman GalleryPolitique culturelleArt Contemporain
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