Le Mensuel
Newsletter
Abonnements
Le Mensuel
Newsletter
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
L'actualité des galeries
L'éditorial de la semaine
Expositions
Marché de l'art
Musées et institutions
Politique culturelle
Livres
Livres d'art
Actualité

Les Éditions du Regard tournent la page

La maison d’édition parisienne, réputée pour ses ouvrages d’exception sur l’art, l’architecture, le design ou la mode, s’apprête à cesser son activité à la veille de son cinquantenaire.

Stéphane Renault
6 février 2026
Partagez
Les Éditions du Regard. D.R.

Les Éditions du Regard. D.R.

C’est une aventure rare, qui a écrit un chapitre de l’édition d’art en France et à l’étranger. Les Éditions du Regard, fondées en 1977 à Paris, ont annoncé la cessation de leur activité dans quelques mois. Pionnières, elles ont incarné une certaine idée du livre d’art, conciliant qualité esthétique, richesse iconographique – fruit d’un long travail de recherche –, impression de haut vol et textes exigeants, confiés à des spécialistes. Parmi plus d’un millier d’ouvrages publiés en presque cinquante ans, certains sont devenus des références : la collection « Décennies » d’Anne Bony, des monographies sur Mariano Fortuny, Jean-Michel Frank, Pierre Chareau, Jacques-Émile Ruhlman, Anselm Kiefer par Daniel Arasse, Giorgione, peintre de la « brièveté poétique » par Jaynie Anderson, Bronzino par Maurice Brock, Cy Twombly par Richard Leeman...

En 2022, José Alvarez, le fondateur de cette maison d’édition tenue en haute estime par ses pairs comme ses lecteurs avertis, était revenu pour The Art Newspaper sur sa création, ses rencontres. Alors qu’il s’apprête à écrire le mot FIN et tourner la page, « Monsieur Regard » nous a confié son état d’esprit à l’heure du bilan d’une vie indissociable de cette indéniable réussite éditoriale.

« L'aventure s’arrête là, explique-t-il. Évidemment, j'aurais préféré finir en beauté et fêter les cinquante ans. Passer le relais, peut-être. J’ai eu des opportunités de vendre il y a quelques années, mais ce n’était pas passionnant. C’est devenu très difficile économiquement. L’édition, le livre, le papier, c’est terminé. Nous sommes dans une autre ère. J’ai eu la lucidité de m’en rendre compte il y a une dizaine d’années déjà, lorsque tout a commencé à basculer. Les tirages des livres d’art sont devenus peau de chagrin. Autrefois, 3 000 exemplaires étaient un minimum, aujourd’hui c’est 1500, et encore, 1 000 suffiraient. Nous avons réduit peu à peu les tirages, les mises en place. Notre stock est relativement bas. Nous allons donner les livres qu’ils souhaitent aux artistes avec qui nous avons travaillé. »

Et de poursuivre : « Cette expérience a été formidable. J’ai eu cette chance inouïe de faire ce que je voulais faire, avec qui je voulais, comme je le voulais. C’est un luxe d’avoir pu travailler de cette façon, et surtout au début sur des sujets, des créateurs que personne ne connaissait. Nous avons publié des livres uniques, qu’il serait impossible de faire aujourd’hui. Je reçois beaucoup de messages en ce sens. Ce n’est pas à moi de le dire, mais je suis conscient et fier du travail accompli, sans fausse coquetterie. En outre, nos livres ont connu du succès à l’étranger, nous avons coédité des ouvrages avec de grands éditeurs italiens, anglais, américains... Je suis très heureux d’avoir créé les Éditions du Regard. Toute chose a une fin. Ce que je retiens au fond, outre les livres publiés, ce sont d’abord les rencontres, les relations avec les auteurs, les artistes. Ce sont eux qui m’ont apporté le plus, plus que je ne leur ai moi-même apporté. C’est ce qui me manquera le plus, ce compagnonnage. J’ai eu la chance de connaître des êtres admirables, avec des échanges très personnels, de grandes amitiés. Les Éditions du Regard, c’était un endroit où l’on déjeune ensemble, une réunion d’amis, une espèce de famille. Je n’ai jamais eu l’impression de travailler. Sans les artistes, nous n’existerions pas. Ma plus belle histoire d’amour, ce sont eux. »

Quid de l’après ? « À mon âge, 80 ans, je pourrais toujours écrire, continuer à faire des livres avec des artistes vivants, pourquoi pas ? Je ne sais rien faire d’autre ! La machine est en route, vers fin juin tout sera bouclé définitivement, tous ces petits tracas seront terminés. Mais ce qui me trouble pour le moment, c’est l’impression de ne plus exister sans ces éditions. Cinquante ans, c’est beaucoup. Ma vie s’est confondue avec cette entreprise à la dimension très personnelle. Depuis que je me suis rendu compte, grâce au banquier, que cela allait être difficile, je suis resté à mon bureau et j’ai écrit. C’est là où je me suis toujours senti bien. Ma bibliothèque m’appartient ; ma vie, c’est le papier. Jusqu’à une période assez récente, j’écrivais à la main. Je suis un personnage totalement anachronique. »

Livres d'artLes Éditions du RegardJosé AlvarezAnselm KieferDaniel ArasseCy TwomblyArt Contemporain
Partagez
Abonnez-vous à la Newsletter
Informations
À propos du groupe The Art Newspaper
Contacts
Politique de confidentialité
Publications affiliées
Cookies
Publicité
Suivez-nous
Instagram
Bluesky
LinkedIn
Facebook
X
Ce contenu est soumis à droit d'auteurs et copyrights

À lire également

Prix de la Fondation Pernod RicardActualité
24 octobre 2022

Elsa Werth, lauréate du 23e prix de la Fondation Pernod Ricard

Le prix de la Fondation Pernod Ricard 2022 a été décerné́ à Elsa Werth dans le cadre de l’exposition « Horizones », sous le commissariat de Clément Dirié.

Stéphane Renault
Art ContemporainActualité
16 mai 2023

Le Réseau documents d’artistes fête ses 10 ans

À cette occasion, la fédération interrégionale organise une journée de rencontres, performances et festivités chez Jeanne Barret, à Marseille, le 17 juin 2023.

Stéphane Renault
Grand témoinActualité
17 février 2023

George Condo : « J’ai transformé l’abstraction en réalisme »

Le peintre américain, né en 1957, a vécu l’effervescence du New York des années 1980. Ami de Jean-Michel Basquiat et de Keith Haring, il qualifie son propre style de « réalisme artificiel ». Retour sur son parcours, alors que trois expositions lui sont consacrées.

Propos recueillis par Stéphane Renault
ExpositionsEntretien
5 septembre 2025

Wolfgang Tillmans : « Mes centres d'intérêt restent étonnamment cohérents »

Avant sa fermeture complète pour travaux, le Centre Pompidou, à Paris, a donné carte blanche au photographe allemand, dont l’univers visuel et sonore habite avec maestria l’espace de la bibliothèque publique d’information.

Propos recueillis par Stéphane Renault