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Quand la culture fait tomber les murs

L’obtention du label « Capitale européenne de la culture », lequel vient de fêter ses 40 ans, peut être un formidable catalyseur de changement, ainsi qu’un facteur de pacification et de réconciliation, comme l’a montré, en 2025, Nova Gorica, en Slovénie.

Éric Tariant
24 février 2026
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Vue du château de Rihemberk, qui accueillait l’installation sonore Inaudible – Audible, Among the Bats de Boštjan Perovšek, dans le cadre de « GO! », Nova Gorica – Gorizia capitale européenne de la culture 2025, Branik, Slovénie. © GO! 2025

Vue du château de Rihemberk, qui accueillait l’installation sonore Inaudible – Audible, Among the Bats de Boštjan Perovšek, dans le cadre de « GO! », Nova Gorica – Gorizia capitale européenne de la culture 2025, Branik, Slovénie. © GO! 2025

Et si la culture constituait le meilleur moyen (et peut-être le plus « économique », n’en déplaise aux collectivités locales qui ont fait le choix, ces derniers temps, de sabrer dans ces budgets jugés « non essentiels ») de relier les personnes pour tenter de bâtir, en intelligence collective, un projet de bien commun. Des exemples ? Les capitales européennes de la culture, instaurées en 1985, sous l’égide de Commission européenne, par Melina Mercouri, laquelle était alors ministre de la Culture de la Grèce, en regorgent. L’objectif de ces événements est avant tout de mettre l’accent sur la richesse et la diversité des cultures d’Europe ainsi que sur leurs valeurs communes pour favoriser un sentiment d’appartenance.

Le témoignage le plus récent est celui de Nova Gorica, une ville de Slovénie élue capitale européenne de la culture pour l’année 2025 en même temps que sa voisine transfrontalière, Gorizia, située en Italie. Fondée au Moyen Âge, en 1001, cette dernière a été coupée en deux en 1947, après la Seconde Guerre mondiale, en conséquence du traité de Paris. Une partie est demeurée dans l’ancienne Italie mussolinienne, défaite par les Alliés, tandis que l’autre a intégré la Yougoslavie, pays appartenant alors au camp des vainqueurs. Nova Gorica y a été bâtie afin de créer un nouveau centre urbain à la suite de cette division. Pendant de longues décennies, des murs, des barbelés, des gardes armés et des politiques opposées ont scindé la ville, et monté les habitants les uns contre les autres. Depuis que la Slovénie a obtenu son indépendance en 1991 et qu’elle est entrée dans l’Union européenne en 2004, les haines et les ressentiments se sont apaisés, mais les peurs mutuelles sont restées vives. Et elles l’étaient encore quand Nova Gorica et Gorizia ont décidé de concourir ensemble au titre de capitale européenne de la culture 2025 puis l’ont emporté, fortes de leur proposition de coopération transfrontalière.

Les 870 événements organisés par des équipes à la fois slovènes et ita- liennes ont permis de faire tomber les murs et de créer des ponts. « Cela n’a pas été facile en raison des pesanteurs administratives et des divergences de vues et de cultures, mais les gens ont fini par s’écouter et se comprendre », explique Mija Lorbek, la directrice de Nova Gorica 2025. Pour reconnecter les deux moitiés de la ville, 216 millions d’euros ont été investis dans des programmes de rénovation et de réaménagement urbains : réalisation d’une grande place commune, la place de l’Europe, véritable trait d’union entre Nova Gorica et Gorizia ; restauration de la gare ; construction, dans d’anciens entrepôts ferroviaires, de l’European Platform for the Interpretation of the 20th Century, laquelle plateforme accueille l’exposition permanente « City on the Border » (Ville à la frontière), chargée d’éclairer l’histoire de Gorizia à travers des récits personnels et collectifs ; aménagements d’espaces verts propices à la pratique du sport et à la convivialité ; ou encore mises en place de liaisons de bus et de pistes cyclables entre les deux cités. La commission de la culture et de l’éducation du Parlement européen, à l’occasion de sa visite des lieux, a été admirative de ce « modèle de coopération transfrontalière ».

Les clés du succès

« Le titre de “capitale européenne de la culture” est un peu comme celui de “ville olympique”, c’est un formidable accélérateur et catalyseur du changement », s’enthousiasme Didier Fusillier, lequel fut le grand ordonnateur des festivités de Lille 2004, avant de devenir le conseiller artistique de Lille 3000 qui a prolongé l’événement. « Lorsque l’on est capitale européenne de la culture, on l’est pour toujours », soutient, de son côté, Eric Antonis, le directeur d’Anvers 1993. Capitale « pour toujours », à condition d’avoir, au préalable, construit un projet solide, fondé sur une vision d’avenir, et élaboré une stratégie culturelle à long terme.

Durant les vingt premières années, les villes sélectionnées étaient des capitales ou de grandes métropoles, à l’instar de Paris en 1989, Madrid en 1992 ou Bologne en 1999. Aujourd’hui, ce sont souvent des localités secon- daires. Qui connaissait Umeå (cité suédoise située à 650 kilomètres au nord de Stockholm, capitale européenne de la culture en 2014) ou Košice (Slovaquie, en 2013) avant qu’elles ne soient lauréates ? Depuis 2009, les heureuses élues évoluent en binôme : une ville issue d’un « ancien » État membre (Oulu, en Finlande, et ses 216 000 habitants, en 2026) est appariée à une autre, localisée dans un nouvel État membre (Trenčin, en Slovaquie, et ses 54 000 habitants, cette même année).

La plupart des villes désignées capitales ont réuni une enveloppe conséquente pour réaliser les investissements de départ. Marseille a déboursé 98 millions d’euros en 2013, Mons (Belgique) 70 millions en 2015, Aarhus (Danemark) 62 millions en 2017, Essen (Allemagne) 61,5 millions en 2010 et Chemnitz (Allemagne), l’autre capitale 2025, 60 millions, tandis que Nova Gorica a « seulement » dépensé 20 millions d’euros, ou Riga (Lettonie) 27 millions en 2014.

Une nouvelle image

Que reste-t-il après que les lampions se sont éteints et que les rideaux de scène sont retombés ? Dans le meilleur des cas, l’image de la cité est métamorphosée, telle Liverpool en 2008. La ville des Beatles, longtemps associée au déclin économique, au chômage, à la pauvreté et à la violence urbaine, est devenue depuis lors, aux yeux des visiteurs et des observateurs, une métropole des arts, de la culture et des industries créatives. Marseille, grâce à la refonte physique de son centre-ville (restructuration de la façade maritime de la ville et transformation du Vieux-Port en l’une des plus grandes places publiques d’Europe) et la remise à niveau de ses institutions culturelles, a suscité un réel sentiment de fierté chez ses habitants et modifié l’image de la deuxième ville de France auprès des touristes, tant nationaux qu’internationaux, lesquels la perçoivent désormais volontiers comme une cité culturelle et patrimoniale. Outre l’évolution de l’image de marque, les modernisations s’accompagnent parfois d’une réorganisation complète des villes, à l’image de Košice, ancienne cité industrielle devenue le hub touristique des Carpates, grâce à la création d’institutions culturelles.

À l’heure des comptes, les retom- bées économiques des capitales européennes de la culture peuvent être conséquentes. C’est à Liverpool qu’elles ont été les plus fortes : plus de 980 millions d’euros. Les retours sur investissement sont souvent trois à six fois plus importants que les mises de départ. À Lille, 1 euro investi a produit 6 euros de bénéfice, tout comme à Mons, peu ou prou. À Aarhus, le rapport était de 1 pour 3. « À Umeå, les 10 millions d’euros engagés par la municipalité ont généré 45 millions d’euros de revenus totaux », précise Fredrik Lindegren, le responsable des services culturels de cette métropole septentrionale devenue la ville de Suède qui investit le plus par habitant dans la sphère culturelle.

Les capitales réussissant le mieux sont celles qui arrivent à intégrer les objectifs de « l’année capitale » dans les stratégies culturelles locales ou régionales, souligne la Commission européenne. Une commission qui se prive cependant d’un rayonnement beaucoup plus ample de ces événements faute d’avoir pu investir financièrement dans un véritable plan de communication à même d’irriguer tous les États membres. « Personne ne sait ce qu’est une capitale européenne de la culture. La Ligue des champions, en revanche, est connue de tous », brocarde Yves Vasseur, l’ancien administrateur général de Mons 2015.

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