Pour sa participation à la Biennale Arte 2026, le Maroc présentera un pavillon national pour la première fois à l’Arsenale, dans la Salle des Artiglierie. Amina Agueznay a conçu spécifiquement une installation monumentale intitulée Asǝṭṭa – terme Amazigh désignant un tissage rituel – en résonance avec le thème de cette édition, « In Minor Keys », choisi par la commissaire africaine Koyo Kouoh, prématurément disparue le 10 mai 2025. S’inspirant des savoir-faire traditionnels qui nourrissent les pratiques vernaculaires du Royaume chérifien, l’œuvre s’inscrit dans la tonalité de cette 61e édition, qui entend faire la part belle aux récits subtils, aux pratiques discrètes, à la transmission de main en main d’une mémoire partagée – autant de propositions « en notes mineures ».
Née en 1963 à Casablanca, Amina Agueznay a exposé dans de nombreuses institutions internationales, notamment en France au MuCEM et au Centre Pompidou-Metz. L’artiste, pour qui « le patrimoine est une matière vive, et l’innovation, son souffle », travaille de longue date sur des projets participatifs, dans le cadre d’ateliers collectifs, avec des artisans chevronnés, des brodeuses, dans différentes régions du Maroc. Formée à l’architecture aux États-Unis, où elle a exercé pendant une décennie, elle conçoit ses œuvres telles des espaces à habiter, combinant structures et travail manuel. Son installation pour la Biennale Arte 2026 ne déroge pas à cette approche, explorant la notion de âatba, le seuil, passage entre intérieur et extérieur mais aussi privé et public, sacré et profane, au cœur des architectures traditionnelles marocaines.
« Asǝṭṭa est tout un hommage à ces talents souvent invisibles : les détenteurs et détentrices de savoir-faire séculaires, explique Meriem Berrada, directrice artistique du musée d'Art contemporain africain Al Maaden (MACAAL) de Marrakech et curatrice du pavillon marocain. Ils sont ici conviés non comme figures périphériques mais comme personnes-ressources, témoins d’un ancrage dans un espace de transmission vivante où la création artisanale n’est jamais fétichisée mais activée comme langage, comme pensée en acte. Une archéologie vivante de ces gestes, transmis, transformés, magnifiés, qui continuent de modeler des formes nouvelles à partir d’héritages ancestraux ; un gage de reconnaissance adressée à celles et ceux qui, en mode mineur, contribuent à la beauté du monde. »
« Nouer les fils de la tradition et de l’innovation, tisser des liens entre les récits et les mémoires, telle est la proposition artistique et philosophique du pavillon du Maroc », souligne quant à lui Mohammed Benyaacoub, son commissaire général.
L’exposition sera visible du 9 mai au 22 novembre 2026 à l’Arsenale, à Venise.



